« Allez Calais ! » après l’épopée du petit poucet, la mise en scène !

Article publié le 9 septembre 2011
Article publié le 9 septembre 2011

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Une conteuse, un orchestre et des souvenirs mémorables. « Allez Calais ! » est un monologue théâtral écrit par le journaliste italien Osvaldo Guerrieri, qui raconte la légende de l’équipe d’amateurs qui joua la finale de la Coupe de France contre Nantes, en 2000. Une excellente tentative de faire monter le football sur scène, et de faire revivre des émotions épiques.

Marianella Bargilli court d’un coin à l’autre de la scène, se roule par terre, lève les bras pour exulter. Elle nous raconte la semaine qui précéda ce match épique, au Stade de France, où face à 80000 spectateurs la petite équipe de 4ème division devait défier le tenant du titre. La ville de Calais, station de passage oubliée où les Anglais viennent faire leurs courses, vit soudain un rêve, voit ses rues envahies par les journalistes, sort de sa torpeur.

L'attention médiatique et l'émotion

Une équipe après l’autre, Calais avait éliminé Lille, Bordeaux, Strasbourg. « A chaque tour qu’on passait, l’attention médiatique remontait de deux étages », explique Nicolas Thiriot, fils du président manager de l’époque, Claude Thiriot, et président de l’association caritative « Calais 2000 ». Il était dans le public, lors de la première représentation au théâtre Mouffetard de Paris, et ne cachait pas son émotion. Marianella Bargilli joue ce rôle d’Homère moderne depuis 2009 , quand Emanuela Giordano adapta pour le théâtre le conte d’Osvaldo Guerrieri. « Je ne me suis jamais intéressé au foot dans ma vie et je ne suis pas allé à Calais pour revivre ces moments, explique l’auteur. J’ai raconté l’histoire du point de vue de la ville, avec des personnages et des histoires inventés, pour décrire la renaissance d’une ville à travers un match de foot. »

Nicolas Thiriot ne le sait pas : « Je crois que l’auteur a fait un travail de recherche très important pour rendre fidèlement les évènements de ces jours. » La pâtissière, le pêcheur, l’institutrice ne sont pas des personnes réelles, mais leurs sentiments sont authentiques : Marianella Bargilli nous transporte dans les dialogues entre personnes surprises, orgueilleuses de vivre dans une communauté qui souffre mais résiste, heureuse de sortir de la simplicité pour se retrouver sur le devant de la scène.

Paris, 7 septembre 2011

« David contre Goliath »

« La pâtissière avait préparé des beignets jaunes et verts en forme de canaris, comme on surnomme les joueurs de Nantes, raconte sur scène Marianella. 'On va se les bouffer en une seule bouchée !', commentait un passant. » En jonglant entre l'italien et le français, la conteuse nous fait traverser la ville du Nord à travers les yeux d'un journaliste de l'Humanité, Frédéric Sugnot. Il arrive ennuyé et sceptique, il repart épanoui par ses rencontres, par les rumeurs et la musique d'une ville en fête, et surtout passionné par l'humilité des protagonistes: le coach espagnol et employé municipal Ladislas Lozano, le gardien Cédric Schille, l'attaquant et commis au supermarché Mickaël Gerard

« Allez Calais! » met en scène un « David contre Goliath » hyperbolique, qui arrive à changer l'atmosphère du Stade de France, ce dimanche 7 mai 2000: « Quand Calais marque le but de 1-0, tout le stade reste silencieux, on n'entend que le virage où sont entassés les 5000 Calaisiens. » Rien de plus faux, toute la France était pour Calais, et même la formule de la Coupe de France est faite pour aider les plus petits clubs à arriver le plus loin possible. C'est à ce moment-là que les experts de sport, comme le journaliste de France 2Nelson Monfort, sursautent sur leur siège: « C'est toujours difficile de faire de la fiction avec le sport, car les images réelles sont trop fortes pour être représentées », confie-t-il à la fin du spectacle. Pour les autres, et « en particulier les femmes qui boudent quand leurs maris partent au stade le week-end », c'est en revanche une découverte très agréable. « On retrouve des sentiments d'humanité, d'espoir et de solidarité auxquels on ne s'attendait pas, explique la comédienne. Tout d'un coup on ressent une nouvelle amitié avec les hommes qui connaissaient déjà l'histoire. »

Cette nouvelle harmonie qui donne la chair de poule se concrétise à la fin du conte, qui marque aussi la fin du match : Nantes a déjà égalisé, puis mène 2-1 grâce à un penalty controversé, l'arbitre siffle, c'est au tour du Président Jacques Chirac de remettre la coupe aux champions. Le capitaine de Nantes, Mickaël Landreau, va chercher Reginald Becque, capitaine des « sang et or » calaisiens. Ils soulèvent ensemble la Coupe, pour la seule fois dans l'histoire de la compétition, faisant éclater de joie le stade entier.

« Allez Calais » (titre original « Alé Calais ») est une pièce écrite par Osvaldo Guerrieri, mise en scène par Emanuela Giordano, interprétée par Marianella Bargilli accompagnée par les musiciens Ermanno Dodaro, Giovanna Famulari, Massimo De Lorenzi. Après deux tournées en Italie, il sera à l'affiche du Théatre Mouffetard de Paris juqu'au 17 septembre.

Photos: une, Teatro Stabile di Calabria; texte © Nicola Accardo; affiche