aller simple patrasso-bruxelles

Article publié le 4 juillet 2014
Article publié le 4 juillet 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un voyage photographique et humain des ports grecs au Parlement européen. 

En ces jours d’été, un camion parcourt les routes d’Italie et d’Europe et transporte l’histoire de migrants jusqu’au Parlement européen afin que leur voix silencieuse puisse être entendue.

Parti le 17 juin de Bari, sur la côte adriatique, ce camion de migrants a fait étape à Ancône, Rome (à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, le 20 juin), Florence et Milan. Il a poursuivi son chemin en passant par Genève, Strasbourg et Bruxelles, ville d’arrivée en ce 4 juillet. Il reprendra ensuite la route pour rentrer à Cortone, en Toscane.

En réalité, le voyage décrit ici a commencé bien plus tôt et bien plus loin. Ainsi, les photos d’Alessandro Penso (http://www.alessandropenso.com/) – lauréat du prix General News Singles au World Press Photo 2014 – représentent de jeunes hommes originaires, pour la plupart, d’Afghanistan, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Le photographe a en effet vécu aux côtés de migrants afin de mettre au jour ce qu’ils sont contraints de faire en raison des lois européennes en matière d’immigration et de droit d’asile.

Alessandro Penso était avec eux lors d’embuscades nocturnes dans les ports grecs, il est monté avec eux à bord de camions et bateaux en partance, il s’est « infiltré » réussissant ainsi à dépasser la réaction première, peu surprenante, de repli et suspicion et a même obtenu leur confiance vis-à-vis de son travail de documentariste.

Il s’agit donc d’hommes, mineurs pour l’essentiel, qui partent seuls à l’inconnu. Forcés de quitter leur terre natale pour cause de guerre, famine et pauvreté. Perdus dans des limbes géographiques et juridiques dont il est difficile de sortir.

Ils vivent, dorment, mangent et prient dans des usines à l’abandon, des anciennes gares et de vieux établissements de bains, et tentent de recréer des petits gestes du quotidien pour sauver quelques miettes de leur identité. Ils attendent. À Patrasso, Corinthe, Athènes. Ils passent leur temps à attendre que quelque chose bouge, que quelqu’un se rappelle d’eux, ou, tout simplement, de pouvoir monter dans un bateau quittant les ports grecs pour une destination européenne quelconque. Du moment qu’ils ne reviennent pas sur leurs pas.

Le projet photographique « The European Dream. Road to Bruxelles » (http://www.roadtobruxelles.com) – réalisé avec le soutien de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et du Festival photographique Cortona on the Move (http://www.cortonaonthemove.com) – raconte la vie d’une partie des plus de 50 millions de personnes (comme indiqué dans le rapport annuel de l’UNHCR, publié le 20 juin dernier) obligées d’abandonner leur propre pays, mais dénonce surtout les véritables conséquences sociales des lois qui sont approuvées ou non, le peu d’informations disponibles sur l’histoire des pays qui sont fuis et l’insensibilité des pays d’accueil temporaire. 

La colère est tournée en particulier contre l’Europe qui ne semble pas faire la distinction entre hommes et chiffres et qui se comporte de manière indifférente davantage « en raison d’une attitude mentale fermée ou par simple indifférence que par manque de structures d’accueil », comme l’affirme Alessandro Penso. L’Europe laisse ainsi une génération entière seule, livrée à elle-même, perdue.

De ce sentiment est née l’idée de voyager à bord d’un camion – métaphore des multiples transports auxquels s’accrochent littéralement les migrants désespérés – partant du port situé dans les Pouilles pour arriver finalement à Bruxelles. Et le but : faire comprendre au Parlement européen qu’il a le devoir de s’occuper de vies et non de chiffres, d’histoires et non d’hypothèses. Pour les migrants, il s’agit d’une obligation et non d’un choix volontaire.