Allemagne : le rap politique pour devenir élu

Article publié le 29 avril 2014
Article publié le 29 avril 2014

Misogyne, homophobe et violent : voilà bien trop souvent les clichés associés au rap. Pourtant il peut également revêtir une dimension politique. C'est en tout cas ce qu'entend montrer l'émission RAPutation.tv. Cette plateforme permet aux jeunes artistes de passer un casting en ligne tout en rappant leur regard critique sur la société. Qui sera le meilleur rappeur-politicien d'Allemagne ?

Que ce soit le chô­mage, l'éducation, l'ho­mo­pho­bie, le ra­cisme ou la de­mande pres­sante de voir les po­li­tiques en­gager le dia­logue avec la jeu­nesse, il n'est guère de su­jets qui n'ont pas été abor­dés par les rap­peurs de la re­lève sur l'émis­sion RA­Pu­ta­tion.​tv. Une émis­sion qui leur per­met de pro­pa­ger leur mes­sage po­li­tique en aiguisant leur flow.

Le rap­peur dans la peau de l'homme po­li­tique

Armés de leur propre speech politique, les jeunes rap­peurs se sont dis­pu­tés pour la deuxième fois le titre de Deut­schlands bes­ter po­li­ti­scher Rap­per (meilleur rap­peur-po­li­ticien d'Al­le­magne, ndlr). Les trois meilleurs ont pu pré­sen­ter leur morceau en live lors de la fi­nale qui s'est dé­rou­lée au club Bi Nuu de Kreuz­ber­g, le 11 avril dernier.  Leur mis­sion ? Se mettre dans la peau d'un homme po­li­tique. 

Les hommes po­li­tiques sont-ils des ma­rion­nettes ? C'est la ques­tion sou­le­vée par le ga­gnant Cossu.

Dans son der­nier mor­ceau « Zwies­palt » (Ti­raille­ment, ndlr), le ga­gnant Cossu se de­mande si les hommes po­li­tiques ne de­viennent pas des ma­rion­nettes au long de leur car­rière. Sont-ils encore disposés à défendre une opinion ? Ou sont-ils tous sou­mis aux idéo­lo­gies de leurs par­tis ?

La deuxième place est re­ve­nue à Mars One de Düssel­dorf, suivi par Ica­rus, âgé de 21 ans. De­puis dé­cembre 2013, c'est déjà 229 jeunes ar­tistes qui ont pris part à la com­pé­ti­tion. Les can­di­dats ont été choi­sis en ligne par des per­son­na­li­tés mar­quantes du rap al­le­mand comme Soo­kee, Wee­kend et Mo­Trip. Lors de la fi­nale, le pu­blic a éga­le­ment pu voter.

la po­li­tique et le rap font-ils bon mé­nage ?

Les fi­na­listes sont tous d'ac­cord : de­puis leur par­ti­ci­pa­tion à la com­pé­ti­tion, ils sont de­ve­nus en­core plus im­pli­qués dans la po­li­tique. « Je me montre cri­tique à l'égard de tous les pro­blèmes, même lors­qu'ils sont d'ordre po­li­tique », dé­clare Cossu, qui nourrit le souhait de devenir enseignant. Il n'y a pas que les mor­ceaux qui étaient po­li­tiques, les in­vi­tés aussi.

Gre­gor Gysi et Katja Kip­ping (tous deux de la gauche), mais aussi Can­sel Ki­zil­tepe (SPD), Özcan Mutlu (Les Verts), Jens Spahn (CDU) et Hans-Chris­tian Ströbele (Les Verts)...lors de cet évé­ne­ment, tous ces po­li­ti­ciens ont mis la main à la pâte. S'ils ont donné un coup de main au ves­tiaire, au bar, aux stands de mer­chan­di­sing, les élus ont aussi en­gagé le dia­logue avec les jeunes. Özcan Mutlu en profitant pour faire un réel éloge des jeunes rap­peurs : « vous ne vous conten­tez pas de pes­ter contre la po­li­tique en tant qu'in­ter­ve­nant ex­té­rieur, vous êtes réel­le­ment im­pli­qués. Et c'est re­mar­quable ». « Nous pou­vons conti­nuer à pen­ser que les jeunes sont apo­li­tiques, alors qu'en réa­lité tout ce que nous avons à faire c'est de les abor­der ! », a quant à lui dé­claré Gre­gor Gysi. Sa col­lègue, Katja Kip­ping, a fait la pro­messe de prendre en compte les mes­sages de ces jeunes dans le tra­vail du parti. À défaut d'être instumentalisées sur un gros beat, il reste à es­pé­rer que leurs re­ven­di­ca­tions soient réel­le­ment en­ten­dues.