Allemagne : « Groko » ou la fosse aux crocodiles ?

Article publié le 18 décembre 2013
Article publié le 18 décembre 2013

Après le vote des militants du parti social-démocrate (SPD) approuvant la « grande coalition » (« GroKo », ndt), la CDU et le SPD ont présenté dimanche à Berlin le nouveau gouvernement. Selon certains commentateurs, Angela Merkel tient les rênes bien en main et pourra poursuivre sa politique d’austérité. Alors que d'autres pensent que le président du SDP, Sigmar Gabriel, lui tiendra tête.

Ku­rier, Au­triche : Mer­kel III

Le pa­tron du SPD, Sig­mar Ga­briel, est sorti ren­forcé du vote des mi­li­tants et va com­pli­quer la tâche à An­gela Mer­kel, pré­dit le quo­ti­dien li­bé­ral au­tri­chien Ku­rier: « Le large “oui” en fa­veur de la coa­li­tion, for­mulé de ma­nière in­at­ten­due par ses mi­li­tants, po­si­tionne le per­dant des élec­tions, Sig­mar Ga­briel, comme vain­queur de la né­go­cia­tion. Le chef du parti a réussi à faire plier l’en­tê­te­ment des adhé­rents, pour la plu­part sexa­gé­naires, qui n’en­tendent en­core gou­ver­ner, à l’heure de la po­li­tique de ré­duc­tion de la dette, que comme à l’époque de Willy Brandt lorsque même les pires en­det­te­ments per­met­taient de réa­li­ser tous les rêves. (…) La chan­ce­lière a dé­sor­mais à ses côtés un Ga­briel plus fort, qui est aussi plus vo­lon­taire que le reste de la branche ré­for­ma­trice du SPD de Schröder pré­sent dans la pre­mière coa­li­tion. Ga­briel en­tend prendre ses dis­tances de cette mou­vance du SPD et opé­rer un re­vi­re­ment vers la gauche. Pour lui, ce gou­ver­ne­ment est un trem­plin au chan­ge­ment de pou­voir et à ses propres am­bi­tions de chan­cel­le­rie. La réus­site et la lon­gé­vité du gou­ver­ne­ment Mer­kel III se­ront par­se­mées d’obs­tacles. »  (16.12.2013)  

 EL PAÍS, ES­PAGNE : La fin pro­bable de la stricte po­li­tique de ri­gueur

Le nou­veau gou­ver­ne­ment fé­dé­ral va re­non­cer à une par­tie de sa po­li­tique d’aus­té­rité en Eu­rope, es­père le jour­nal so­cial-dé­mo­crate El País : « Tout in­dique que l’ère de l’aus­té­rité ex­ces­sive touche à sa fin. (…) L’in­tro­duc­tion (même si pro­gres­sive) d’un sa­laire mi­ni­mum, qui est trois fois plus élevé qu’en Es­pagne, cor­rige cer­tains excès dans les sa­cri­fices exi­gés des tra­vailleurs il y a dix ans par le chan­ce­lier so­cial-dé­mo­crate Ge­rhard Schröder. La flexi­bi­lité de l’âge de dé­part à la re­traite dans cer­tains cas contraste avec les me­sures en vi­gueur dans cer­tains pays de  l'Union plus vul­né­rables. Les po­li­tiques d’as­sai­nis­se­ment des fi­nances pu­bliques et d’en­ca­dre­ment des dé­penses so­ciales de­vront aussi être res­treints. Pro­ba­ble­ment que l’âge de l’aus­té­rité sans li­mites est ré­volu et que com­mence une pé­riode de so­briété plus équi­li­brée et pro­por­tion­nelle. »  (16.12.2013)  

Cor­riere del Ti­cino, Suisse : le changement, pas maintenant

Heu­reu­se­ment, la po­li­tique eu­ro­péenne de Ber­lin ne chan­gera pas avec le nou­veau gou­ver­ne­ment, se ré­jouit le quo­ti­dien li­bé­ral Cor­riere del Ti­cino : « Il y a, peut-être, dans la zone euro, des gou­ver­ne­ments qui pensent que, grâce à la nou­velle coa­li­tion noir-rouge en place à Ber­lin, ils vont pou­voir re­por­ter in­dé­fi­ni­ment les me­sures à mettre en œuvre pour ré­duire les dé­fi­cits pu­blics ex­ces­si­ve­ment éle­vés. Mais, ces gou­ver­ne­ments se trompent com­plè­te­ment. Mer­kel ne dévie pas de ses ob­jec­tifs : l’as­sai­nis­se­ment du bud­get pu­blic comme condi­tion préa­lable à une nou­velle crois­sance éco­no­mique plus so­lide. Et ce sera pour le bien de la mon­naie com­mune qui, sans les di­rec­tives de Ber­lin, au­rait à subir une nou­velle crise. Cette po­li­tique convient éga­le­ment à la Suisse, qui trouve en Al­le­magne ses prin­ci­paux par­te­naires com­mer­ciaux et qui, dans le cas d'une nou­velle crise de l'euro, se­rait en­core une fois me­na­cée d'une ré­éva­lua­tion du franc - avec des consé­quences né­ga­tives pour les ex­por­ta­tions et l'éco­no­mie du pays. »  (16.12.2013)  

Li­dové no­viny, Ré­pu­blique Tchèque  - Le SPD devra se battre pour gar­der ses élec­teurs de gauche 

Le parti d'op­po­si­tion de gauche (Die Linke, ndt) offre une nou­velle pa­trie po­li­tique aux mi­li­tants du SPD qui ont voté contre l'ac­cord de coa­li­tion. Le SPD va de­voir li­vrer ba­taille pour conser­ver ses élec­teurs de gauche, re­marque le quo­ti­dien conser­va­teur Li­dové no­viny : « Dans la coa­li­tion avec les conser­va­teurs, le SPD a tout à perdre. Évi­dem­ment, le parti d’op­po­si­tion de gauche sent sa chance. Ce se­rait dou­lou­reux pour les so­ciaux-dé­mo­crates s'ils n'étaient plus per­çus comme étant les vé­ri­tables por­teurs des idées de gauche, sur­tout dans les nou­veaux länder (an­cienne Al­le­magne de l’Est). Pour le SPD, l'al­liance avec les post­com­mu­nistes au ni­veau fé­dé­ral est res­tée un tabou jus­qu’à pré­sent. Le parti so­cial-dé­mo­crate avait déjà pris ses dis­tances avec la pen­sée mar­xiste en adop­tant le pro­gramme Go­des­berg en 1959. Mais ils ont, en­suite, re­pensé leur re­la­tion à la gauche. Dès lors, bien que les so­ciaux-dé­mo­crates aient donné leur pré­fé­rence aux conser­va­teurs de la CDU pour les quatre pro­chaines an­nées, cela pourra en­core être très dif­fé­rent après les élec­tions de 2017. » (16.12.2013)  

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