Allemagne de l'Est : la démocratie balbutiante

Article publié le 18 janvier 2005
Publié par la communauté
Article publié le 18 janvier 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En ex-Allemagne de l’Est, l’essor démocratique a été étouffé par les problèmes économiques. Pourtant en l’an 15 de la réunification, l’est gagne en confiance, au bénéfice de la démocratie dans les nouveaux Länder.

Emigration, chômage de masse, mouvements extrémistes de droite : plus de 14 ans après la réunification, l’euphorie du début a depuis longtemps fait place au désenchantement en Allemagne de l’Est. Depuis 1991, 712 000 citoyens des nouveaux Länder ont émigré à l’ouest, car l’emploi est une denrée rare à l’est. En décembre 2004, le taux de chômage s’élevait à 20,9% dans les cinq nouveaux Länder et à 10,2% à l’ouest. Cette situation se reflète de plus en plus dans les résultats des élections. Lors des dernières élections pour le parlement régional de la Saxe en septembre 2004, le parti post-communiste PDS a obtenu 23,6% des voix, le parti d’extrême droite, le NPD, 9,2% des voix, et le SPD du chancelier Gerhard Schröder n’a obtenu que 9,8% des suffrages.

Un nouvel Etat du jour au lendemain

La démocratie et l’économie de marché en ex-Allemagne de l’Est ne semblent donc pas décoller. Les débuts avaient été très prometteurs, car tout avait commencé avec la chute du Mur. Et ce ne sont pas les responsables politiques de l’ouest qui ont provoqué la chute du Mur le 9 novembre 1989, mais bien les citoyens de la République Démocratique Allemande (RDA). La démocratie n’a pas été importée de l’ouest ; l’Est s’est battu pour la conquérir. Pourtant, après l’effondrement du régime communiste en RDA, les mouvements de citoyens ont été relayés par des événements précipités et par le chancelier de la RFA de l’époque, Helmut Kohl. Celui-ci avait flairé le climat particulier du moment et, en l’espace de douze mois, a emmené l’Allemagne sur le chemin de la réunification. Toutefois, l’Etat allemand ne s’est pas doté d’une nouvelle constitution panallemande. A la place, la RDA a simplement été annexée à la République Fédérale d’Allemagne(RFA) de l’ouest : à partir de ce moment, la Grundgesetz (la constitution allemande) s’appliquait de part et d’autre de l’ancien Mur.

Les citoyens de la RDA étaient tout à fait d’accord avec ce système d’exportation. Et la raison en était simple. Ils voulaient le Deutsche Mark, la prospérité et la stabilité économique. Mais les Allemands de l’est ont vite été arrachés à leurs beaux rêves, car le capitalisme n’a pas tardé à montrer son plus mauvais visage. Les entreprises de la RDA qui étaient en difficulté ont été fermées et leurs travailleurs ont ainsi perdu leur emploi. Depuis, l’est vit à crédit. L’« impôt de solidarité », qui est déduit du salaire de chaque travailleur de l’ouest, apporte aux citoyens de l’est l’argent nécessaire à la construction des infrastructures. Toutefois, même si de nombreux vieux quartiers brillent à nouveau de mille feux, les problèmes derrière leurs superbes façades demeurent. Les investissements privés qui pourraient donner à l’économie un nouvel essor font cruellement défaut.

La flèche verte

Sur le plan politique aussi, il ne reste plus rien du système de la RDA. Rapidement, des responsables politiques expérimentés de l’ouest ont été nommés ministre-président dans les cinq nouveaux Länder ainsi qu’à d’autres postes clé. Par conséquent, l’est a été gouverné par l’élite de l’ouest, par exemple dans le secteur de l’économie. Affirmer en public qu’il y avait également de bonnes choses à l’est était tabou. Après tout, la RDA était une dictature et elle ne pouvait donc pas présenter de particularités positives. Ainsi, la « flèche verte » qui autorise les automobilistes à tourner à droite même lorsque le feu est rouge est devenue le triste symbole du manque de reconnaissance des « Wessies » (les habitants de l’ex-Allemagne de l’Ouest) à l’égard des « Ossies » (les habitants de l’ex-Allemagne de l’Est), car c’est la seule particularité de l’est qui fut importée à l’ouest. Pas étonnant dès lors que les citoyens se soient réfugiés dans la nostalgie du passé. Il y a un an, une vague de « nestalgie » (Ostalgie) a submergé l’Allemagne lorsque le film « Good-bye Lenin » est sorti dans les cinémas. La RDA était soudainement à la mode et de nombreuses émissions télévisées ont été consacrées à l’évocation des conditions de vie de cette époque.

Des signaux positifs

Quinze ans après la réunification, l’est gagne en confiance. Angela Merkel, femme de l’est et chef de file de l’opposition (CDU-CSU, conservateurs), a su s’imposer dans les hautes sphères de la politique allemande ; un signe que les nouveaux Länder participent davantage à la vie politique fédérale qu’auparavant. Même au sein de l’équipe nationale de football, indicateur infaillible du climat en Allemagne, les stars de l’est comme Michael Ballack ont également leur mot à dire. Et peut-être la déclaration controversée du nouveau président fédéral allemand Horst Köhler qui remet en question les subsides accordés aux nouveaux Länder est-elle également porteuse d’espoir. En effet, elle montre que les problèmes existants entre l’ouest et l’est peuvent être ouvertement discutés.

A l’avenir, on pourra demander davantage aux nouveaux Länder et donc leur faire davantage confiance. Quelle que soit l’ampleur des problèmes, ils ne sont toutefois pas insolubles. C’est pourquoi des pays tels que l’Ukraine pourrait apprendre beaucoup de l’expérience est-allemande, car l’euphorie laissera là aussi place au désenchantement. Tout comme les Allemands de l’est, la population ukrainienne devra aussi faire preuve de souffle si elle veut s’orienter progressivement vers l’Ouest.