Allemagne : apprendre la drague aux réfugiés

Article publié le 20 septembre 2016
Article publié le 20 septembre 2016

Horst Wenzel, de Cologne, est coach en flirt. Avec son entreprise, il donne des cours de drague à des banquiers, des orthopédistes, mais a depuis peu élargi sa clientèle aux réfugiés débarqués en Allemagne. Un beau clin d'oeil ?

Ton cours de drague pour réfugiés t'a permis d'obtenir un bel écho dans les médias. Comment l'idée est-elle venue ?

L'association AWO in Essen m'a demandé de m'intéresser spécifiquement aux réfugiés. Dès le début, je me suis dit que c'était une idée amusante. En plus, je suis désormais confronté à plein de défis. Quand j'arrive et que quelqu'un a besoin d'un coup de main pour couvrir le toit d'un camp de réfugiés, je peux aider. Mais sinon, avec les réfugiés, on parle quotidiennement d'amour. De la première rencontre au premier baiser, en passant par le sexe et tous les sujets tabous possibles.  

Comment t'es-tu préparé à ce coaching interculturel ?

Le gros défi, ça été la langue. Un véritable atelier multilingue. J'ai tout d'abord mené un exposé de départ, qui a donné lieu à une ronde de discussion. J'ai parlé en allemand, en anglais et avec les mains - le tout a ensuite été traduit en arabe et en persan.

Quels sont les thèmes ayant suscité le plus grand intérêt ?

Il n'existe pas de truc unique pour séduire quelqu'un. Des milliers de chemins mènent à Rome. C'est pourquoi les thèmes abordés ont été passionnants : à partir de quand est-on officiellement ensemble en Allemagne ? Quand a lieu la première relation sexuelle ? Si je trouve une femme intéressante, faut-il le lui dire ? On a aussi beaucoup parlé de la manière dont se sentent les réfugiés en Allemagne. J'ai plutôt insisté sur la façon dont on peut de réussir à se créer un cercle amical, ou tout d'abord à se trouver un bon pote allemand ou une meilleure amie. Se créer une vie sociale, voilà déjà un aspect très important.

Et par où faut-il commencer concrètement ?

J'ai par exemple présenté trois applications de rencontres qui sont spécialement adaptées quand on n'a encore que peu de connaissances linguistiques. NOW! est une application où l'on dit par exemple : « Je veux aller fumer la chicha avec quelqu'un » et qui te permet ensuite de rencontrer quelqu'un qui a la même envie. Donc pas besoin de trop écrire pour obtenir aussitôt de belles rencontres. Une autre application, Whisper, fonctionne par des notifications linguistiques, elle est donc intéressante si l'on veut s'entraîner dans la langue et la prononciation. La troisième application est Once, où l'on a aussi des possibilités de rencontres, mais avec un système de conversations plus qualitatif.

Les réfugiés ont-ils vraiment besoin de règles en matière de drague en Allemagne ?

En fait, j'avais devant moi de très charmants jeunes hommes qui avaient tout pour plaire aux femmes d'ici. Néanmoins, tous n'ont pas eu beaucoup d'expérience en Syrie. Certains étaient de vrais débutants, qui n'avaient jamais connu de relation. Il y a là un réel besoin selon moi. On a alors parlé de la violence en abordant les limites du contact corporel. J'ai expliqué pas mal de choses sur le langage corporel et ce à quoi on reconnaît si quelqu'un est intéressé. Et je peux dire que l'intérêt était là.

Beaucoup restent entre eux et ont peu de contacts avec les autres étrangers. L'un d'entre eux a dit qu'il n'avait rencontré que des Marocains à Essen (nord-ouest du pays, ndlr). Les Allemands se montraient distants selon lui. On a aussi parlé de Cologne. Quelqu'un a dit qu'il n'osait plus rien entreprendre depuis ces événements (le jour de la Saint-Sylvestre, plusieurs femmes ont fait l'objet de violences sexuelles et beaucoup de réfugiés ont été soupçonnés, ndlr) . « Parce qu'on me pointe encore du doigt », a-t-il précisé. Je lui ai alors répondu que ce qu'il s'était passé à la Saint-Sylvestre était un crime d'une grande lâcheté. Mais ils se sentent co-responsables et ont dès lors ressenti beaucoup de haine et de racisme.

Pourquoi ton activité de coaching a-t-elle été placée sous protection policière ?

Parce que j'avais reçu des menaces de mort. J'ai vraiment vu la face la plus horrible du racisme en Allemagne. Des anonymes écrivent tout simplement sur Facebook, la AfD et Pegida likent, en souscrivant à la devise « Les musulmans ne nous prennent pas seulement notre boulot, mais aussi nos femmes ». Quelle abominable ignorance ! Quelle frustration ! Des gens ont également écrit : « Mobilisation générale pour tous les camarades allemands - on va lui faire une déclaration d'amour nationale ! » Ça m'a déprimé de voir ça. Je n'ai pas eu envie de mettre en danger les participants à mon cours. J'ai ramené avec moi mon videur préféré de Cologne pour me protéger mais, heureusement, il n'a rien eu à faire ce jour-là. Mais je n'annoncerai plus de dates sur Internet.

L'intégration se fait néanmoins dans les deux sens. N'y a-t-il pas des trucs à prendre chez les autres en matière de flirt ?

Mais tout à fait. À cause des différentes langues à traduire, on manque un peu de temps. Mais l'environnement auquel les réfugiés doivent faire face, c'est l'Allemagne. Par rapport au reste de l'Europe, les Allemands ont encore bien des choses à apprendre. L'Allemand se cache pour rire, est incroyablement timide. On dit de nous que nous avons encore inconsciemment un casque à pointe sur la tête. Mais nous allons changer ça pour être bientôt capables de draguer à tout-va. Comme les Français.