Allemagne-Amérique, vrai retour de flamme ?

Article publié le 12 septembre 2005
Article publié le 12 septembre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Angela Merkel souhaite ardemment un réchauffement des liens transatlatiques. Or l’électorat d'outre-Rhin n'est pas prêt à la suivre sur ce terrain géopolitique. Voici pourquoi.

Au premier abord, les déclarations d’Angela Merkel ne cessent de plaider pour la nécessité d’ancrer l’Allemagne dans une l’alliance solide avec les Etats-Unis. La grande favorite des prochaines élections politiques allemandes a toujours évoqué un retour à la traditionnelle politique étrangère de Kohl, fondée sur l’intégration européenne et le « partenariat » transatlantique, deux théories non pas antithétiques mais complémentaires. Entre l’Allemagne et les Etats-Unis, les affaires reprendraient-elles ?

Un pacifisme latent

La position de la coalition CDU-CSU sur les rapports à entretenir avec Washington semble plus documentée qu’à première vue. On découvre néanmoins que l’avis de la candidate favorite des élections reste teinté d’ambiguïté. Dans un discours prononcé au congrès extraordinaire de la CDU à Dortmund le 28 août dernier, à la surprise générale l’aspirante chancelière « a sauté le pas du texte qui définissait prioritairement le rapprochement à l’Amérique», révèle Andrea Tarquini dans La Républicca.

Dans cette campagne électorale tout en coups bas, focalisée sur la chute des hommes forts du gouvernement Schröder, la politique étrangère a toujours représenté l’une des rares failles des conservateurs. C’est comme si la «gamine » Merkel avait eu l’intuition que le rapport avec les Etats-Unis était un thème particulièrement délicat qu’elle aurait de toute façon à affronter lors de son accession à la tête du pays. Durant la crise irakienne, sa popularité s’effondra totalement, atteignant des vertiges abyssaux. Sa défense tenace de la stratégie américaine fut durement mise à l’épreuve au sein même de sa coalition. Le président du puissant Land Bavarois, Edmond Stoiber n’hésita pas à profiter du traditionnel pacifisme de l’opinion publique allemande pour ouvrir une brèche jusqu’à l’électorat de centre- droit. Pour Merkel, maintenir cette posture pro-US deviendrait encore plus dangereux dans le cas d’une nouvelle crise transatlantique. Avec pourquoi pas, une invasion américaine en Iran ?

On ne retourne pas en arrière

Or la crise irakienne ne peut être effacée si facilement car selon certains experts, elle serait la conséquence ultime des changements survenus dans les relations transatlantiques après la fin de la guerre froide. Il existe seulement deux types d’émancipation susceptibles d’éloigner Berlin de son ex-tuteur américain. L’une affirme la prise de conscience du nouveau rôle international de l’Allemagne réunifiée et l’autre, à vocation communautaire, témoigne d'une prise de distance à l’égard de l’hégémonie américaine. Deux tendances largement soutenues par l’électorat allemand. Et Angela Merkel est parfaitement consciente de ce mouvement.

L’ombre de la Turquie

Malgrè la pléthore d’articles aux accents à l’eau-de-rose prévoyant un retour de flammes entre l’Allemagne et les Etats-Unis, c'est l'impression d'une relation transatlantique beaucoup plus prudente que prévue qui domine. Au programme, un esprit de conciliation avant tout et les conservateurs n'hésiteront pas à édulcorer l’idée qu’ils sont en train de travailler à équilibrer la puissance américaine.

Première initiative dans ce sens : renoncer à créér un axe avec Moscou. Faire preuve ensuite de plus de prudence dans les rapports avec Pékin, concernant notamment la suspension de l’embargo sur les armes chinoises, à l’image de ce que réclame Washington. Merkel compte par ailleurs gommer les aspects les plus controversés de la politique étrangère de Schröder, comme son attitude jugée trop aggressive pour entrer dans la course pour un siège au Conseil de Sécurité. L’apprentie chancelière vise aussi à apprendre des erreurs du précédent gouvernement afin d‘éviter des actions pouvant être perçues comme contraires aux intérêts des pays mineurs de l’Union européenne ou de nature à établir une suprématie franco-allemande. Le projet aux accents néo-gaulliste a cédé devant les évidentes dissensions européennes durant la crise irakienne et devant l'annulation de l’initiative d’installer un quartier général des forces militaires européennes à Bruxelles. Complémentaire et indépendant de l'OTAN.

Mais il semble que le destin des relations transatlantiques dépende plus de l’attitude et des choix côté américain que des éventuelles aspirations allemandes, qui attendront confiants sur le pas de la porte. N’oublions pas que l’un des seuls points sur lequel la candidate à la chancellerie a été claire concerne le refus de l’entrée de la Turquie en Europe. Elle souhaite un « partenariat privilégié ». Une position diamétralement opposée à celle de Washington.