Aline : adieu, monde de merde

Article publié le 21 février 2013
Article publié le 21 février 2013
Vous le savez déjà, si vous avez quitté 2012 le cœur gros, 2013 va vous faire éclater en sanglots. Heureusement, pour vous permettre de comprendre ce qu’il vous arrive, le meilleur groupe pop français de ce début d’année – Aline – vient de sortir un disque de crise aussi tragique que revigorant. Rencontre chaleureuse, dans le froid de janvier.

Janvier 2013. A Paris, le ciel est bas. Dehors, la Ville Lumière éclaire seulement les enseignes bariolées des primeurs. Caractéristique des quartiers populaires bob(i)o-chic, c’est entre deux d’entre elles que l’on s’enfonce pour se projeter dans une cour que seul le 20ème arrondissement de la capitale peut encore offrir. Des plantes desséchées virevoltent au souffle du vent glacial tandis que des chaises en bois jaune sont aléatoirement disposées de part et d’autre de la mince allée. Au bout, Romain, le chanteur-compositeur d’Aline, fume une cigarette. Peinard en lunette noire. Enseveli dans un duffle-coat noir bardé de badges, il nous invite à le suivre pour ce qui sera la dernière interview d’une longue journée de promo.

Crevés.

Au clair de la ligne

« Le revival années 80 ça me fait marrer. Ça fait 15 ans que ça dure »

Après avoir monté une à une les marches de l’escalier, Romain s’affale sur le canapé du loft cosy, bien content que l’interview ne soit pas filmée. Son pote – Arnaud –avait déjà tout compris. Le guitariste du groupe a étendu ses longues jambes sur la table d’appoint et observe nonchalamment ce que l’on s’apprête à lui servir pour faire passer la grosse dose médiatique qu’il vient de s’injecter. Il faut bien l’avouer, depuis la sortie du premier album d'Aline, Regarde le ciel, c’est un peu le bordel dans l’agenda des copains. France 5, Technikart, Le Figaro, Télérama, Les Inrocks et même L’Huma sont venus s’intéresser aux ambiances pop du groupe marseillais. « On est presque surpris de voir que le groupe provoque autant d’enthousiasme », commence Arnaud. Romain, qui a laissé tomber le manteau pour une veste en jean se frotte la tête laissant soudainement jaillir une improbable mèche grise. « C’est cool, ça élargi l’audience. On sent qu’on sort un peu de notre niche indé. En plus, 99% des critiques sont positives », précise-t-il.

Pour expliquer le soudain appétit des médias à leur endroit, la moitié de groupe met le doigt sur un truc qui intéresse l’époque : « la fameuse nouvelle scène française ». En 2012, de Lescop à La Femme en passant par une nouvelle compilation consacrée à l’émulsion bleu-blanc-rouge, le Made in France a peut-être trouvé ses plus belles majuscules dans la chanson. Et pas n’importe quelle. La chanson chantée en français, la main sur le cœur, en hommage aux hérauts d’avant qui dans les années 80 pensaient déjà que l’anglais commençait à nous casser les glaouis. Début 2013, Aline déboule. Et comme un aimant, un article sur deux enferre le groupe dans un revival années 80. « Si ça nous dérange ? Ah ben ouais, ça fait chier. Et puis le revival années 80 ça me fait marrer. Ça fait 15 ans que ça dure », s’agace Romain, bien lancé sur la définition théorique des eighties.

« Avant, c'était tout pourri »

"Aline, c'était la ville imaginaire des Young Michelin dans la bio que j'avais inventée de toute pièce", précise Romain. Pour le nom, "Young Michelin", le groupe avait utilisé un captcha : un instrument qui permet grosso modo de sortir un nom automatiquement.Ce qui doit asticoter notre chanteur, c’est surtout qu’Aline n’a pas attendu le retour en force de la thérémine pour s’exposer. Romain fait de la musique « sérieusement, depuis une dizaine d’année » et a « toujours composé de la même façon ». « Jamais ô grand jamais je n’ai voulu m’inscrire dans un revival tout vintage », affirme-t-il. L’histoire, c’est qu’à l’époque où Romain se fait appeler Donald (son père lui a donné ce deuxième prénom), il sévit déjà dans un groupe presque éponyme, Dondolo, dont les deux albums sortis en son nom (Dondolisme (2007) et Une vie de plaisir dans un monde nouveau (2008)) sonnent peu ou prou comme le premier opus d’Aline. Romain Guerret donc, fait déjà l’étalage d’un éventail pop très épuré, simple – à la manière des Smiths, des Byrds et d’à peu près tout ce qu’a accouché feu le label anglais Sarah Records. « L’idée c’est d’aller à l’épure, c’est de simplifier les choses en se forçant à être cohérent et à ne garder que l’essentiel », explique-t-il. « Un concept ligne claire », ajoute Arnaud dont la sobriété est un clin d’œil à la pochette du disque d’Aline.

« J’ai un peu la posture du poète qui regarde le monde »

Après Dondolo, viendront les Young Michelin, groupe tué dans le pneu puisque l’entreprise au bibendum n’acceptera pas que les rockeurs névrosés utilisent leur image de marque. Nous sommes fin 2011 et, paradoxalement, c’est la fin des emmerdes. Oui, parce que de l’aveu de Romain, avant c’était tout pourri. Le chanteur d’Aline a longtemps trainé le tribut du mec torturé, mal dans son époque, la dague à l’âme. D’ailleurs, qui se penche un tant soit peu sur les paroles de Regarde le ciel s’apercevra qu’Aline chante formidablement bien son époque : le désenchantement, la crise, la récession... « Ce disque raconte deux ans de passage à vide : la désillusion, l’inquiétude face à l’avenir. Je foirais tout, tout partait en couille, c’était vraiment pourri », lâche Romain.

Or, le génie du disque c’est de nous présenter le bouillon dans un emballage sexy. Pour le dire vite, avec Aline le chômage carillonne, la dèche tintinnabule. Et Romain, lui, regarde le ciel : « Je suis dans une recherche constante de beauté, partout où elle peut se trouver : dans la nature, les saisons, le ciel, les nuage, mes filles ou les copains. J’ai un peu la posture du poète qui regarde le monde. » Si le succès d’Aline tend à faire de son groupe « un job à plein temps », l’auteur-compositeur accordera toujours sa guitare dans le voyage, l’inconnu. Ailleurs. Et puis, adieu, monde de merde.

De gauche à droite : Vincent Pedretti (batteur), Romain Guerret (guitare-chant), Arnaud Pilard (guitare) et Romain Leiris (basse).

Aline sera en concert le 21 février au Café de la Danse à Paris puis feront une autre date dans la capitale le 28 mai à l'Alhambra. Plus d'infos sur leur tournée en France ici.

 Photos : Une et Texte sauf allée (© Matthieu Amaré) © courtoisie de la page Facebook officielle d'Aline ; Vidéo : (cc)Alinepopband/YouTube