Aleksandar Protic : la mode, la mode, la mode

Article publié le 24 avril 2013
Article publié le 24 avril 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La fashionweek de Lisbonne est un melting pot : organisée en partenariat avec les semaines de la mode polonaise de Lodz, elle tisse des liens à travers tout le continent et met à l’honneur des personnes aux aspirations universelles. C’est le cas du jeune designer Aleksandar Protic, natif de Serbie, qui est l’un des tout premiers participants de Moda Lisboa.
Nous avons parlé avec lui de son travail, et nous lui avons demandé si l’idée d’Europe est pertinente dans le monde de la mode.

En mars dernier, 19 designers ont présenté leurs collections automne-hiver 2013-2014 à la fashionweek portugaise Moda Lisboa, qui a vu le jour en 1996. Près d’un quart d’entre eux travaillent pour des jeunes maisons de couture, qui n’ont pas encore beaucoup d’expérience dans type de grande manifestation. Environ 40 000 personnes se sont rendues à Moda Lisboa, qui, grâce notamment à sa coopération avec la fashionweek polonaise de Lodz, jette des ponts à travers le continent. Ce partenariat permet notamment à un créateur sélectionné dans l’un des deux pays de présenter ses collections dans l’autre. Cette année, on a donc vu à Lisbonne les modèles guerriers un peu dérangeants de la designer polonaise Monika Ptaszek, qui mêle streetwear, guerre sous-marine et uniformes militaires.

Le designer Aleksandar Protic fait partie des anciens du Moda Lisboa. Nous l’avons rencontré après son défilé. Sur le canapé où nous l’interviewons, il semble nettement plus cool que quelques minutes avant le défilé. Le Serbe, qui a 39 ans, ne les fait pas : ses sourcils froncés ont laissé place à un sourire décontracté – même sa coupe undercut et sa tenue noire n’atténuent pas cette impression de détente.

cafebabel.com : Vous êtes né à Belgrade, mais vous vivez et travaillez principalement au Portugal. Pourquoi ce choix ?

« Lisbonne et ses habitants m’ont tellement séduit que j’ai décidé de rester ».

Aleksandar Protic : C’est vrai que c’est curieux. Je suis né et j’ai grandi à Belgrade. C’est aussi là que j’ai eu mon diplôme de l’École des Arts appliqués en 1998. J’ai ensuite étudié à l’Académie royale des Arts appliqués d’Anvers. Mes premiers défilés ont eu lieu en Serbie, et j’ai même reçu quelques prix, comme le prix du meilleur espoir de la mode en 1998. Un an plus tard, je suis allé pour la première fois au Portugal. Au départ, je voulais juste y passer mes vacances, sans aucune arrière pensée professionnelle ou autre. Mais je ne sais pas comment, j’ai été tellement séduit par la ville et ses habitants que j’ai décidé de rester. La même année, j’ouvrais ma première boutique à Lisbonne, et je m’y sens toujours très bien.

cafebabel.com : Dans quelle mesure ces différents pays ont-ils influencé votre style ?

Aleksandar Protic : Je n’ai jamais été influencé par une nationalité ou une nation. A mon avis, ça n’a pas de sens de dire « je viens de tel ou tel pays ». Je suis cosmopolite, et pour moi, la mode est toujours quelque chose d’international. La créativité n’a rien à voir avec l’appartenance à un pays ou à une culture nationale.

cafebabel.com : A votre avis, peut-on quand même parler d’une mode « européenne » ?

« Le designer essaie toujours de créer quelque chose pour le monde entier »

Aleksandar Protic : Comme je l’ai déjà dit, la mode est internationale. Le fait qu’elle puisse ensuite se diviser en mode « européenne » ou « américaine », cela tient plus aux modes de vie. Ou plutôt : bien sûr que mes racines serbes et mon séjour à Anvers m’ont influencé ! Mes créations de l’époque n’étaient pas les mêmes qu’aujourd'hui. Mais je pense que cela tient moins aux États eux mêmes qu’à des influences locales, comme celles des villes ou des universités. Au final, un designer essaie toujours de créer quelque chose pour le monde entier.

cafebabel.com : Vos créations sont-elles influencées par une femme, qui incarnerait pour vous l’idéal féminin ?

Aleksandar Protic : Non. Je n’ai aucune personne concrète en tête quand je dessine. Tout au plus, peut-être, un contour abstrait ou une silhouette. Je dirais que la mode que je fais est destinée à tous ceux qui aiment mes créations. Il n’y a donc par de « femme parfaite » pour mes vêtements.

cafebabel.com : Dans quels pays vendez-vous le plus ?

Aleksandar Protic : Principalement au Portugal, mais certaines de mes pièces sont aussi vendues à l’international.

cafebabel.com : Pensez-vous qu’avec la crise, il sera plus difficile pour les jeunes designers de se frayer un chemin dans la mode, en particulier au Portugal ?

Lire aussi : « Catarina Botelho : l’art, la crise et le vie de tous les jours au Portugal »  sur cafebabel.com

Aleksandar Protic : Difficile à dire. Pour être honnête, je n’y avais pas encore vraiment réfléchi. D’un côté, oui, c’est vrai, la crise est un fait, et elle inquiète le monde entier. D’un autre côté, il n’y a pas que la crise dans la vie… pour moi, c’est un peu pareil pour l’influence de la situation économique sur les jeunes créateurs : certes, il est plus difficile de trouver des financements ou de créer une marque, mais une période comme celle que nous traversons peut aussi jouer un rôle de catalyseur pour la créativité d’un designer. En un sens, il est même préférable que tout ne lui tombe pas dans les bras immédiatement après le diplôme. Jusqu’à un certain point, cela peut l’aider ou l’obliger à se mettre à son compte et à faire preuve de persévérance. Mais bien sûr, cela peut aussi être un obstacle important. Il peut perdre toute motivation s’il doit passer une longue période sans travail et sans nouveauté – comme une sorte de paralysie qui déteindrait sur sa créativité artistique. La crise doit nous pousser à trouver de nouvelles solutions.

Photos : Une avec l'aimable autorisation de  (cc)  ESAD Matosinhos/Flickr; Texte  © courtoisie de la page facebook officiel de   Aleksandar Protic ; photo du milieu : © Franziska Gromann