Albina, une Kosovare se découvre une « âme polonaise »

Article publié le 19 janvier 2009
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Article publié le 19 janvier 2009
Le service volontaire européen (SVE) est un programme de volontariat indemnisé à l’étranger ouvert aux jeunes Européens de 18 à 30 ans. En 2006, plus de 4500 jeunes volontaires  venus des quatre coins de l’Europe se sont engagés dans des associations. Plusieurs centaines d’entre eux partent chaque année en direction ou en provenance des Balkans.

Albina Syla, 25 ans, une Albanaise du Kosovo, s’est engagée pendant neuf mois dans un centre pour personnes handicapées physiques et mentales dans la ville polonaise de Wroclaw.

Du haut de ses 25 ans, Albina Syla a déjà eu le temps d’apprendre à connaître quelques parties du monde. Après avoir étudié l’anglais à la fac, la jeune femme travaille depuis cinq ans comme animatrice dans une station de radio. De décembre à juillet 2006, Albina a effectué un Service Volontaire Européen (SVE) à Wroclaw, en Pologne. Pendant neuf mois, elle s’est occupée de personnes handicapées physiques et mentales. A son retour de l’étranger, Albina a retrouvé sa famille et son travail comme journaliste et est devenue assistante à la Maison des Jeunes de sa ville d’origine.

Attention, cliché !

Avec ses cheveux blonds courts, ses yeux bleus et son piercing à l’arcade, Albina ne ressemble pas vraiment aux stéréotypes que les Européens de l’Ouest ont des Kosovares. L’aventure d’Albina en Pologne commence il y a quelques années, lorsqu’elle entend parler du service volontaire européen alors qu’elle est volontaire à la Maison des Jeunes de Gjilan, Gnjilane en serbe, la petite ville où elle habite à la frontière de la Macédoine, de la Serbie et du Kosovo, à l’époque encore sous administration des Nations Unies.

La décision d’Albina de partir à l’étranger est difficile à comprendre pour son entourage. « Je voulais découvrir qui je suis », explique la jeune femme. A cause des difficultés pour obtenir un visa, Albina décide de partir en Pologne plutôt qu’au Royaume Uni, contrairement à son projet initial. « J’étais intéressée par le projet en Pologne », se souvient elle. « Je voulais savoir si je pouvais arriver à vivre sans mes parents, mon frère et mes amis », explique-t-elle.

“Je suis tombée amoureuse de ce travail”

Pendant neuf mois, Albina travaille chaque jour de 8 à 15 heures dans un centre nommé Ostoja. Des adultes handicapés physiques et mentaux y reçoivent une préparation professionnelle, pour travailler par exemple dans la restauration rapide. Albina doit s’occuper chaque jour d’un groupe de cinq personnes atteintes de maladies comme l’hyperactivité, l’autisme, la schizophrénie ou l’épilepsie.

 « C’était très dur au début », se souvient Albina. Petit à petit, elle apprend comment se comporter avec ce genre de malades. « Je suis tombée amoureuse de ce travail. La radio me manquait mais je me sentais bien en aidant les gens », constate-t-elle aujourd’hui.

A Wroclaw, Albina partage une maison en collocation avec d’autres volontaires venus des quatre coins de l’Europe. « J’ai eu de la chance d’avoir autant de nationalités à la maison. J’ai appris beaucoup de choses », se félicite-t-elle. C’est ainsi qu’Albina ne découvre pas seulement les us et coutumes polonais, mais aussi la culture espagnole, allemande, macédonienne, bosniaque ou ukrainienne. Albina a encore aujourd’hui des contacts réguliers avec ses « amis de Pologne », comme avec les familles des patients du centre.

Apprendre en tandem

A son arrivée en Pologne, Albina commence par communiquer en anglais et en serbe. La jeune femme trouve ensuite un partenaire “tandem”. Pendant une heure ou deux, Albina parle uniquement polonais, tandis que son partenaire la corrige, et vice-versa. Avec cette méthode, l’apprentissage de la langue se déroule à toute vitesse. « Au bout d’un mois, je pouvais comprendre ce que les gens disais, même si je ne savais pas toujours répondre », se rappelle-t-elle. Albina parvient vite à surmonter les malentendus linguistiques du début mais aussi à perfectionner son serbe et son anglais.

“Le service volontaire européen m’a donné beaucoup de choses qui m’ont rendue plus forte”, résume-t-elle deux ans après son retour, toujours aussi enthousiaste. Maintenant que les maladies psychiques n’ont plus de secrets pour elle, Albina songe même à aller dépanner quelques heures par semaine dans un centre pour handicapés au Kosovo. La jeune femme songe toujours à la Pologne avec nostalgie. « Je pense toujours revenir un jour. Je pense que je suis née pour la Pologne !”, déclare-t-elle.

Margot Reis pour ADL Kosovo