Agromafia et nouvelle criminalité organisée : le défi de l’Union européenne

Article publié le 30 juillet 2015
Article publié le 30 juillet 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La lutte contre les nouvelles mafias naît dans les universités et dépend de la coopération entre les agences. CROSS, Eurojust, Europol : la collaboration et le droit sont le point de départ d'une Europe libre et unie. Voilà ce qu’il s’est dit à l’Université de Milan

Le droit à la nourriture est menacé par la mafia. Les circuits qui essayent de garantir ce droit sont nombreux et étendus ; mais les systèmes anticorruption ne sont pas assez forts. Voici l’alarme lancée par Livia Pomodoro, ancienne présidente du Tribunal de Milan et juriste infatigable. Désormais présidente du « Milan Center for Food Law and Policy », elle a voulu lier sa plus récente bataille pour la légalité à l’Expo 2015.

« Le projet du Milan Center for Food Law and Policy veut laisser un héritage pour le droit à l’accès à la nourriture qui perdure au-delà de l’Expo 2015 » déclare Mme Pomodoro, invitée à la conférence organisée le 8 juillet dernier par le CROSS (Observatoire sur la Criminalité Organisée de l’Université de Milan) à la Faculté des Sciences politiques, économiques et sociales de l’Université de Milan. De nombreux juristes spécialisés dans les droits de l’homme et la collaboration entre les états membres de l’Union européenne ont pris part à la conférence.

Le secteur agro-alimentaire et la criminalité organisée

Le landgrabbing (l’acquisition massive de terrains agricoles dans des pays en voie de développement le plus souvent de la part de multinationales) se fait dans les territoires où les infiltrations criminelles internationales sont très fortes, car il n’y pas de contrôle adapté, a précisé dans son discours la juge. Et Mme Pomodoro n’a pas hésité à glacer le sang de son auditoire. Selon elle, « le degré de chantage sur les personnes n’ayant pas accès à une nutrition adaptée » est particulièrement glaçant et témoigne de la violence de la perméabilité aux agromafias. Selon le « Rapport Agromafie » rédigé par Coldiretti, Eurispes et l’Observatoire sur la criminalité dans l’agriculture et sur le système agro-alimentaire, le business des agromafias italiennes serait de 15,4 milliards d'euros. « Il n’y pas de zones “franches” par rapport à de tels phénomènes. Il est certain que les mafias continuent à agir sur leurs territoires d'origine, car la richesse, les alliances et le consensus dépendent tous du contrôle du territoire, spécialement dans le Sud » lit-on dans l’alarmant rapport publié en janvier 2015.

Et pendant que le public se passionne pour l'Expo et son slogan « Nourrir la planète », les nouvelles mafias investissent un nouveau terrain de culture : le secteur agro-alimentaire.

La coopération pour lutter contre les mafias

La coopération entre les États européens et les droits de la personne ont été ensuite le fil rouge qui a animé la salle 5 de la via Conservatorio. Eurojust et Europol sont les deux thèmes qui ont été abordés par le public et les intervenants qui voulaient faire le point de la situation sur la coopération entre les deux agences européennes. « Maintenant même les mafias se globalisent – déclare Christian Ponti, expert en droit international du Cross, dans son discours d’introduction - Nous devons identifier les moyens de collaboration pour lutter contre les crimes ». Le traité de Lisbonne, en vigueur depuis 2009, a introduit entre les États membres de l'UE le principe de reconnaissance réciproque de l'autorité judiciaire dans les opérations de police concernant plusieurs pays membres, afin de faciliter le dur travail d’Eurojust et d’Europol (les « ministères publics » et les « policiers » d’Europe).

    Combattre la mafia grâce à la globalisation

Angela Teresa Camelio et Alfredo Nunzi, respectivement membres d’Eurojust et d’Europol, ont été les véritables stars de la journée.

Et si les mafias se globalisent, c’est justement avec la globalisation que nous les combattrons, semble affirmer, lors de son intervention, Mme Camelio, membre italien d’Eurojust et magistrate. « Le devoir stratégique d’Eurojust est de produire une homogénéisation des différents règlements - a précisé l'experte - en vue de la coopération à travers la connaissance des systèmes judiciaires respectifs ».

Le partage des informations entre les organes de police des différents pays membres est crucial, comme l’affirme Alfredo Nunzi, secrétaire du conseil d’administration d’Europol et spécialiste du crime organisé : « Europol met en commun les informations, car la sécurité intérieure et extérieure sont un seul grand objectif ».

Deux épisodes récents viennent confirmer le pouvoir des organisations criminelles et leur capacité à créer un réseau au niveau supranational ainsi que l'importance d'une lutte qui soit vraiment commune : la maxi opération Blue Amber, avec la saisie de 2,8 tonnes de cocaïne et plus de 500 arrestations dans 260 localités reparties dans le monde et la récente décision permettant à Europol de contrôler plus de 100 000 tweets publiés par des comptes liés au Califat de l’État Islamique.

Un encourageant pas en avant vers la collaboration politique émerge donc de la rencontre entre les professionnels de la lutte contre la criminalité organisée. Sur le fil du rasoir depuis les récents « bouillonnements » de la possible Grexit et la crise économico-politique en l’Europe.