Agroécologie : une solution miracle ?

Article publié le 24 juillet 2015
Article publié le 24 juillet 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’agrochimie est-elle un mal nécessaire pour nourrir le monde ? Tournant le dos à une position dominante maintes fois rabâchée, des voix s’élèvent en Europe et proposent une alternative constructive au modèle actuel : l’agroécologie. Cette fin de semaine a été très chargée pour les défenseurs européens de l’agroécologie.

Cette théorie est présentée comme une solution miracle, pour enrayer la crise alimentaire, qui affecte un huitième de l’humanité, selon les derniers chiffres de la FAO.

Le 8 novembre, “SOS Faim”, a présenté “Les moissons du futur”. Le lendemain, Marie-Monique Robin, réalisatrice du documentaire, était invitée à un discours d’introduction lors d’un forum, organisé par Bart Staes (eurodéputé des Verts), “Le potentiel de l’agroécologie : dépasser la crise alimentaire”.

Fin 2011, le magazine Défis Sud a consacré un rapport très complet sur l’agroécologie. C’est un concept qui reste pourtant encore vaste et à multiples facettes. Il désigne une discipline scientifique, ainsi que de nombreuses pratiques déjà existantes. Le principe fondamental de cette forme d’agriculture alternative est de trouver des techniques, qui s’adaptent aux écosystèmes locaux. Les exemples pratiques vont du “Push-pull” kenyan au “Milpa” mexicain, sans oublier l’agroforesterie malawite. Cependant, l’accent n’est pas seulement mis sur l’étude de ces exemples, mais aussi sur leur exportation et leur adaptation à d’autres zones géographiques.

Bien que le terme soit en usage depuis les années 1930, c’est un rapport signé en mars 2011 par Olivier de Schutter, Rapporteur Spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, qui a remis l’agroécologie dans l’actualité internationale. Comme le relatait un très enthousiaste communiqué de presse des Nations Unies : “L’agroécologie peut doubler la production agricole en dix ans”. Et même si cette déclaration -comme le reste du rapport- semblait quelque peu excessive, les ONG environnementales s’en sont largement emparées. C’est également le point de départ du documentaire de Marie-Monique Robin, qui se concentre sur l’inévitable question: l’agroécologie peut-elle nourrir le monde ?

Les scientifiques, les experts et les agriculteurs mettent toujours en doute l’idée que l’agroécologie puisse être une solution clé, pour mettre fin à la crise alimentaire. Les soupçons sont nombreux et le scepticisme persiste, en particulier sur la généralisation de pratiques circonstancielles. A cela s’ajoute l’absence d’une vision politique à orientation mondiale, apportant peu de réponses aux questions de la disparité des échanges Nord-Sud et de la libéralisation progressive des marchés agricoles mondiaux.

Que se passe-t-il au niveau européen ? Il semblerait que le manque de coopération entre les commissions européennes - Développement, Agriculture et Ecologie – et les positions idéologiques conduisent au blocage actuel du Parlement, sur les sujets concernés. Charles Goerens, eurodéputé libéral et membre de la commission Développement, a dressé un portrait très sombre, juste après la projection du film.

Il est certain que les défenseurs de l’agroécologie font un pari ambitieux. Et en dépit de toutes les critiques envers ce nouveau modèle, on ne peut que saluer l’effort fait pour trouver une alternative au système actuel, qui a déjà montré ses limites.

(Crédit photo - Mike)