Agnieszka Holland : quand un Polonais aide quelqu’un, il s’enrichit ?

Article publié le 14 février 2012
Article publié le 14 février 2012
Agnieszka Holland ne nous surprend plus : nouveau film, nouveau succès. Le 14 janvier dernier, le jury de l’Académie américaine du film a de nouveau nominé la réalisatrice polonaise pour les Oscars.
Ce n’est pas la première fois que la réalisatrice s’attaque à ce sujet difficile qu’est la tragédie juive pendant la Seconde guerre mondiale (en 1985, Holland a été nominée aux Oscars pour Amère récolte, « Gorzkie żniwa » en polonais). Est-ce que ce film-ci sera apprécié au point d’offrir à Agnès une statuette le 26 février prochain ?

« Elle est en train d’accoucher ! C’est dégoûtant ! »

A la lecture des commentaires sur Internet et par ma propre expérience dans la salle de cinéma, je peux certifier que, paradoxalement, les scènes qui éveillent le plus d’indignation de la part des spectateurs sont les scènes de sexe (« Cette histoire ne peut pas être vrai. Ce n’est pas possible que les gens fassent l’amour dans les égouts ! ») mais aussi la scène de l’accouchement (à ce moment du film, toute la salle s’est mis à réagir d’une seule voix écœurée : « Mais c’est dégoûtant ! »). C’est la première fois que je rencontre ce type de réaction, la mort et la destruction du ghetto ont été observées avec un calme stoïque, par contre la scène où vient au monde une nouvelle vie a provoqué instantanément des réactions confuses.

Ce paradoxe illustre bien le film d’Agnieszka Holland, la réalisatrice polonaise la plus connue au monde : des sujets sensibles dépourvus des raccourcis d’Hollywood qui provoquent des sentiments ambivalents.

Sous TerreW ciemnosci » en polonais), candidat aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger, raconte l’histoire vraie d’un Polonais travaillant dans les égouts, Léopold Socha, dans lesquels il cachait des juifs, à Lviv. Le film a été accueilli avec enthousiasme par les critiques polonaises comme étrangères, qui ont salué le meilleur des films d’Holland depuis Europa, Europa (1990, nomination aux Oscars du meilleur scénario adapté), film qui présente aussi l’histoire vraie de Salomon Perel, né dans une famille juive et incarnation d’Hitler. Holland a aussi été nominée aux Oscars pour Amère récolte (en 1985, l’histoire d’une Juive polonaise échappée du train, forcée de rester auprès de son amant).

Qui d’autre a sa chance aux Oscars ?

La liste des films qui avaient une chance de figurer parmi les nominés : le film allemand Pina (l’histoire de la célèbre chorégraphe Pina Bausch, réalisé par Wim Wenders), Superclasico , une comédie romantique danoise (réal. Ole Christian Madsen), le drame familial iranien Une séparation (réal. Asghar Farhadi), l’israélien Footnote (réal. Joseph Cedar) sur la relation entre un père et son fils, Rundskop, en Belgique, (réalisé par Michael R. Roskam) l’histoire d’un fermier qui trempe dans une histoire de vente illégale d’hormones animales, Omar m’a tuer , dirigée par Roschdy Zem (l’histoire vraie d’un Marocain condamné à tort en France pour un assassinat commis dans les années 90), le canadien Monsieur Lazhar (réal. Philippe Falardeau), récit d’un immigré algérien devenu professeur dans une école primaire et Warriors of the Rainbow : Seediq Bale de Taïwan (réal. Wei Te-sheng), drame historique sur le sort de la tribu Seediq à une époque où Taïwan est sous domination japonaise. Parmi eux, les lauréats sont : Une séparation , Footnote , Rundskop , Monsieur Lazhar , In Darkness.

Dans l’ombre d’un stéréotype

A l’annonce des nominations, de nombreuses personnes ont supposé que le film Sous Terre ne pouvait pas être autre chose que polonais, parce qu’il se réfère à ce sujet et non à un autre. Mais quand on regarde les films, qui avaient la chance cette année d’être nominés, il est difficile de ne pas s’accorder sur l’hypothèse que la plupart d’entre eux décrivent des évènements et des personnages qui ont existé dans l’histoire des pays concernés. Parce que les histoires, que nous vivons à travers nos yeux, peuvent aussi bien être racontées au plus grand nombre.

Le mythe reste constant et universel – la guerre, la danse, le commerce illégal – sont des événements qui peuvent survenir à n’importe quel endroit, mais avec d’autres acteurs.

Photos : ©courtoisie de la page Facebook officielle du film