Agitation politique au Royaume-Uni

Article publié le 17 octobre 2014
Article publié le 17 octobre 2014

La situation politique au Royaume-Uni est tendue, à cause de la perspective du référendum sur une éventuelle sortie de l'Union Européenne, mais aussi de la situation interne qui fait suite aux élections partielles.

Le libéral démocrate Vince Cable a récemment déclaré dans le Huffington Post que l'Allemagne avait "colonisé" la Commission européenne, exprimant clairement ses réticences face à l'influence de l'Europe sur Westminster. Cependant, Nick Clegg, vice-Premier ministre du Royaume-Uni et chef de file des Libéraux-démocrates depuis 2007, a affirmé au journal The Guardian qu'il acceptait l'idée d'un référendum sur l'appartenance du pays à l'Union Européenne, mais a également averti que quitter l'UE serait un suicide économique. Quelques jours après cette déclaration, la victoire de Douglas Carswell à l'élection partielle de Clacton a permis au parti indépendantiste, l'UKIP, de remporter pour la première fois un siège au Parlement, renforçant ainsi sa visibilité politique ainsi que celle de ses idées, notamment celle d'un Royaume-Uni indépendant de l'Union Européenne. Suite à cette victoire, des études présentées dans The Guardian prédisent que l'UKIP pourrait remporter 30 sièges supplémentaires aux élections de 2015. Toutefois, au niveau européen, tout ne va pas si bien pour Nigel Farage, le dirigeant de l'UKIP, puisque ce jeudi 16 octobre, EFDD (Europe de la Liberté et de la Démocratie directe), son groupe eurosceptique au Parlement européen, a été dissous. Ce revers de situation a été provoqué par la défection de la députée lettonne Iveta Grigule. Suite à son départ, le groupe n'atteignait plus le minimum de représentation de sept états membres nécessaire, selon la loi européenne, à la constitution d'un groupe politique.

De son coté, le leader du parti travailliste, Ed Miliband, tente de récupérer des voix des partisans de l'UKIP en  promettant de prendre des mesures plus strictes pour limiter les allocations accordées aux immigrants.

Par la suite, dans une interview de la BBC où on lui demandait s'il préférerait Cameron ou Miliband comme Premier ministre du pays, Farage a répondu avec ironie que le Premier ministre du Royaume-Uni était Jean Claude Juncker. Mais c'est son invitation au débat télévisé de 2015, aux côtés des figures de proue des principaux partis politiques, qui a réellement mis le feu aux poudres, en déclenchant de vives réactions du parti écologiste – dont la dirigeante, Natalie Bennett, n'a pas été invitée au débat –  qui menace de porter l'affaire en justice.

Pendant ce temps, la date de l'élection partielle de Rochester a été fixée au 20 novembre, et David Cameron reproche à l'UKIP de vouloir faire de l'élection législative un véritable "cirque médiatique".

Avec toute cette agitation politique, le parti travailliste ne devance que de très peu le parti conservateur dans les sondages, et Miliband, qui semble avoir perdu son assurance, implore le soutien des membres du Parlement, sans lesquels il pense ne pas pouvoir gagner les élections. Il rappelle que sans unité, le parti fera face à un désastre électoral au mois de mai.

Notons également, puisque les déclarations des politiciens sont parfois contradictoires, que Farage a affirmé au Huffington Post que l'UKIP soutiendrait un gouvernement minoritaire conservateur, pour ensuite annoncer trois jours plus tard qu'il souhaitait voir le parti travailliste remporter les prochaines élections, par peur que Cameron ne gagne le référendum sur la sortie de l'UE. Mais s'agit-il d'inconstance ou d'une stratégie politique?

Enfin, c'est le conservateur Lord Freud qui a réellement dépassé les bornes lorsqu'il a laissé entendre que les personnes handicapées ne méritaient pas d'être payées le salaire minimum. Ce commentaire inapproprié, émis lors de la conférence du parti conservateur, a scandalisé le pays tout entier. David Cameron, soucieux de l'image de son parti, a ordonné à Lord Freud de s'excuser pour ses propos scandaleux. “Je tiens à vous présenter mes excuses les plus sincères (…) toutes les personnes handicapées, sans exception, ont droit au moins au salaire minimum, et je reconnais qu'il était irrespectueux de suggérer le contraire", a finalement admis l'arrière petit-fils de Sigmund Freud.

Malgré les propos de Freud risquant d'entrainer la perte de certains votes conservateurs, le bras de fer politique continue au Royaume-Uni entre l'UKIP qui gagne du terrain dans le domaine politique, le parti travailliste qui s'échine à trouver du soutien, et les libéraux-démocrates, troisième parti à la Chambre des communes depuis 2010, qui cherchent à maintenir une position aussi stable que possible.