Affrontements à Paris : une journée de folie (extra)ordinaire

Article publié le 17 juin 2016
Article publié le 17 juin 2016

[PHOTOS] Depuis plus de deux mois les manifestations s’enchainent contre la loi Travail. La journée de mardi 14 juin - la plus forte mobilisation selon la CGT - a laissé place à l'hystérie collective et, en certains lieux, aux caractéristiques d'une véritable guérilla urbaine. Reportage dans le souffre. 

La manifestation du mardi 14 juin organisée par la CGT devait être le point culminant des protestations contre la loi Travail qui ont lieu depuis deux mois et demi. Ou d’après ses détracteurs, la dernière action d’un mouvement épuisé et à bout de forces qui s’éteint jour après jour. Mais rien ne s'est déroulé comme prévu, la manifestation est devenue l’exutoire de la violence effrénée de centaines de casseurs qui manifestaient dans le seul but de détruire et de dévaster.

Champ de bataille

Des vitrines saccagées, des voitures renversées et des vélos incendiés... En somme, Paris a a parfois été le théâtre d'une véritable guérilla urbaine incarnée par la fumée des pneus brûlés et des gaz lacrymogènes. Les choses ont commencé à rapidement dégénérer : des jeunes au visage couvert ont décidé de décharger leur colère en jetant des pierres, des bâtons et des bouteilles contre les voitures garées, des fenêtres et des vitrines. La manifestation pacifiste contre la loi Travail s’est transformée en un véritable champ de bataille. La police a tenté de freiner la furie dévastatrice des casseurs en ayant recours à des moyens de défense habituellement peu utilisés : des grenades de désencerclement ainsi que des canons à eau (qui n’avaient pas été utilisés depuis longtemps par les forces de l’ordre françaises, et en dernier recours). En vain. La stratégie a alors été de diviser le cortège en deux tronçons pour tenter d’affronter séparément les fauteurs de troubles. L’idée semblait fonctionner, tout du moins jusqu’à ce que les manifestants arrivent à se réunir au point d’arrivée du cortège, Place des Invalides. C’est ici que les choses ont dégénéré : pendant que les policiers étaient occupés à protéger l’entrée du Palais des Invalides, ils ont été encerclés par des manifestants fous furieux qui leur ont jeté des pierres, des morceaux de goudron et de béton, et même un feu d'artifice par une personne cagoulée. Ces affrontements ont duré près de deux heures, suite aux charges répétées de canons à eau et de gaz lacrymogènes, la police est en partie parvenue à disperser la foule. À la fin de la journée le bilan est lourd, mais cohérent au vu du déroulement de la manifestation : on parle de 40 blessés, dont 29 policiers, et 58 interpellations. On assiste par ailleurs à une bataille des chiffres concernant le nombre de manifestants présents : la CGT parle de 1,3 millions de manifestants tandis que la préfecture de police n'en compte que 125 000.

Aucune trève à l'horizon

Les tensions et les violences remettent inévitablement en cause les vraies motivations de la protestation : ce mardi 14 juin sera difficile à oublier pour de nombreux parisiens en raison des dégâts bien visibles dans les rues de la capitale et aussi parce que l’hôpital Necker a été pris pour cible par des casseurs. La CGT, à l’origine de cette manifestation, est pointée du doigt, accusée d’être partiellement responsable du fait que le service d’ordre n’ait pas réussi à assurer le bon déroulement de la manifestation, et également d’avoir adopté une attitude « ambigüe » vis-à-vis des casseurs.

Suite à ces évènements, François Hollande est intervenu et a déclaré que les manifestations ne seront plus autorisées à Paris si la sécurité des personnes et des biens ne peut pas être garantie. Manuel Valls lui a emboîté le pas, dans ses déclarations, en demandant à la CGT de ne plus organiser d’autres manifestations qui pourraient potentiellement dégénérer. L’attitude du gouvernement n’est pas étonnante étant donné l’extrême violence des protestations de ce mardi 14 juin, et les défis auxquels l’Hexagone  doit faire face : la menace terroriste toujours plus pressante, l’organisation de l’Euro 2016 qui implique la gestion des supporters les plus violents, surtout suite aux affrontements qui ont eu lieu à Marseille et à Lille.

Les manifestants semblent envers et contre tout camper sur leurs positions. Mais c’est également le cas du gouvernement Hollande qui ne compte pas changer le projet de loi Travail. Une des deux parties devra inévitablement céder, reste à savoir laquelle. Et on espère que ça arrivera avant qu’une des deux ne cause trop de dégâts, physiques et politiques, pour la survie de tous.