Adolf Hitler exposé à Berlin : visite guidée avec 3 Européens

Article publié le 29 octobre 2010
Article publié le 29 octobre 2010
20.000 personnes se sont déjà ruées au musée de l'histoire allemande à Berlin, pour en savoir plus sur un homme : Adolf Hitler. « Comment Hitler a-t-il été possible ? C'est la question à laquelle nous essayons de répondre dans cette exposition », explique le porte-parole du musée à la presse.
Tentative de réponse(s) à travers la visite guidée de trois jeunes Européens, entre fascination et horreur, intérêt et déception.

Sébastien, Français :

C’est l’expo du moment à Berlin. Ouverte le 15 octobre et déjà dans tous les journaux. La « première expo sur Adolf Hitler ». 10.000 visiteurs le premier week-end… En ce vendredi 22 octobre (une semaine après donc), le hall devant l’expo est toujours bondé. Je me lance tout de même, en essayant de jouer un peu des coudes. Hitler, sa jeunesse et ses aquarelles. Hitler en Bavière, le putsch, le livre. Puis les élections. Jusque-là, c’est très centré sur la vie du jeune Adolf qui se voyait artiste et qui rentre frustré de la guerre. A partir des élections de 1932, on s’écarte de la personne d’Hitler pour s’intéresser à la montée du national-socialisme en général, puis l’arrivée en guerre, les conquêtes, la guerre totale et la chute.

Très bon livre d’Histoire illustré

Bilan, il est évidemment indispensable et incontournable de montrer et de raconter cette période noire de l’histoire allemande. Et sur ce point le Deutsches Historisches Museum est toujours un excellent livre d’Histoire ouvert exceptionnellement bien illustré. Je ne peux que me réjouir que les foules s'y rendent nombreuses.

Hitler or not Hitler ?

«Ceux qui pensaient voir quelque chose de vraiment nouveau seront un peu déçus»

Mais en l’occurrence, je ressors avec l’impression que le musée a hésité entre deux stratégies. D’un côté, on mise sur le nom d’Hitler qui va toujours attirer les foules et donc on prend le risque de dire qu’on est la première vraie expo basée sur la figure d’Hitler. Mais vu que c’est précisément risqué et qu’on pourrait se faire instrumentaliser et récupérer si on mise tout sur Hitler, on élargit stratégiquement le sujet. Le sentiment est forcément un peu mitigé : ceux qui pensaient voir quelque chose de vraiment nouveau seront un peu déçus. Selon moi, l’expo en soi ne nous permet pas vraiment de savoir comment la personnalité charismatique d’Hitler a réussi à convaincre une partie des Allemands de se jeter dans cette entreprise horrible qu’a été la période 1933-1945. Mais c'est au moins un bon coup médiatique… De quoi prouver par son succès même que le phénomène de fascination autour du personnage d’Adolf Hitler est toujours actif.

Stefano, Italien :

A peine entré dans le Deutsches Historisches Museum, il était là, parmi d'autres dans la foule. Et à côté, encore lui, et lui, et son visage sur tous les murs. Le dégoût du face à face m'a pris tout de suite. Un dégoût qui s’aggrave en découvrant son écriture, ses notes, ses aquarelles... La créativité humaine qui se fait diabolique. Un dégoût qui augmente encore plus quand je tombe sur les vœux d'anniversaire d'un enfant « à Hitlerchen », le diminutif d’Adolf Hitler. Un exemple infime mais évocateur de la puissance de la machine de propagande qu'Hitler avait crée dans son pays. Elle est encore plus évidente dans la salle d'exposition voisine, où le petit homme - dont on souligne le magnétisme extraordinaire qu’il a pu avoir sur les Allemands – apparaît dans une vidéo de l'époque.

Dépasser l'horreur

Quelques pas plus loin, deux sceptres incrustés d'or. Le Führer l'a remplie de sa volonté de puissance, de l'âme sanglante et désastreuse du nazisme. Je sens le besoin d'un exorcisme personnel et ma pensée s’oriente finalement vers Willy Brandt, chancelier d'une Allemagne nouvelle. Et je me rappelle de son interview avec la célèbre journaliste italienne Oriana Fallaci en septembre 1973, où on voyait cet homme dépasser l’horreur nazie par la démocratie et l'équilibre social. Dernière salle. Le visage diabolique a disparu. Restent sa voiture et les hommes de son régime devant le Tribunal international de Nuremberg. Une image qui soulage : on constate devant elle que l’abus de pouvoir peut parfois être jugé.

Lanterne avec Swastika, 1940 :©Indra Desnica Deutsches Historisches Museum

Christiane, Allemande :

Depuis des jours les petits écrans pub de la U-Bahn (le métro berlinois) ne montrent plus qu’une chose : les bannières pour l’expo « Hitler und die Deutschen » du Deutsches Historisches Museum. Il est donc temps pour une expérimentation sur soi. Vu la longueur de la file d’attente, l’idée que la directrice des relations publiques ait pu utiliser la figure d'Hitler pour créer un succès public me passe évidemment par la tête.

Hitler l'omniprésent

Mais une fois à l’intérieur, ce n’est pas du tout une étude psycho-sociologique sur l’influence d’Hitler sur la société qui nous attend. Plutôt une expo solide sur l’enracinement de la propagande nazi dans toutes les couches de la société. Une des vitrines contient les uniformes conçus pour chaque strate des autorités de l'époque : « Feldbluse mit offenem Kragen für Mannschaften der Waffen-SS, Wachtmeister der Polizei-Division, dazu Schirmmütze » (« Chemise « champ » col ouvert pour les équipes de la Waffen-SS, agents de police avec képi ») indique la légende. L’exposition présente de nombreuses sources historiques : lettres adressées à Hitler, marionnettes, pins, dessins d’enfant ou albums de photos remplis d’images de la déportation de juifs. « La crème de la crème du peuple choisi » peut-on lire dans les commentaires haineux gribouillés sous certains clichés. C’est à travers ce genre d’objet que le visiteur a le plus l’impression de pénétrer dans les têtes des gens de l’époque. Mais il ne s’agit que d’une réponse très approximative à la question que se posent encore des générations plus tard : Comment tout cela a-t-il été possible ?

Reste l’impression de ne pas avoir découvert beaucoup de nouveautés. Les expositions permanentes et spéciales du centre de documentation « Topographie des Terrors » (« topographie de la terreur ») sur le terrain de l’ancienne centrale SS, l’expo permanente du Jüdisches Museum et de nombreuses autres expos à des lieux « mémoire » de la dictature nazie à Berlin, montrent des contenus similaires. Mais pour les touristes et les jeunes visiteurs, l’expo a tout à fait son intérêt. Verdict : le musée a rempli sa mission éducative.