Adieu, Dany le Rouge !

Article publié le 24 mai 2014
Article publié le 24 mai 2014

Hier, Da­niel Cohn-Ben­dit a of­fi­ciel­le­ment fait ses adieux à la vie po­li­tique. Que reste-t-il du porte-pa­role soixante-hui­tard ?

Lors de sa der­nière soi­rée à Paris, Da­niel Cohn-Ben­dit est ac­cusé par son propre parti. L'idole de mai 68, le seul po­li­ti­cien eu­ro­péen vrai­ment connu, com­pa­raît en tant qu'ac­cusé de­vant le tri­bu­nal que ses com­pa­gnons de route verts ont érigé pour lui. La liste des ac­cu­sa­tions est longue : po­ly­ga­mie lin­guis­tique, ob­ses­sion eu­ro­péenne, pro­blèmes avec les au­to­ri­tés (sur­tout avec les pré­si­dents de la Ré­pu­blique fran­çaise) et in­ca­pa­cité à tenir sa langue. Les Verts ont joué les adieux de Cohn-Ben­dit dans une pièce de théâtre, comme s'il n'al­lait pas vrai­ment par­tir. La vé­rité est bien trop dou­lou­reuse pour le parti, qui a main­te­nant perdu son in­dis­cu­table nu­méro un. Mais qu'est-ce qui a rendu ce po­li­ti­cien franco-al­le­mand si fas­ci­nant pen­dant des dé­cen­nies ?

Ta gueule

Der­nier dis­cours de Da­ni­el Cohn-Ben­dit au Par­lement eu­ro­péen.

Au­jour­d'hui, il faut cher­cher long­temps pour trou­ver des mo­dèles po­li­tiques, et en­core plus des pops­tars. La gé­né­ra­tion de nos pa­rents s'était au moins trouvé une idole avec « Dany le rouge ». De­puis qu'il a di­rigé son mé­ga­phone contre l'ap­pa­reil éta­tique fran­çais sur­anné en mai 1968 à Paris, son agres­si­vité n'a pas di­mi­nué avec les an­nées. Cohn-Ben­dit a trouvé dans l'Eu­rope sa vo­ca­tion. De­puis vingt ans, il prê­tait sa voix au Par­le­ment lorsque le si­lence re­ve­nait à Bruxelles et à Stras­bourg. Son « ta gueule » lancé à Mar­tin Schulz au Par­le­ment est un de ses mo­ments ma­giques. Il condam­nait ré­gu­liè­re­ment la po­li­tique au­to­cra­tique, qu'elle soit à l'oeuvre en Chine, en Hon­grie ou en Rus­sie. Afin que tout le monde le com­prenne, il avait pris l'ha­bi­tude de presque crier ses dis­cours.

COMMe l'équipe de France SANS ZI­DANE

« Il y a bien eu un mo­ment où l'équipe tri­co­lore a dû jouer sans Zi­dane », a-t-il com­menté avec un clin d'oeil lors de sa propre sor­tie hier. Mal­gré ou grâce à son ego, il était ca­pable de se com­por­ter en Eu­ro­péen convaincu comme nul autre. Pour lui, da­van­tage de per­sonnes de­vraient avoir la pos­si­bi­lité de tra­vailler et de tom­ber amou­reux à l'étran­ger. Ainsi, il y au­rait plus de couples eu­ro­péens et plus d'en­fants eu­ro­péens. Les mou­ve­ments iden­ti­taires na­tio­na­listes qui me­nacent l'Eu­rope au­jour­d'hui n'au­raient alors plus au­cune chance de subsister. La po­li­tique peut donc être par­fois ro­man­tique. Son idéa­li­sa­tion des re­la­tions pé­do­philes dans les an­nées 70 fut au contraire rédhi­bi­toire. Ses écrits et pas­sages té­lé­vi­sés lors des­quels il ex­plique ses ren­contres avec des en­fants jettent une ombre sur la fi­gure phare de la po­li­tique eu­ro­péenne.

Pro­chai­ne­ment, ce féru de foot­ball va voya­ger au Bré­sil en cam­ping-car pour re­la­ter la Coupe du Monde. Il va donc nous tenir en ha­leine en­core quelques temps.