Adaptation et stabilité : les plans de l’UE et de l’OTAN en Libye

Article publié le 26 juillet 2017
Article publié le 26 juillet 2017

En février 2017, lors de la réunion ministérielle de l’OTAN, le Premier ministre libyen a demandé la formation et le développement des forces armées du pays. En août 2016, l’UE a décidé un parcours de formation de la Garde côtière libyenne dans le cadre de l’Opération Sophia. En raison de sa situation géopolitique et stratégique, la Libye est au centre des intérêts de l’OTAN et de l’UE.

L’intérêt pour la Libye : une comparaison entre l’UE et l’OTAN

En 2011, la guerre civile libyenne a eu un fort impact sur l’équilibre politique de l’UE et de l’Alliance atlantique. L’Union européenne a déployé ses forces pour intervenir dans le processus de transition vers une démocratie inclusive et stable, en soutient des efforts de médiation des Nations Unies. L’UE a exprimé son soutien à une transition politique et à une solution négociée acceptable pour tous les groupes légitimes dans le pays. Elle a aussi fourni une aide bilatérale, y compris l’aide humanitaire et l’assistance en matière de migration, ainsi que le soutien ciblé à travers ses missions et opérations inscrits dans la cadre de sa politique de sécurité et de défense, en particulier le fonctionnement d’EUNAVFORMED Sofia et d’EUBAM.

En ce qui concerne le soutien politique, l’UE soutient encore aujourd’hui l’accord politique libyen (LPA) convenu en 2015, ainsi que le gouvernement d’Accord National soutenu par les Nations Unies. L’UE travaille en étroite collaboration avec la mission d’appui des Nations Unies en Libye pour faciliter la mise en œuvre de l’Accord politique libyen et soutient les efforts de médiation pour prévenir les conflits. Toutefois, l’UE ne joue pas un rôle seulement sous l’égide de l’ONU, car elle entretient également des relations bilatérales avec la Libye

L’UE n’est pas seulement focalisée sur le soutien politique et économique. L’Union européenne a lancé l’opération EUBAM en 2013 avec pour but le soutien aux autorités libyennes pour améliorer et développer la sécurité des frontières du pays. Cette mission civile répond à une invitation de la Libye et fait partie de l’approche globale de l’UE, qui soutient la reconstruction post-conflit libyen. Cependant, l’intérêt particulier envers la Libye découle d’un phénomène beaucoup plus complexe: les flux migratoires et la lutte contre le trafic de migrants. Ceci est également la raison pour laquelle en 2015 l’Opération Sophia (EUNAVFOR MED) a été lancée. La Libye a attiré l’attention de l’UE et a réussi à «stimuler» ses premières capacités civiles et militaires.

Non seulement l’UE mais aussi l’OTAN s’est investie en Libye pendant la guerre civile de 2011. Même si la coalition internationale a réussi à évincer le dictateur Mouammar Kadhafi, elle n’a pas réussi à prolonger la stabilité et la sécurité. La faiblesse militaire libyenne et la décentralisation du pouvoir ont été les premières causes ayant eu un impact dans les capacités d’intervention.

En décembre 2015, l’accord politique libyen avait offert un peu d’espoir pour la stabilité, mais le Gouvernement d’accord national (GNA) a été incapable d’étendre son autorité sur tout le territoire libyen. A l’est, la Chambre des représentants du général Khalifa Haftar refuse de reconnaître le GNA.

L’UE et l’OTAN ont fait preuve d’engagement pour résoudre la question libyenne. L’Union européenne a prolongé en juin 2016 le mandat de l’opération Sophia pour lutter contre le trafic de migrants. L’OTAN a convenu lors du sommet de Varsovie un «possible rôle de l’OTAN dans le centre de la Méditerranée, sous demande de l’Union européenne, pour l’appui, le cas échéant, au fonctionnement de l’opération de Union européenne». Le 14 Juillet 2016, l’OTAN a lancé l’opération Sea Guardian, avec pour mission de lutter contre le trafic des migrants et le terrorisme, en fournissant les connaissances nécessaires, et de permettre aux navires de se déplacer librement pour renforcer les capacités régionales.

Libye : une épreuve pour l’UE et pour l’OTAN

Compte tenu de sa proximité géographique, l’instabilité libyenne constitue une menace pour l’UE, ainsi que pour l’OTAN. La guerre civile libyenne a également permis l’augmentation des flux migratoires illégaux à travers la Méditerranée centrale pour atteindre l’Europe. La première étape concrète pour lutter contre la traite des êtres humains a été franchie en Juin 2015, avec le début de l’Opération Sophia (EUNAVFOR MED).

L’opération a été divisée en 4 phases: déploiement des forces pour comprendre les activités et les méthodes de contrebande ; recherche et détournement de navire utilisés par les trafiquants, prise de mesures opérationnelles contre les navires pour la traite et le trafic d’êtres humains ; retrait des forces et fin de l’opération. À l’heure actuelle, 5 navires sont déployés et 25 pays qui contribuent avec leurs moyens logistiques et économiques.

L’opération Sophia fait partie d’un ensemble de mesures prises par l’UE pour aborder la question de la migration. L’objectif est de déployer des efforts systématiques pour identifier, capturer et neutraliser les navires et les ressources utilisés par des trafiquants de migrants, pour ainsi démanteler le modèle économique des passeurs et des trafiquants dans la partie sud de la Méditerranée centrale et prévenir la perte de la vie en mer. Cependant, en raison de l’instabilité persistante en Libye, l’UE a décidé de prolonger sa mission. En effet, le 20 Juin 2016, le Conseil a prorogé jusqu’au 27 Juillet 2017 le mandat de l’Opération Sophia, et a y a ajouté la formation de garde-côtes, et une cotribution à la mise en œuvre de l’embargo de l’ONU sur les armes en haute mer.

Après le Sommet de Varsovie, l’OTAN a commencé à évaluer de plus en plus la possibilité d’une opération dans la Méditerranée. L’opération maritime – Sea Guardian – a été lancée en Méditerranée le 8 novembre 2016. Les navires de l’OTAN sont en charge de la surveillance, de la lutte contre le terrorisme, et du renforcement des capacités maritimes régionales. Sea Guardian soutient également le fonctionnement de l’Opération Sophia dans les domaines de la connaissance et de la logistique. Il semble clair que l’OTAN et l’UE ont un intérêt significatif dans le centre de la Méditerranée, qui semble être devenue un terrain d’action pour les deux organisations. Cependant, à la fin de l’année 2016, l’UE a commencé à envisager de nouvelles mesures face à la crise libyenne et aux flux migratoires.

La Déclaration de Malte et la réunion de l’OTAN

Le 31 Janvier, Donald Tusk a envoyé une invitation officielle aux 27 chefs d’Etat de l’UE pour la réunion de Malte, avec quatre axes fondamentaux: les aspects extérieurs de la migration, les flux de migrants irréguliers dans le centre de la Méditerranée, l’action à long terme avec les partenaires africains et la coopération avec la Libye.

Concernant les aspects externes de la migration, la Déclaration finale fait savoir que grâce à l’Accord UE-Turquie, les arrivées ont diminué de 96%. Cependant, reste ouverte la voie de la Méditerranée centrale. Quant à la relation avec les partenaires africains, l’UE a assuré qu’il y aurait des mesures opérationnelles supplémentaires au niveau régional. Concernant la Libye et la Méditerranée centrale, l’UE a exprimé sa préoccupation pour l’instabilité politique et l’absence de contrôle sur les flux de migrants.

Le 6 Février, lors de la réunion du Conseil, l’Union européenne a une nouvelle fois exprimé son intérêt pour la Libye. Dans la Conclusion, l’UE a salué la volonté de la Libye et des organisations régionales (comme l’Union africaine et la Ligue des États arabes), qui ont montré leur volonté d’aider le processus politique libyen, conformément à l’accord politique libyen. L’UE s’est également montrée prête à collaborer avec les autorités libyennes pour reformer le secteur de la sécurité et pour participer au développement de plusieurs structures pour la sécurité et la défense.

A l’issue de la réunion de Malte, l’UE a affirmé vouloir continuer à limiter la migration irrégulière dans le centre de la Méditerranée et démanteler le modèle économique des passeurs et des trafiquants d’êtres humains. L’approche multilatérale de l’UE a été suivie par celui, plus politique, de l’OTAN. Les 15 et 16 Février lors de la réunion ministérielle à Bruxelles, un des sujets majeurs a été celui des routes de la Méditerranée centrale. La réunion s’est d’ailleurs terminée par la demande officielle du Premier ministre libyen pour obtenir le soutien de l’OTAN sur son territoire.

L’OTAN a expliqué ses intentions de projeter la stabilité au-delà des frontières et de lutter contre le terrorisme. Il a été décidé la création d’un « Hub pour le Sud » au Force Command de Naples. Le Hub est un outil qui peut être utilisé pour faire face à différents défis en augmentant la connaissance de la situation, la capacité de coordonner, et permet de recueillir et de comprendre les informations. Néanmoins, le Hub n’a pas pour but de contrôler les grandes opérations militaires. Il sera utilisé pour recueillir des informations afin d’améliorer les efforts de sensibilisation et de coordination situationnels. Selon les déclarations, le capital humain sera déployé à Naples et des drones de surveillance seront déployés en Sicile.

Conclusion

Pour plusieurs raisons, l’OTAN et l’UE ont des intérêts directs en Libye, tout en ayant des objectifs différents. Cependant, le sens de l’adaptation unit les deux institutions.

Au début, l’UE voulait exporter sa véritable identité: un acteur capable d’intervenir sur le plan économique et politique. Cependant, avec l’Opération Sophia, l’UE a mis en place un processus capable de démontrer sa force dans le domaine de la défense et de la sécurité. La Libye a été l’un des premiers cas majeurs où l’UE a voulu tester toutes ses compétences: la Méditerranée pourrait devenir alors une zone d’essai. L’Opération Sophia offre une formation pour la Garde côtière et la marine, et le premier cycle a déjà assuré la formation de 89 élèves et de leurs tuteurs. L’UE commence à voir les premiers résultats de ses efforts en Libye.

Plus complexe encore semble le défi de l’OTAN. Selon les déclarations du Secrétaire Général et le Communiqué du Sommet de Varsovie, l’OTAN doit continuer à s’adapter pour faire face aux nouvelles menaces. S’il est vrai que depuis 1989 et la chute du mur de Berlin, l’OTAN a dû se «réinventer», il est également vrai que, depuis les années 90, l’organisation prend lentement le chemin de l’adaptation face aux nouveaux défis mondiaux. Cette métamorphose se concrétise aussi grâce à la coopération avec l’UE commencée au cours de la dernière décennie.

Outre les intérêts politiques, sociaux et économiques, la Libye est un défi pour les deux organisations, puisque chacune pourra démontrer la mesure dans laquelle ses capacités sont flexibles et incisives (bien qu’avec des moyens différents), en essayant évidemment de résoudre le problème libyen.

Article écrit par Maria Elena Argano​ et initiallement publié sur le site de notre partenaire EU Logos Athena.