« Actions de gentillesse gratuite » : une start-up qui veut changer le monde

Article publié le 6 octobre 2009
Article publié le 6 octobre 2009
« C’est comme enfiler un costume de super-héros, sauf que ton superpouvoir, c’est de laisser ta place dans le bus », écrit The Irish Times à propos des quatre jeunes Irlandais qui ont créé leur petite entreprise de bonté au quotidien. Récit in situ.

Je venais juste d’obtenir mon diplôme d’anglais au Trinity College de Dublin, mais je n’avais envie ni de chercher un job peu gratifiant, ni d’aller pointer au chômage. J’ai trouvé un groupe de jeunes qui faisaient quelque chose de bien plus intéressant. Ark° (pour « acts of random kindness ») a été créé en novembre 2008 par Cameron, fondateur et actionnaire, 19 ans, à qui des professeurs avaient plutôt prédit un avenir de comptable vieux jeu, plongé jusqu’au cou dans les pertes et les profits ; Ronan, qui a quitté un poste au ministère des affaires étrangères irlandais ; Bridget et moi. Nous avons 22 ans et sommes arrivés dans cette aventure entre février et avril 2009. Nous avons laissé tomber le monde du travail car nous préférons changer le monde (en toute simplicité… mais avec efficacité) : notre job, c’est faire des actions de gentillesse gratuite.

(arkHQ.com)Cameron avait 18 ans quand il a accepté le défi lancé par un ami d’accomplir quotidiennement des « actes de gentillesse gratuite ». Il a acheté une glace pour la personne qui faisait la queue derrière lui. Puis il s’est mis à payer des pleins d’essence à des personnes au hasard, ou bien à emmener des SDF déjeuner. A la même époque, il s’occupait de la gestion d’une entreprise de vêtements sur Ebay. Un jour, alors qu’il marchait dans les montagnes Wicklow [en Irlande, ndt], il a réalisé qu’il pouvait sûrement combiner ses deux activités. Plutôt que de s’envoler pour une destination méditerranéenne ensoleillée afin de célébrer la fin du lycée, il est allé visiter une usine éthique en Chine, et a lancé un peu plus tard, en décembre 2008, une ligne de 600 polos en pur coton, dessinés par ses soins. Il a vendu à ce jour presque 400 tee-shirts de la première collection pour une trentaine d’euros pièce, et pour sa première grande « action de gentillesse gratuite », il a vidé le compte bancaire de l’entreprise pour acheter des cadeaux de Noël aux sans-abris. 

Fais un câlin au hasard

Ark° cherchent à faire changer les mentalités et encouragent les consommateurs à devenir plus que cela. La prochaine ligne de tee-shirts sera lancée en novembre 2009, lors d’une campagne de Noël, et gardera le même état d’esprit… Et bien sûr, plus il y aura d’acheteurs, plus l’impact de ce projet sera grand. La gamme est déclinée en trois couleurs différentes, avec des modèles à manches longues ou courtes, et chaque tee-shirt coûte entre 20 et 30 euros. Côté entreprise, nous organisons des réunions de bureau dans les arbres, nous nous échappons pour parfois aller au cinéma et tentons de transmettre l’amour autour de soi.

«Récemment, nous avons passé un samedi après-midi à divertir des personnes âgées dans une maison de retraite»

Lors du Electric Picnic Festival, nous avons distribué des pinces à linge qui comportaient des suggestions telles que « fais un câlin à une personne au hasard » que les gens ont réalisé, puis ils ont accroché les pinces sur un autre pauvre festivalier qui ne s’y attendait pas ; les pinces sont même devenues des accessoires de mode à la fin du week-end. Récemment, nous avons passé un samedi après-midi à divertir des personnes âgées dans une maison de retraite. Ils ne savaient pas trop à quoi s’attendre quand ils nous ont vus arriver avec des jeux dernier cri tels que « Connect Four » ou « Discover Ireland ». En deux temps trois mouvements, ils se sont mis à chanter sur des morceaux de guitare et à jouer aux charades avec nous.

Le but de ces projets est de s’assurer que l’on continue bien à accomplir le message que l’on souhaite promouvoir, de même qu’ils nous permettent de montrer à nos 400 volontaires répartis dans 25 pays différents comme il facile de rendre les gens heureux. Que ce soit repeindre un orphelinat en Zambie ou bien aider une famille à découper de la tourbe au beau milieu du Connemara, ces actions soutiennent le mouvement. Par chance, à la différence des professeurs de Cameron, nous ne croyons pas en un monde fait de pertes et de profits ; on gagne tous les quatre un salaire moyen, et les bénéfices permettent de faire de ce monde un endroit meilleur… Lors du référendum sur le traité de Lisbonne, le 3 octobre, nous avons collecté les affiches devenues obsolètes pour les transformer en pots de fleurs avec nos volontaires et puis on les a offerts à nos voisins.

Trois trucs pour monter une start-up

1. Ton atout, c’est ton idée

1. Ton atout, c’est ton idée. La laisser se développer dans ta tête peut-être dangereux si elle n’en sort pas ! Demande à tes amis ce qu’ils en pensent honnêtement. Donne-leur la possibilité de critiquer ouvertement ton projet et de trouver ses défauts. C’est un exercice certes blessant, mais payant à long terme !

2. Si tu crois que ton projet peut marcher et durer, lance-toi

2. N‘hésites pas ! Si tu crois que ton projet peut marcher et durer, lance-toi tant que tu es encore enthousiaste. Achète un nom de domaine, commence à passer des coups de fil, commande des cartes professionnelles. Ça coûte un peu cher, mais ça peut être suffisant pour te motiver à te libérer du monotone métro-boulot-dodo.

3. Apprends à communiquer avec les médias

3. Payer pour se faire de la publicité est une perte d’argent : ça peut prendre jusqu’à 95 % de ton budget. Utilise la presse à ton avantage : crée une histoire qui vaille la peine qu’un journaliste vienne faire un reportage !