Accès aux soins : l’OCDE pointe la France du doigt

Article publié le 13 avril 2017
Article publié le 13 avril 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les inégalités d’accès aux soins progressent en France selon le Panorama de la santé 2016 de l’OCDE. Si le rapport souligne en particulier les difficultés rencontrées pour les soins dentaires, l’optique est également un domaine où de plus en plus de Français renoncent à se soigner...

Reconnu comme l’un des meilleurs du monde, le système de santé français présente néanmoins quelques faiblesses, en particulier sur le plan de l’égalité de l’accès aux soins. En France, les personnes les plus pauvres renoncent en effet plus souvent à se faire soigner que dans d’autres pays européens, comme l’Allemagne, l’Espagne ou le Royaume-Uni. Signe plus inquiétant, la proportion de Français renonçant aux soins pour diverses raisons (éloignement géographique, délais, financement) est en augmentation. Tel est l’un des principaux enseignements du Panorama de la santé 2016 de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), qui a passé au crible les vingt-huit pays de l’Union européenne.

Inégalités d’accès aux soins

Certes, si l’on considère la population dans son ensemble, la France affiche en 2014 un taux de renoncement aux soins moins élevé que la moyenne européenne (2,8% contre 3,3%). Mais si l’on se focalise sur les 20% de personnes les plus pauvres, notre pays se situe au-dessus de la moyenne européenne (6,6% contre 6,4%). « L’écart est, avec l’audioprothèse, encore plus marqué pour le renoncement aux soins dentaires : 12 % en France, contre 10,4 % dans l’UE », précise Luis Godinho, président du Syndicat des audioprothésistes, vice-président du Centre national des professions de santé. Dans son panorama, l’OCDE met en évidence le rôle de la crise financière de 2008 dans le recul de l’accès aux soins en Europe. La proportion de besoins non satisfaits pour des raisons financières ou géographiques a commencé à augmenter en 2010 et, après une légère amélioration en 2012, a continué à progresser en 2013 et en 2014. Une tendance marquée en France, même si les situations les plus alarmantes se rencontrent en Italie et, surtout, en Grèce.

L’OCDE pointe également le problème de l’accessibilité géographique des médecins français. Pour faire face au vieillissement de la population et à la progression des maladies chroniques, le nombre de médecins par habitant a en effet augmenté dans la plupart des pays de l’UE entre 2000 et 2014… sauf en France, où il est resté stable (3,3 médecins pour 1 000 habitants). De plus, dans l’Hexagone, ce chiffre varie fortement entre les zones rurales et urbaines, avec des écarts allant du simple au triple : de 1,4 à 4,5 médecins pour 1 000 habitants en moyenne.

Le luxe des soins dentaires

Ces inégalités sont particulièrement prononcées en matière de santé dentaire, du fait du coût élevé des soins prothétiques et orthodontiques et de leur faible remboursement par l’Assurance-maladie. Même s’il ne s’agit pas là d’une exception française, notre pays apparaît néanmoins en la matière comme l’un des plus inégalitaires d’Europe – après l’Espagne, l’Italie ou la Grèce. En Europe, 5,5% des individus renoncent à se faire soigner chez le dentiste mais ils sont 10,4% parmi les 20% les plus pauvres, contre 1,7% dans le quintile des plus riches. En France, si la moyenne est la même, le taux de renoncement aux soins dentaires chez les plus pauvres atteint 12%, contre 1,6% chez les plus riches.

L’optique en question

Cette question de l’accès aux soins se pose également d’une manière préoccupante dans le domaine de l’optique. Selon la Mutualité française, « près de deux millions de Français renoncent aux soins d’optique ou les diffèrent pour des raisons financières. Actuellement, les assurances complémentaires prennent en charge 68% de ces frais, peu remboursés par la Sécurité sociale, les ménages contribuant à hauteur de 26% ». « En 2015, 47% des Français ont déjà repoussé ou renoncé à l’achat de lunettes, de lentilles ou de prothèses dentaires, soit deux points de plus qu’en 2014 », fait apparaître de son côté le baromètre de Sofinco sur le budget santé des Français.

Malgré les filets de sécurité mis en place par l’Etat, le problème persiste pour les Français aux revenus les plus modestes, comme l’a montré une étude du Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) pour la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). Si 62% des bénéficiaires de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) sont, grâce à ce système, entièrement remboursés de leurs frais optiques, « 38% d’entre eux restent confrontés à des restes à charge élevés : 165 euros en moyenne par dépense d’optique ». Une somme difficile à réunir pour la plupart des personnes concernées. Quant à l’UFC-Que choisir, elle constate dans une étude publiée en 2016 que l’accès géographique ou financier à un ophtalmologiste s’est « dégradé pour plus de trente millions de Français » par rapport à 2012. Selon l’association de consommateurs, 28% de la population peine à ainsi trouver un ophtalmologiste et 49% vit dans une zone déficitaire en ophtalmologistes pratiquant les tarifs de la Sécurité sociale. « Les ophtalmologistes sans dépassement d’honoraires sont une denrée rare sur tout le territoire, y compris dans les grandes agglomérations », relève ainsi cette étude.

Propositions et initiatives

Pour faire face à cette situation, le Syndicat national des ophtalmologistes de France (SNOF) plaide pour « débloquer le numerus clausus de la spécialité, tout en continuant à développer la coopération entre ophtalmologistes et orthoptistes ». « La pénurie est entretenue artificiellement », estime ainsi le Docteur Thierry Bour, président du SNOF. « Pour 250 départs à la retraite chaque année, seuls 150 nouveaux ophtalmologistes sont formés. Pourtant l’ophtalmologie est la spécialité la plus demandée par les étudiants en médecine… Mais trois étudiants sur quatre privilégiant cette option doivent y renoncer ». Autre solution préconisée : le développement du « travail aidé », c’est-à-dire du travail en équipe médicale, déjà en place dans de nombreux cabinets d’ophtalmologie, où certains examens sont délégués à un orthoptiste sous la supervision du médecin. Certains opticiens proposent même de pousser plus loin la délégation de compétences, comme Optic 2000 qui a pris position il y a plusieurs années sur ce sujet en suggérant de l’élargir aux opticiens : « Le moteur c'est la compétence. En 2013, Nous avons inscrit une obligation de formations que 2 500 opticiens ont suivies. Cette délégation ne peut intervenir qu'en travaillant territoire par territoire dans des déserts médicaux, de manière encadrée par un protocole très strict », expliquait alors Yves Guénin, secrétaire général d'Optic 2000.

Les acteurs de la filière optique, comme Optic 2000, ont décidé de prendre l’initiative pour répondre à cet enjeu de santé publique. L’accès aux soins est l’un des chevaux de bataille du premier réseau français d’opticiens : grâce à ses 1 200 magasins répartis sur l’ensemble du territoire, « 85% des Français se trouvent à moins de quinze minutes en voiture d’un point de vente Optic 2000 », souligne l’enseigne coopérative. Une proximité alliée à une professionnalisation croissante des opticiens du réseau qui se traduit notamment par une démarche de certification « Qualité en optique » délivrée par l’Afnor, qui positionne l’enseigne comme un interlocuteur privilégié des professionnels de santé et en particulier des ophtalmologistes. Pour faire face à cette situation critique, Optic 2000 travaille également en partenariat étroit avec les organismes complémentaires d’assurance maladie (OCAM) et a passé des accords avec les principaux acteurs du marché.

« Sans complémentaire, le taux de renoncement aux soins est multiplié par deux. Comme la Sécurité sociale n’assure pas la solidarité maximale, soit le remboursement à 100 % sur la base de tarifs opposables, nous prenons notre part de la solidarité », explique Jean-Paul Benoît, Président de la Fédération des mutuelles de France. De son côté, la Mutualité française, qui regroupe les mutuelles de complémentaire santé et prévoyance, préconise d’étendre les réseaux de soins à tous les professionnels de santé et de s’orienter résolument vers une généralisation de la complémentaire santé, non seulement pour les salariés mais aussi pour ceux qui ne sont pas dans la vie active, en particulier les personnes âgées. Selon l’organisation, les réseaux de soins ont fait leurs preuves. Il s’agit pour les complémentaires santé de contractualiser avec les opticiens, les dentistes et les audioprothésistes pour donner accès à leurs assurés à des soins de qualité à un tarif négocié.

Selon les projections de la Mutualité Française, si tous les Français pouvaient bénéficier d’un tel système, avec une baisse des prix de 15%, l’économie potentielle pour les ménages atteindrait 1,9 milliards d’euros, le reste à charge d’un assuré diminuant en moyenne de 140 euros en dentaire, de 65 euros en optique et de 390 euros en audioprothèse. Des chiffres qui devraient donner à réfléchir, particulièrement en période électorale.