A Strasbourg, Tsiganes, Roms, Kalés : tous pour Hollande !

Article publié le 26 juillet 2012
Article publié le 26 juillet 2012
« Monsieur le Président nous vous présentons nos sincères félicitations, ainsi que notre volonté à construire l'avenir », dit un petit garçon de Forbach (ville à l'Est de la Lorraine) dans une vidéo avant que des hommes ne commencent à jouer la Marseillaise façon jazz manouche.
Par cette version, atypique, de l’hymne national, l'Union Française des Associations Tsiganes (UFAT) tient à féliciter le président élu le 6 mai dernier : François Hollande. Pourtant, peut-on dire que tous les Tsiganes et Roms ont acclamé avec autant de ferveur le nouveau président ?

Germain Mignot est le coordinateur de Médecins Sans Frontières à Strasbourg. Son bureau se situe directement à côté de la Place de la République, au cœur de la ville. Les Roms, principaux bénéficiaires de l'approvisionnement médical, sont ravis que Nicolas Sarkozy n'ait pas été réélu. Bien que la plupart n'ont ni télé ni ordinateur, ils sont tous parfaitement au courant du discours de Grenoble tenu par Nicolas Sarkozy en juillet 2010.

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Sarkozy avait alors créé la polémique en rappelant qu'il souhaitait « mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms. » En ces temps, expulsions, discrimination et évacuation des camps étaient à l'ordre du jour. A Strasbourg, il y a non seulement des Roms venus d'Europe de l'Est, mais également des Tsiganes (Manouches), venus principalement d'Alsace et des pays du Benelux ou germanophones et des Kalés souvent appelés « Les Espagnols » en raison de leurs origines. Germain me montre sur un plan de la ville les emplacements des Roms, Tsiganes et Kalés en traçant - partout – de petites croix.

La première croix m'indique le quartier du Polygone au sud de la ville. C'est l'unique croix pour les Tsiganes et les Kalés, uniquement présents les mois d'été. Avant que je ne m’engage dans la rue qui mène au Polygone, un homme m'interpelle: « savez-vous que c'est un des quartiers les plus dangereux ? Que cherchez-vous ? » Lorsque que je lui dis que je cherche l’association Lupovino, son visage s'illumine m'indiquant alors que je peux entrer dans le quartier.

À droite des maisons individuelles grises, une femme dépoussière son tapis, à gauche, derrière la clôture de chantier une pelleteuse élimine les gravats du jardin de l'une des nombreuses nouvelles maisons de briques rouges et orange. « Vivent ici au moins 150 familles », me raconte Boualem Ayad, vice-président de l'association Lupovino qui lutte pour que la population nomade qui s'installe dans le quartier du Polygone, mais également ailleurs en Alsace, ait une « vie normale ».

Boualem est fier de nous expliquer comment il a participé au projet de construction de nouvelles habitations individuelles : « mon travail était de comprendre comment les gens vivent maintenant et comment ils veulent vivre ». Ainsi chaque maison possède un emplacement pour une caravane et il est possible de se chauffer au bois. Ainsi s'ils n'ont plus d'argent, ils peuvent s'approvisionner en bois dans la forêt. Cependant, souligne Boualem, ce projet ne peut fonctionner qu'en raison d'une étroite collaboration entre Lupovino et les autorités publiques.

« Nous étions tous pour Hollande »

Derrière les rangées de nouvelles maisons se trouve le campement, apparu au cours des quarante dernières années : des maisons avec des bacs à fleurs, quelques caravanes, deux, trois chiens, quelques poules. Patricia se trouve dans le jardin devant sa maison en bois et discute avec une voisine dans la langue tsigane. Je lui demande ce qu'elle pense du nouveau président. « Ici en principe, nous étions tous pour Hollande. » Toutefois, elle ne porte pas de trop grands espoirs quant au successeur de Sarkozy : « une fois qu'ils sont élus, c'est tous les mêmes. »

Cependant Tamara, la quarantaine, qui habite avec son mari dans une caravane et une benne, arrive pour contredire ces propos. Elle est ravie que les « cadeaux » qu'offrait Sarkozy aux riches prennent fin. Hollande va mettre des moyens en œuvre pour aider les pauvres comme elle. Mais l'idée que les homosexuels peuvent se marier, ne lui plaît pas réellement. Cela va contre les valeurs de sa religion, le protestantisme.

Un peu plus loin dans le quartier une dame plus âgée balaie devant sa porte. Pour elle, Hollande est fou : « c'est dangereux d'ouvrir les frontières, les Arabes vont venir et ça fera beaucoup moins d'aides pour nous, les Français. » Par contre, la suppression de la frontière commune avec l'Allemagne ne semble représenter aucun problème pour eux, au contraire, elle apprécie beaucoup l'Allemagne et se promène volontiers dans la Forêt-Noire. En plus, les prix sont beaucoup plus bas.

Dans la Caravane des préjugés

Dans la Caravane des préjugés que l'association Lupovino a mis en place à l'occasion d'une fête à proximité du parc Schulmeister, je fais la connaissance de Lindo qui porte un chapeau noir et s'était d'abord présenté sous le prénom d'Antoine. Lui aussi signera la semaine prochaine un contrat de location pour une des nouvelles maisons dans le quartier du Polygone. Mais il a l'intention de chercher un appartement dans un autre endroit. En effet, il n'apprécie guère les conversations au Polygone, toutes centrées sur les habitants des campements.

Lindo se sent bien dans le « monde du travail » par rapport aux autres qu’ils accusent de flânerie. Je pourrais le contredire en lui racontant l’histoire de ce jeune homme, marchand ambulant de T-shirt de marques ou de ce père de famille, vendeur de jouets, qui souhaitait m'offrir un crocodile gonflable.

"Espace 16".

Enfin, je tente d'aller vers un autre lieux indiqué sur le plan de la ville, situé derrière la gare : « Espace 16 », l'unique campement légal de Roms à Strasbourg. Là, sont rassemblées environ 20 familles qui vivent dans leurs caravanes blanches derrière une haute clôture verte indiquant « Entrée strictement interdite. »

A travers la clôture, je discute avec une jeune femme de mon âge. Elle tient sa fille de 4 ans dans ses bras. « Nous avons besoin d'un permis de travail, mais cela ne changera pas avec Hollande », me dit-elle avec beaucoup d’amertume. Soudain mon portable vibre et m'indique un nouvel sms : « Bienvenue en Union européenne. »

Cet article fait partie de Multikulti on the Ground 2011-2012, une série de reportages sur le multiculturalisme réalisée par cafebabel.com en Europe. Un grand merci à la rédaction locale de cafebabel Strasbourg.

Photos : Une (cc)nromagna/flickr, Mädchen ©Lupovino, Espace 16 ©Iris Nadolny; Video (cc)gabrielufat/YouTube