A quand la fin du Parlement européen à Strasbourg ?

Article publié le 17 novembre 2007
Article publié le 17 novembre 2007
Parlement européen, session plénière du 12 au 15 novembre 2007 Par Vincent Lebrou et Lena Morel La lutte autour du maintien du Parlement européen à Strasbourg fait rage depuis maintenant de nombreuses années. Gaspillages des deniers publics, coût environnemental de la transhumance mensuelle ou encore problèmes de desserte…Les raisons invoquées par les « anti-Strasbourg » sont légion.
Les partisans du maintien du siège dans la capitale alsacienne sauront-ils résister face à ces assauts répétés ?

Le regroupement « Campagne pour une réforme du Parlement » créée en 2001 se fait le porte-parole des « anti » et a adressé une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy à l’occasion de sa venue au Parlement européen le 14 novembre dernier. Une initiative du député européen Alexander Alvaro (FDP) : « le Parlement européen est ainsi obligé de tenir douze sessions plénières mensuelles par an à Strasbourg. Chaque mois, 785 députés européens, leurs assistants et une grande partie de l'administration se déplacent, ainsi que six semi-remorques pleines de dossiers. Les coûts de ces douze déménagements et de la maintenance des bâtiments à Strasbourg pendant le reste de l'année s'élèvent à 250 millions d'euros par an. En une législature cela représente 1.25 milliards d'euros. En termes d'émissions de CO2, les voyages à Strasbourg vont à l’encontre de l’engagement européen en matière de protection de l’environnement. Responsables chaque année de 18.900 tonnes d'émissions de CO2 - l'équivalent de 13.000 vols transatlantiques, ils sont tout simplement absurdes ». A la tête d’une coalition hétéroclite de députés, M. Alvaro (FDP – parti libéral allemand) compte sur l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy pour faire évoluer les choses, avec un objetif : « Mettre fin à la migration du Parlement européen ».

Strasbourg, symbole du gaspillage à l’européenne ?

Le 24 septembre dernier, une première manifestation avait eu lieu à l’initiative du député FDP allemand. Pour lui, le risque est réel : « Strasbourg risque de devenir pour beaucoup d'européens un symbole de gaspillage plus que de réconciliation - ce que ne mérite ni la ville ni l'Europe ». Et M. Alvaro de conclure sur la nécessité d’un parlement présent aux côtés de la Commission et du Conseil : « Si le Parlement s'établissait définitivement à Strasbourg, il ne pourrait plus jouer son rôle de législateur. »

Nul doute que ces initiatives ne manqueront pas de relancer une polémique déjà ancienne autour de la question du siège du Parlement européen à Strasbourg.

Les conservateurs anglais sont à l’origine de ces protestations. Ils dénoncent depuis longtemps le « gaspillage des deniers du contribuable » au profit d'une Europe dont ils voudraient faire une simple zone de libre-échange et non une institution politique. Petit à petit, ils ont été rejoints par des libéraux favorables, au contraire, à la construction européenne, mais soucieux de ne pas « se faire discréditer » auprès de leurs électeurs par des pratiques coûteuses.

Devant cette levée de bouclier par les « anti », la réponse ne s’est pas faite attendre. Elle émane de Jean Spautz, ancien président luxembourgeois du Parlement européen, et Bernd Posselt, porte-aprole de la CSU au Parlement européens. Membres du groupe de travail « pour la démocratie européenne » composé de députés issus des différentes fractions politique, ils ont vivement critiqué la lettre ouverte du député allemand Alvero : « Strasbourg est le visage démocratique de l’Europe. Il serait extrêmement dangereux que le Parlement européen disparaisse dans l’ombre de la bureaucratie bruxelloise. » Ils reprennent avec agacement certaines allégations qu’inclut la demande du député libéral allemand : il prétend entre autre « que le parlement a plusieurs sièges et reprend des chiffres manipulés et interprétés de manière unilatérale. »

Selon le Traité pourtant, Strasbourg est le seul siège du Parlement : « si on y concentre le travail plénier et l’administration, ce qui est possible à tout moment sans modifier les traités, alors les surcoûts seraient minimisés », affirment Posselt et Spautz. Ils critiquent les « les pseudo-compensations bon marché » proposées par le CRP pour Strasbourg : « il n’est pas uniquement question de Strasbourg ici, mais d’une Europe à dominante parlementaire », renchérissent les deux députés « pour ».

D’ailleurs, les présidents des principaux groupes rejoignent Bernd Posselt et Jean Spautz dans leur opposition. Joseph Daul, député français d’origine alsacienne qui vient de succéder à Hans-Gert Pöttering à la tête du Parti populaire européen, tient à protéger Strasbourg. Martin Schulz, chef des socialistes, refuse d'évoquer le sujet pour bien faire comprendre à l'opinion publique que « toute décision de changer le traité appartient aux seuls chefs d'Etat et de gouvernement ». C'est à l'unanimité que ces derniers doivent modifier le Traité. Or la plupart n'ont pas envie de réouvrir la boîte de Pandore des agences et autres offices obtenus dans leurs pays respectifs. Quant à la France, elle ne veut pas vider Strasbourg. Dans une tribune au Monde, le Polonais Bronislaw Geremek avait proposé d'y installer une université de l'Europe. L'idée n'a guère fait florès. Il n'est pas question en tout cas d'y loger l'Institut européen de technologie (une structure légère travaillant en réseau) qu’avait suggéré d’installer la Commission Barroso.

M. Wurtz , député communiste français soutient que, « si l'on veut une Europe politique, et pas seulement une machine à fabriquer du marché unique, le Parlement doit continuer de siéger à Strasbourg. » Suspect d'être pro-Strasbourg parce que français lui aussi, son collègue UMP Alain Lamassoure souligne que « les symboles en politique sont fantastiquement importants ». Il précise que, « d'un point de vue économique, la transhumance n'est pas très intéressante pour la ville, qui doit avoir une capacité hôtelière surdimensionnée afin d'accueillir quatre mille personnes trois nuits par mois ».

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François Mitterrand avait obtenu en 1992, lors d’une réunion des chefs d’Etat et de gouvernment à Edimbourg, le principe du siège à Strasbourg. Décision gravée dans le marbre en 1997 avec le traité d’Amsterdam. Et pourtant depuis, le principe du siège strasbourgeois est régulièrement mis à mal. Les opposants se targuent même d’avoir dépassé le million de signatures pour la pétition disponible sur le site : www.oneseat.eu. A quand une mobilisation équivalente pour le maintien de l’institution dans un lieu historique majeur, symbole de la réconciliation franco-allemande ?

Nous laisserons le dernier mot à M. Lamassoure. « Le coût du siège, c'est comme le coût du multilinguisme (qui autorise chaque député à parler sa langue) : sans prix ».