A moitié européens : l’amour vu par un couple « mixte »

Article publié le 16 février 2009
Article publié le 16 février 2009
C’est la Saint-Valentin et comme chacun sait, l’amour n´a pas de couleur, de langue, de race… Mais que se passe-t-il si au lieu d´épouser quelqu´un qui a un passeport européen, on tombe amoureux d´une homme originaire du continent africain ? Si l´amour est aveugle, la bureaucratie, elle, est bornée. Témoignage d´un couple mixte.

Je n'aime pas écrire à la première personne car c’est la meilleure façon d’être subjectif. Mais je voudrais le faire pour une fois, car je crois qu'il est important de témoigner d'une réalité commune à beaucoup de gens qui se trouvent dans ma situation. Je voudrais parler de la vie difficile des Européens qui vivent ensemble ou qui, plus souvent, se marient (précisons le tout de suite : on se marie bien par amour même si dans certaines situations il est urgent de le faire) avec un partenaire non-Européen, ou plutôt qui ne vient pas de l’hémisphère Nord.

Deux policiers en civils

Sans doute, nombreux sont ceux qui sont au courant du fait que, en durcissant les lois sur l'immigration dans de nombreux pays européens, on multiplie aussi les obstacles à la reconnaissance des unions de couples dits « mixtes ». Souvent les délais s'allongent, tout cela au nom de la lutte contre les mariages blancs. Avec mon compagnon, nous avons décidé de nous marier il y a un an, en Italie, mon pays natal. Nous pensions qu'en se mariant il gagnerait de nouveaux droits et qu'ainsi, notre vie quotidienne deviendrait plus facile. Il est Africain : on vérifie son statut, les bureaucraties de nos pays respectifs se mettent au travail et nous demandent de produire les documents nécessaires (son certificat de naissance, casier judiciaire...), de les traduire et les certifier en passant aux guichets des différentes institutions d´aide aux citoyens.

« On pose à mon mari des questions sur notre vie privée pour démasquer les imposteurs »

Le mariage célébré, arrive le moment de la remise du permis de séjour pour raison familiale : à cette occasion, d'autres contrôles sont effectués. Deux policiers municipaux viennent nous voir, puis deux policiers en civil : ils doivent vérifier que nous vivons effectivement sous le même toit. Avec le nouveau permis en main, reçu quelques mois après le mariage, nous partons pour la France, où j'ai eu l'occasion de faire un stage dans le secteur dans lequel je voudrais travailler. Les temps sont durs pour les jeunes diplômés et dans les villes de province italiennes, il n'est pas facile de trouver un travail. Partir me semble donc une bonne idée. 

Certificat de naissance périmé

Malheureusement, nous ne tardons pas à prendre conscience de la réalité : la libre circulation en Europe vaut seulement pour les Européens de longue date, pas pour celui qui est marié avec un Européen depuis seulement un an. Et donc pas de visa d'entrée pour mon mari. Nous pouvons le réclamer seulement si nous justifions de ressources financières suffisantes : mais je suis venue en France justement parce que je suis précaire, en tant que stagiaire.

Dernière tentative : mon mari tente d'être reçu au Consulat de France à Rome pour demander un visa depuis l'Italie et ensuite entrer en France : demande accordée, il doit juste produire une dizaine de documents, se faire envoyer d´Afrique certains certificats qui arrivent à échéance au bout de trois mois (même celui de naissance, bien qu'on ne puisse naître qu'une seule fois). Le tout le plus rapidement possible, chose difficile, comme quiconque connaissant un peu la réalité africaine le conçoit. La surprise la plus amère arrive quand lors de l'entretien avec les fonctionnaires du Consulat, nous devons encore une fois prouver que notre mariage n´est pas une mise en scène. A lui, on pose des questions sur notre vie privée (où et comment nous nous sommes connus, qui a décidé de se marier …) qui évidemment, selon les autorités transalpines, devraient servir à démasquer les imposteurs. La réponse ? Nous vous tiendrons au courant. Quand ?

Nous restons avec l'espoir que mon mari obtienne un visa et ait ainsi la possibilité de travailler dans notre belle Europe sans frontières, dans laquelle deux Etats, proches à bien des égards, ne se fient cependant pas à la validité d´un mariage effectué dans l´un des deux pays. Pour le moment, nous n'avons pas droit à une réponse. Au fond, nous sommes seulement à moitié Européens.