A Milan, on manifeste pour sauver l'âme de la ville

Article publié le 6 avril 2011
Article publié le 6 avril 2011
« Milan est belle, aidons-la à s'en souvenir ! » : c’est le slogan qui a été scandé lors de la manifestation du 19 mars dernier, sur la place la plus triste et néanmoins la plus symbolique de Milan, Piazza Fontana. Premier acte d’une révolte spontanée contre la grisaille qui s’infiltre depuis quelques années dans les lieux culturels de cette ville, autrefois la plus pétillante d’Italie.

Devant la torpeur générale qui a suivi la fermeture de plusieurs salles historiques, ordonnée par la municipalité, un groupe de citoyens a réagi. Leur cheval de bataille, apolitique et partagé, à l’origine de cette première manifestation : réveiller Milan. La belle endormie en question, c’est la ville « des rires la nuit et du courage le jour », telle qu’elle est demeurée dans les souvenirs du poète Vincenzo Costantino : « Moi, j’ai grandi en ayant la possibilité d’écouter Chet Baker jouer au Capolinea, un club de jazz désormais fermé. Les bistrots d’abord, puis les associations ou les clubs, étaient des lieux de rencontre où tous les arts circulaient, interagissaient. A cette époque, se balader dans la ville, de jour comme de nuit, était un choix de vie. »

La culture contre l'« ignorance adhésive »

La beauté d’une ville réside dans sa culture, dans les voix qui la peuplent, dans ses théâtres, ses espaces partagés. En général, cette beauté conduit à la réflexion. Sans elle ne reste que ce que le dramaturge Alessandro Bergonzoni a défini par le terme « ignorance adhésive », celle qui colle de tous les côtés, entraînant la fermeture de salles, « nous enfermant en nous-mêmes ».

Ce même sentiment est aujourd’hui partagé par les artistes – quelques-uns sont intervenus directement sur scène lors de la manifestation, d’autres ont soutenu le mouvement de plus loin – les associations, agences et journaux culturels. Tous ont signé un manifeste à l’objectif bien clair : « Proclamer notre amour pour nos rues, notre histoire, les canaux chers à la poétesse Alda Merini, la maison de l’écrivain Alessandro Manzoni, la "Scapigliatura" [mouvement littéraire et artistique né à Milan dans les années 1860-1870 et inspiré de la « vie de bohème », ndlr], le compositeur Giuseppe Verdi, l’intellectuel Primo Moroni, le chanteur-parolier Giorgio Gaber, et encore toute une longue liste de talents, parfois cachés, ainsi que de mouvements culturels que cette ville a vu naître. »

Ce samedi 19 mars, en fin de journée, les grondements du tonnerre contraignent la musique à se taire. Mais de l’estrade est lancé un nouvel appel à sauver l’âme de la ville : « Milan, nous t’aimons, merci d’être là. »

Liste des salles qui ont fermé à Milan (certaines ont été rouvertes, mais à temps partiel) : Il Capolinea, Il Grillo parlante, Hollywood, Nepentha, La casa 139, Sottomarino Giallo, Il Cuore, Rolling Stones, Plastic, Pussycat, Dolcevita, The Club, Il Corvetto, Loft 21, Scimmie, Atomic, Black Hole, Cascina...

Photos : © Francesca Magistro