A Marrakech, un rappel à la terre pour gérer la crise climatique

Article publié le 6 juin 2017
Article publié le 6 juin 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En tant que jeune déléguée française pour le climat, j'ai suivi les négociations sur le thème de l'agriculture lors de la COP22.

Marrakech, la COP de l’agriculture

L’agriculture a longtemps été absente de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC), alors qu’elle représente un quart des émissions de gaz à effet de serre. Il aurait fallu attendre 2015 pour qu’elle soit mentionnée à la fois dans les Objectifs de Développement Durable (ODD n°2 : end hunger, achieve food security and improved nutrition, and promote sustainable agriculture) ainsi que dans le préambule de l’Accord de Paris, à travers les termes de sécurité alimentaire et de vulnérabilité au changement climatique des systèmes de production alimentaire. Par ailleurs, l’agriculture apparait dans 94% des contributions nationales des Etats - les feuilles de routes visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre. En novembre 2016, un an après l’Accord de Paris, la COP22 s’est déroulé à Marrakech en terres Africaines. Sur un continent où 60% de la population vit de l’agriculture, la COP22 se devait de mettre cette problématique au premier plan. Surtout que l’Afrique est déjà touchée par les effets du changement climatique, et que l’on se rend compte que les évènements extrêmes (sécheresses, inondations) deviennent la norme. L'intégration de l'agriculture dans les négociations climatiques est d’autant plus importante qu’elle permet d’assurer la sécurité alimentaire. L’agriculture était donc un des sujets phares de la COP22.

Les Etats discutent mais ne s’accordent pas

A Marrakech, les parties ont travaillé à définir la suite du travail sur l’agriculture au travers de l’organe de conseil scientifique et technologique (SBSTA). Dans une atmosphère constructive, l’Union Européenne et les pays en voie de développement (G77+Chine) ont tous deux déposé un texte. Lors de la synthèse des travaux, ces deux entités n’ont cependant pas pu s’accorder sur les points les plus sensibles. Tandis que les pays développés voient en l’agriculture un potentiel d’atténuation important des émissions de gaz à effet de serre et souhaitent modérer l’agriculture intensive - via les contributions nationales des Etats notamment – les pays en voie de développement l’abordent sous l’angle de l’adaptation, du renforcement des capacités et du financement. Après la première semaine de négociation et face à l’impossibilité de trouver un accord, le sujet a été repoussé à la prochaine séance de négociation à Bonn en mai 2017.

Les acteurs non étatiques se mobilisent pour l’action climatique

En parallèle des négociations, l’agriculture a eu une place importante dans le cadre de l’Agenda de l’Action, un catalyseur lancé par les deux championnes pour le climat Laurence Tubiana, ambassadrice Française chargée des négociations climatiques et Hakima El Haïté, ministre Marocaine déléguée en charge de l’environnement, qui vise à rassembler les initiatives des acteurs non étatiques (villes, régions, entreprises, investisseurs, société civile…) pour lutter contre le changement climatique. De nombreuses conférences, journées de lancement et dialogues ont été tenues sur le sujet de l’agriculture. Beaucoup d’acteurs ont soulevé des messages communs tels que la lutte contre le gaspillage alimentaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture, ainsi que la notion de triple bénéfice en agriculture visant à augmenter la productivité, la résilience et à diminuer l’intensité des émissions. Ces échanges ont également permis d’approfondir des initiatives telles que le triple A (Adaptation de l’Agriculture Africaine) et le 4 pour 1000. L’initiative AAA portée par le Maroc vise à augmenter la résilience des agriculteurs Africains et de réduire leur vulnérabilité face au changement climatique. Pour ce faire, cette initiative promeut la mise en place de projets pour améliorer la gestion des sols, des risques climatiques, la maîtrise de l’eau, mais aussi le renforcement des capacités et les solutions de financement. L’initiative 4 pour 1000 portée par la France repose sur le fait qu’un taux de croissance annuel du stock de carbone dans les sols de 0,4% (soit 4 pour 1000) permettrait de stopper l’augmentation de la concentration de CO2

dans l’atmosphère. C’est une démarche multi-bénéfices qui permet à la fois l’adaptation, la neutralisation de la dégradation des sols et la sécurité alimentaire. Au-delà des tables de négociations, ces initiatives reposant sur une approche ascendante invitent l’ensemble des acteurs non étatiques à participer à l’action climatique. Car si les Etats mettent du temps à s’accorder et à avancer, il faut profiter des portes ouvertes par l’Agenda de l’Action. Cependant, ces initiatives développées dans le cadre de l’Agenda de l’Action sont souvent critiquées par les ONG et la société civile qui y voient un délaissement du sujet par les états. Elles redoutent également que ces initiatives soient monopolisées par le secteur privé de l’industrie agro-alimentaire. Face à ce risque, il est important de définir un cadre strict ainsi que des critères environnementaux et sociaux.

Pour une agriculture résiliente

L’accord de Paris traite à la fois de la réduction et du stockage des émissions de gaz à effet de serre. L’agriculture doit suivre cette logique en limitant à la fois ses émissions de gaz à effet de serre et en favorisant leur séquestration dans des puits. En ce sens, l’agriculture est à la fois problème et solution. Il est nécessaire de repenser notre modèle agricole sur le long terme pour augmenter sa résilience en se tournant vers des pratiques permettant un retour de la biodiversité, telles que l’agroécologie. Mais comme nous le rappelle Pierre Radanne, Président de l’association 4D, « la transition engagée lors de la COP21 sera une transition longue et l’application de l’Accord de Paris se fera sur une génération et demie ». Face à la difficulté des Etats à s’accorder- les blocages rencontrés à Marrakech sur l’agriculture nous le rappellent - et à l’élection d’un climato-septique à la tête du deuxième pays émetteur de gaz à effet de serre ; il est nécessaire que les acteurs non étatiques se positionnent au centre de l’action climatique, s’associent, et montent des projets, afin d’accélérer la transition du 21ème siècle.