A l'ombre

Article publié le 25 septembre 2007
Article publié le 25 septembre 2007

La semaine dernière, j’ai rendu visite à des amis. C’était la première fois que je mettais les pieds chez eux et pourtant tout me semblait déjà familier : l’armoire, le lit, la table de salon. Soudain, je compris : la décoration était tout droit sortie du dernier catalogue IKEA ! Même s’il a l’air plutôt sympathique, le mobilier suédois n’est pas très apprécié dans la tradition de la langue allemande. Ainsi, quelqu’un qui se trouve ‘derrière un rideau suédois’ [‘hinter schwedischen Gardinen’] se trouve en réalité en prison, soit loin d’une pièce décorée à 100% IKEA. Quoique ?

L’autre mot allemand pour désigner la prison, ‘das Kittchen’, - rien à voir avec la cuisine anglaise ‘kitchen’ - ne signifie rien d’autre que ‘petite maison’. C’est la même chose côté français où les criminels se retrouvent en cabane, c'est-à-dire enfermé. Dans l’Hexagone ou outre-Rhin, il est coutume de dire que les mauvais esprits finissent au trou [‘ins Loch gehen’]. Prudence : il se peut d’ailleurs que personne ne se souvienne d’eux en Grande-Bretagne dans la mesure où un petit séjour à l’ombre équivaut à passer un moment ‘aux oubliettes’ [‘in the oubliette’]. La crapule italienne semble s’en sortir de manière plus honorable : on dit qu’un chat les accompagne à l’ombre de leur cellule [‘gatta buia’]. Mais ce n’est qu’un trompe-l’œil : au fil des années, le ‘katà’ grec s'est transformé en ‘gatta’ italien ("chat").

Les rideaux suédois n’ont donc absolument rien à voir avec l’aménagement de la maison : néanmoins les fenêtres à barreaux étaient autrefois fabriquées en acier suédois. Est-ce que les évasions en étaient rendues plus faciles ? Seuls les Suédois peuvent le dire, car quand ils se retrouvent en prisons, on dit qu’ils «renversent des barreaux » [‘skakar galler’].