A la recherche du vaccin anti-crise européenne

Article publié le 6 février 2006
Article publié le 6 février 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le monde associatif européen est à l’œuvre pour trouver un remède à la crise du projet européen.

Où va l’Europe ? Après l’interruption de la ratification du Traité constitutionnel et le difficile accord entre Etats membres sur le budget 2007-2013, l’Europe traverse actuellement une crise due notamment au retour en force des intérêts nationaux, une tendance que l’on pourrait qualifier de « nouveau nationalisme ». Cafebabel.com a rencontré des représentants du monde associatif afin de savoir s’ils ont un antidote à ce virus.

Activation des anticorps

Aux premiers signes de maladie, les anticorps se mettent immédiatement en fonction. Ainsi en décembre dernier, ONG et associations accompagnées par les autorités locales ont animé deux évènements distincts. Les fédéralistes ont d’abord invité la société civile, les 3 et 4 décembre derniers à Gênes, à discuter à propos du sujet d’un Manifeste européen. Selon Samuele Pii, président de la Jeunesse fédéraliste européenne, « le message d’une Constitution des citoyens qui les impliquerait directement aux côté des parlementaires européens et nationaux a été lancé ». Le 17 décembre, le Forum Civique Européen a vu le jour à Strasbourg : ce réseau d’ONG s'est ainsi rassemblé autour de l’idée que la démocratie participative permettra « l’appropriation civique et populaire » de l’espace européen. Mais ces démarches sont-elles suffisantes ?

Dites trente-trois !

« Par chance, les leaders européens ont trouvé un accord sur le budget ! » souligne Przemek Jaron, membre de la Fondation Robert Schuman, une association très active en matière de sensibilisation au projet européen. Il explique que la Constitution européenne n’a jamais été présentée comme une priorité de la société civile, même si « après le 'non' français, le nombre d’opposants à la Constitution a rapidement augmenté ». Concernant les perspectives financières, « le gouvernement, les autonomies locales et les entrepreneurs savent quelle somme leur est destinée et peuvent mieux planifier leur avenir », poursuit Jaron.

Pour les nouveaux Etats membres, les fonds structurels représentent un avantage tangible qui peut améliorer sensiblement leur niveau de vie, même si « les paysans polonais savent qu’ils devront travailler dur et que les bénéfices ne seront pas immédiats. Ce qu’ils demandent c’est d’être traités de la même manière que les Occidentaux parce qu’ils pensent régulièrement que cela ne leur arrivera jamais ». En Belgique, Claude Fischer, secrétaire général de l’association Confrontations Europe soutient que « l’Europe a été mal expliquée par les gouvernements et s’est privée elle-même d’une politique de solidarité et de développement ».

Une Europe sans crises est-elle possible ?

Mary Mc Phail est secrétaire générale de European Women’s Lobby, une ONG qui s’occupe des droits des femmes et elle ne pense pas que le rejet de la Constitution ait des racines purement nationalistes. Plutôt qu’elle soit liée à « différentes situations politiques internes et à une angoisse générée par des facteurs extérieurs, liés à la mondialisation ».

« Y a-t-il jamais eu une Europe sans crises ? » se demande Martin T. Haberger, comédien et fondateur du projet Euroliteratour, qui entend intensifier les échanges culturels entre les Européens. « Nous vivons actuellement un moment révolutionnaire avec le développement d’une société civile européenne. Au début, il n’y avait que l’économie, puis l’Europe culturelle est née des échanges universitaires et des jumelages entre villes ». L’expérience tragique de la Seconde Guerre Mondiale n’est désormais plus qu’un lointain souvenir et « pour se comprendre réciproquement, il ne suffit pas de parler un anglais approximatif ou de s’accorder autour d’une langue commune, il faut aussi investir en communication. Non pas à travers d’ennuyeux prospectus, mais dans le domaine de la culture. Sinon l’Europe ne trouvera jamais sa place dans le cœur et l’esprit des Européens, malgré tous les efforts de leurs gouvernants ».

Samuele Pii des Jeunesses fédéralistes européennes s’attendait à l’issue négative du référendum « après avoir passé les jours précédant l’élection en France ». Selon lui, malgré la crise, il ne faut pas abandonner l’optimisme et la volonté parce que «l’idée de Constitution n’est pas morte, c’est le projet d’une certaine Constitution des gouvernements qui est enterré. Aujourd’hui s’ouvre l’espace de l’Europe des citoyens et une Constitution fédérale est désormais impérative. » Pour surmonter le blocage, il propose « d’affronter les problèmes d’un point de vue cosmopolite » et lance l'idée « d'une nouvelle Constitution soumise à un référendum européen, en concomitance avec les élections parlementaires de 2009 ».

Merci à nos correspondants : Piotr Kaczyski à Varsovie, Dionizas Bajarunas à Vilnius, Miriam Rodriguez à Barcelone, Vicki Bryan à Londres. Propos de Claude Fischer et Mary Mc Phail recueillis par Vanessa Witkowski de Bruxelles.