A la découverte des marchés bruxellois

Article publié le 3 novembre 2017
Article publié le 3 novembre 2017

En Belgique, et en particulier à Bruxelles, se rendre à un marché ne signifie pas seulment aller acheter ses fruits et légumes. On va au marché pour manger, rencontrer des amis, en un mot : sociabiliser. L'équipe de Cafebabel s'est rendu sur cinq des principaux marchés de la capitale belge, à la rencontre d'ambiances aussi singulières que définitivement bruxelloises. 

Le plus grand : le marché du Midi

Rendez-vous incontournable des amateurs de marché, celui du Midi est l'un des plus grands d'Europe. Dès 7 heures, tous les dimanches, environ 450 étalages prolifèrent tout autour de la Gare du Midi, s’engouffrent sous les ponts et entre les rails du tram.

On y trouve principalement des stands de fruits et légumes méditerranéens et belges, ainsi que des vendeurs de vêtements. Autour de 11 heure, l’ambiance bat son plein : les nombreux vendeurs crient le prix de leurs produits, essayant d’attirer les clients et leur proposant de goûter à leurs mêts. Il faut dire que l’un des avantages du marché est sa gamme de prix : les budgets serrés y trouveront aisément leur compte.

Malgré la foule et la grande diversité des clients du marché, on y déniche des habitués. Yusuf, par exemple, nous raconte qu’il vient tous les dimanches midis au stand de crêpes marocaines pour son repas du midi. Il commande son repas, discute avec les commerçants, et profite de l’ambiance du marché, des gens qui passent, achètent, négocient, et s’arrêtent le temps d’une crêpe ou d’un thé. En face, un boucher nous explique qu’il vient vendre ses produits au marché du Midi depuis vingt ans tous les dimanches. Ainsi, dans un joyeux désordre, habitués et néophytes ne croisent au milieu des étals.

Le plus détente: le marché de Flagey

Entre la chaussée d’Ixelles et les étangs, la place Flagey accueille son marché tous les samedi et dimanche. Le bio, le local, l’international et le typique forment un mélange coloré où il est agréable de déambuler. Qui ne s’est pas laissé séduire par l’endroit ?

Anna, rencontrée au détour d'un stand, nous alpague : "avez-vous été voir le maraîcher bio, là bas ?". On décide de creuser. L'Italienne de 72 ans est une fidèle du marché. Depuis 10 ans, elle vient tous les dimanche retrouver ses amis autour d'un plateau d'huîtres, qu'elle a appris à apprécier ici-même. Elle regrette les transformations du marché et se donne une joie de soutenir les petits commerçants. S'ils sont bio de surcroît, c'est banco. Céline, la quarantaine, a elle aussi pu voir évoluer le marché. Cela fait 25 ans qu'elle vient, pour vendre les produits frais de sa ferme. Pour elle, la population a changé,  gentrifiée. Le marché du samedi reste néanmoins populaire. Les dimanches, surtout lorsqu'ils sont ensoleillés, invitent eux à la flânerie : « Le dimanche les gens ont plus de temps, pas nous ! » .

Le plus authentique : le marché d'Anderlecht

Le marché d’Anderlecht est avant tout une expérience sensorielle. Les couleurs, les odeurs et les sons s’y entrechoquent. La foule compacte se presse et se bouscule, caddie en main bien entendu. Les anciens abattoirs autour desquels le marché s’est installé voient se mélanger les nationalités et les langues.

Melvin, un habitué du marché y vient pour la variété, les prix, la qualité des produits. Il apprécie la rénovation du lieu il y a quelques années et la praticité pour y arriver en transports en commun. Pour Els, sa compagne, "c’est populaire, on aime ça. On vient principalement pour faire nos courses mais comme mon mari est étranger, il arrive qu’on tombe sur des amis dominicains et sud-américains. Le marché c’est un art de vivre à Bruxelles, même si les temps modernes ne nous permettent pas toujours de faire les courses quand et où on veut."

Manger un morceau sur le pouce est également un des rituels en venant au marché. Pour Kristel et Maurice, qui tiennent le stand de burger Chez Jeff, c’est avant tout une histoire de famille : "J’ai commencé grâce à mon papa. Ça fait plus de 40 ans pour lui et 17 ans pour moi. J’ai commencé à 11 ans et je connais le marché depuis mes 2 ans. C’est toujours le même, j’aime bien, c’est gai. C’est pour ça que je reviens. On aime la clientèle et on a des habitués, ça c’est sûr", nous confie Maurice.

Le plus discret : le marché des Chasseurs ardennais

Moins connu du néophyte que les autres grands marchés bruxellois, le marché des Chasseurs ardennais rassemble tous les vendredis soirs des initiés venus des quatre coins de la capitale. Nathalie et Valerie, soeurs d'une trentaine d'années, s’y retrouvent chaque semaine avec ferveur. Même plus besoin de prévenir les amis ou la famille. « C’est notre tradition. Moins snob que les mercredis au Châtelain, plus détente  que les jeudis à place Lux, c’est vraiment un lieu sympa où se retrouvent les habitués». Le marché du Chasseur ardennais, c’est le rendez-vous des trentenaires accompagnés de leurs enfants. Les deux sœurs ne jurent que par ce petit havre de paix où les parents sirotent un verre de vin avec leurs amis pendant que les enfants jouent au ballon ou à cache-cache entre les étals.

Ceux qui en sont savent qu’officiellement le marché ferme à 20h mais joue des prolongations  jusqu’à 21h. On se pose sur un banc, par terre ou à une table haute avec sa bouteille et on grignote quelques spécialités, comme les bistoukettes, bâtons de saucissons aromatisés, tout en faisant son marché. Les personnes que nous avons rencontré y tiennent : « attention à ne pas trop parler de ce marché », car son charme tient aussi à son côté village.

Le plus ancien : marché du Parvis de Saint Gilles

Un des plus vieux marché de Bruxelles se tient du mardi au dimanche sur le Parvis de Saint Gilles. Ouvert depuis 1865, il avait été délocalisé Place de Moscou pendant les travaux du Parvis. Véritable marché de quartier, il rassemble toutes les générations et toutes les cultures. Ici les vendeurs connaissent leurs clients habitués et n’hésitent pas à faire de petits gestes de temps à autres et à prodiguer leurs conseils de préparations.

La composition du marché change chaque jour : certains maraîchers viennent tous les jours, d’autres seulement le weekend. Si le mardi vous trouverez principalement des vêtements et autres babioles, le mercredi est réservé aux fruits et légumes. Le jeudi soir, des foodtrucks proposent de nombreuses spécialités et le week end, tout le monde se retrouve : boucher, fromager, boulanger, producteurs locaux belges et bio, traiteurs marocains, français et italiens.

Laura, une italienne habitante du quartier depuis 2 ans témoigne : “J’adore ce marché, quand l’Italie me manque un peu je trouve d’excellents produits italiens ici, comme la Scamorza”.

Si vous vous rendez sur le marché, vous y croiserez certainement Karel Houdmont et Sophie De Valck, des producteurs de la petite ferme Ourobouros, à une heure de Bruxelles. Ils ont fait le choix de la culture en biodynamie, soucieux d’une culture qui respecte la terre, en harmonie avec le rythme de la nature.

Article réalisé avec la participation de : Gisela Castro Isern, Caroline De Blay,  Justine Loizeau, Andréa Lupianez, Isaure Magnien et Morella Siemmers