67 % des Irlandais ont ratifié le traité de Lisbonne

Article publié le 6 octobre 2009
Article publié le 6 octobre 2009
Il n’est même pas passé de justesse. C’est avec un « oui » franc et massif que le traité de Lisbonne a été approuvé par les Irlandais, le 2 octobre 2009, suite à un second référendum. Voilà qui est fait… même si l’amertume subsiste chez les défenseurs du « non » qui avaient remporté la victoire une première fois.

Les électeurs irlandais n'ont pas boudé les urnes et la possibilité de reconsidérer leur vote le 2 octobre 2009. Le taux de participation à ce scrutin a été de 6 % supérieur au premier référendum de juin 2008, avec 59 % de participants. Les résultats du « non » ont baissé de 9 %. Quant au « oui », il a pris 15 % de plus. Pour célébrer cet événement, les discours n’en finissent plus. Le Taoiseach [premier ministre, ndrl] irlandais Brian Cowen a déclaré que le peuple venait de faire un pas vers une « Irlande plus forte, plus juste et meilleure, et vers une Europe plus forte, plus juste et meilleure », une Irlande qui « restera au cœur de l’Europe : aujourd’hui, c’est un grand jour pour l’Irlande et pour l’Europe ». Les présidents de la Commission européenne et du Parlement, José Manuel Durão Barroso et Jerzy Buzek, ainsi que le président du Conseil européen, le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, ont chacun fait écho aux déclarations irlandaises.

Le « oui » trop gâté ?

Si le sentiment européen des Irlandais est sincère, en ce lendemain de référendum, il faut savoir entendre les critiques même quand elles proviennent de sources douteuses. Nigel Farage a lancé la première pierre. Cet eurodéputé de l’UKIP (l’inébranlable parti eurosceptique du Royaume-Uni) a affirmé, sûr de lui, que dans la course pour le référendum irlandais, les partisans du « oui » ont été dix fois plus nombreux que les partisans du « non », et que les médias étaient à 70 % en faveur du camp du « oui ».

« Les ressources des partisans du ‘non’ sont absolument dérisoires face aux moyens financiers obscènes du camp du ‘oui’ »

Les chiffres exacts ne sont pas connus, mais il est certain que le camp du « oui » a bénéficié de soutiens financiers beaucoup plus conséquents, comme l’a affirmé l’eurodéputé socialiste irlandais Joe Higgins en septembre : « Les ressources des partisans du ‘non’ sont absolument dérisoires face aux moyens financiers obscènes du camp du ‘oui’. » Le patron de Ryanair, Michael O’Leary, a admis avoir versé 500 000 euros pour la campagne pour le traité de Lisbonne, ce qui a été interprété comme une démarche pour s’attirer les faveurs du Parlement européen, qui s’est opposé à plusieurs reprises à sa tentative de prendre le contrôle de la compagnie aérienne irlandaise Aer Lingus. Des donations innombrables provenant de particuliers et d’entreprises ont permis aux lobbies du « oui » de faire passer leur message ; d’ailleurs, ses partisans sont beaucoup plus enclins à recevoir de l’argent que ceux du « non ». En 2008, le parti eurosceptique Libertas a fait l’objet d’une enquête suite à des allégations prétendant qu’il avait été financé par la CIA. Espérons que tous les groupes auront suffisamment confiance pour rendre publique l'origine de leurs financements cette année.

« Business as usual »

Aujourd’hui, le gouvernement irlandais continue de travailler sur des dossiers urgents comme le projet controversé NAMA (agence nationale de gestion des actifs) qui fait face à la critique récurrente de la gestion des finances du gouvernement et la colère grandissante, aggravée par un sentiment de malaise et d'insécurité, des contribuables. Autre dossier préoccupant pour le Fianna Fáil party, la menace que représente le Labour party, actuellement dans l’opposition. Les rumeurs laissent entendre qu’il pourrait entrer au gouvernement d’ici trois ans. La pression est forte.

Les questions que le traité de Lisbonne était appelé à résoudre en Irlande, et qui sont loin d’être oubliées - « Oui pour l’emploi », « Oui pour l’économie », et autres slogans accrocheurs du camp du « Oui » - seront-elles désormais jetées aux oubliettes ? L’électorat irlandais vient-il de perdre toute crédibilité après un changement d’opinion radical en seulement 16 mois ? Laissons place à l’euphorie ! Après tout, c’est un grand jour pour l’Irlande, un grand jour pour l’Europe.