60ème anniversaire de la "Déclaration Schuman": Persévérer et réinventer

Article publié le 6 mai 2010
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Article publié le 6 mai 2010
par Paul Collowald, membre de l’UEF-Belgique Etre journaliste signifie beaucoup de travail et un minimum de talent; ajoutons aussi une petite dose de chance. Ma "chance", ce fut de rencontrer Robert Schuman, en amont du 9 mai 1950… j’étais au quotidien strasbourgeois "Le Nouvel Alsacien". Tout va se jouer entre l’automne 1949 et le printemps 1950.
Il se trouve que ma première rencontre avec Robert Schuman remonte au 12 août 1949, en marge de la première session du Conseil de l’Europe, et c’est à ce moment que j’ai pu saisir les inquiétudes et les espoirs de Robert Schuman: l’Allemagne allait voter le dimanche 14 août, et qu’allait-il sortir des urnes ? Le fameux "problème allemand" trouverait-il une réponse dans une approche européenne? Et laquelle ? Bien entendu, j’avais gardé ces brûlantes questions en mémoire et, lorsque les premières dépêches nous apportèrent les termes de la "Déclaration Schuman", j’étais en situation de comprendre toute la signification de ce texte d’une portée quasi révolutionnaire. On en connaît les grands thèmes : réconciliation franco-allemande ; rendre la guerre "impensable" et "impossible" par la mise en commun de deux importantes ressources (charbon et acier) au sein d’une communauté où se trouvaient vainqueurs et vaincus; préconisant des "solidarités de fait" au service de la paix ; de surcroît, inscrivant dans ses objectifs la création d’une future "Fédération européenne"; bref, tous les éléments d’un grand projet politique.

Cet extraordinaire mélange d’audace et de réalisme était le résultat de longues méditations parallèles, puis convergentes, de deux hommes très différents. Sans les six feuillets de la note confidentielle que Jean Monnet (alors Commissaire général du Plan) et son équipe rédigèrent, fin avril 1950, Robert Schuman n’aurait certainement pas eu toute la « substance » pour la décision politique qu’il allait prendre, dans sa maison de Scy-Chazelles, lors du week-end du 1er mai 1950.

Il est utile de célébrer ce 60ème anniversaire de la "Déclaration Schuman", car il faut à la fois "préserver et réinventer". C’est ce que j’ai dit à la tribune des 3ème Etats généraux de l’Europe, le 17 avril dernier, où les organisateurs voulaient prendre en compte l’héritage et, aussi, réfléchir, avec quelques centaines de jeunes, aux enjeux et aux défis d’aujourd’hui.

A cette occasion, lorsque murmures et sifflets se firent entendre, à un moment donné – de nombreux applaudissements aussi – je me suis souvenu de la grande manifestation de jeunes européens à Strasbourg, en août 1950 !

Plusieurs milliers de jeunes fédéralistes, des étudiants en particulier, s’étaient retrouvés à la frontière allemande près de Wissembourg (Bas-Rhin) pour brûler symboliquement les poteaux frontières. Puis, meeting devant le Conseil de l’Europe, face au Parc de l’Orangerie. Lecture fut donnée d’un "Serment" en faveur de la Fédération européenne et, lorsque P.-H. Spaak, Président de l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe, acheva son discours éloquent, non pas les sifflets, mais un silence glacial l’accueillit : c’était la consigne donnée par les organisateurs pour marquer leur désapprobation des lenteurs de cette "Assemblée au statut d’impuissance". C’était, au fond, parfaitement injuste, car ce "Statut", contre lequel luttait P.-H. Spaak, avait été imposé par le Conseil des ministres, sous forte pression britannique.

Il y a 60 ans, j’assistais donc déjà à ce type de débat pathétique où l’immobilisme ou la timidité des institutions européennes se heurtent à l’impatience des jeunes. Avec mes amis à Scy-Chazelle, à la Maison de Robert Schuman, j’ai lancé, en tant que Président de l’Association R. Schuman, l’idée d’un grand rassemblement que nous avons appelé : "L’Epopée des jeunes européens". 400 jeunes, venus des 27 pays d’Europe, vont se réunir les 8 et 9 mai 2010. Nous leur dirons que l’Europe est un bel héritage et, encore, une grande aventure !

Paul Collowald

Ancien Correspondant du « Monde » à Strasbourg Ancien Directeur général de l’Information au Parlement européen Membre de l’UEF-Belgique