60 ans après, la déconstruction européenne ?

Article publié le 15 mai 2012
Article publié le 15 mai 2012
Ce mercredi 9 mai, CaféBabel Strasbourg a fêté l'Europe toute la journée avec vous sur la place Kléber, en compagnie de toutes les associations qui font de Strasbourg plus que jamais la capitale européenne. Nous avons pu vous rencontrer autour d'un café, discuter de l'Europe et de vos attentes, et assister aux actions organisées par la Ville.

A 18h30 nous avons rejoint les intervenants de notre débat « 60 ans après, la déconstruction européenne ? » dans la salle blanche de la librairie Kléber . Michel Devoluy professeur à l’Université de Strasbourg, chaire Jean Monet d’économie; Pauline Gessant, Présidente de la JEF Europe (Jeunes européens Fédéralistes), Jean-Luc Sauron, Professeur à Paris Dauphine. Jean-Luc Sauron a remarqué dès le début de la conférence, que même si les hommes politiques français n'ont pas placé l'Europe au centre de la campagne, les échéances internationales ont poussé le nouveau président à faire des problématiques européennes son agenda principal.

Michel Devoluy, a insisté quant à lui sur le choix que les politiciens européens ont fait. En effet, l'Europe n'étant pas politique, ils ont été forcés de prendre des mesures libérales au sein de l'Union. Ils ont fait le choix de l'ordolibéralisme, soit « une solution optimale pour une situation sous-optimale ». C'est à dire, la mise en place d'une économie de marché libre et non faussée, associée à une veille de la stabilité économique ainsi qu'une situation fiscale très ordonnée. Or, aujourd'hui, le fédéralisme en Europe est uniquement tutélaire, il n'est pas réel dans la sphère politique.

Pour Pauline Gessant, il n'est pas question de déconstruction non plus. Au contraire, il faut aller jusqu'au bout des délégations de compétences. Le but des organisations européennes est de formuler des propositions pour relever les défis à court et long terme, dans un premier temps la sortie de crise, puis se diriger vers une Europe fédérale. Il existe déjà une monnaie commune, mais les Etats ont toujours des politiques économiques concurrentes. Il faut donc dépasser la simple coordination entre les états membres via une institution supra-nationale et une meilleure intégration des citoyens. Le principal obstacle reste la difficulté de l'intégration à 27. Il faut donc envisager de fonctionner en deux temps, à travers des groupes : les Etats « pilotes » (les plus intégrationnistes) qui guideraient les autres pays à leur rythme. A la suite des nombreuses questions dans la salle, Jean-Luc Sauron a comparé la situation au niveau européen et américain. Aux Etats-Unis, lorsqu’un état est en crise, il existe un système d'aide automatique des autres états sans que cela soulève d'indignation. Bien sûr, il n'est pas possible d'effacer les diversités des histoires politique, historique et culturelle mais il est possible de créer un état fédéral à plusieurs vitesse. Pour Michel Devoluy, il faut travailler à l'échelle européenne à un pacte de croissance, pour mutualiser une partie de la dette, construire des projets liés à la croissance, notamment sur l'environnement, et créer de la « bonne dette » pour mettre en place ces projets à travers la mise en place d'un impôt européen qui constituerait un budget conséquent. Pour cela, il faut motiver l'ensemble des citoyens et surtout, il faut structurer le système financier. Il faut construire une Europe démocratique à travers la création d'une nouvelle convention européenne convoquée par le Parlement et créer un vrai système bicaméral. Pauline Gessant a insisté sur l'intérêt pour l'Europe de créer des project bonds et d'une institution indépendante pour les gérer. Pour conclure, les trois intervenants sont convaincus que l'heure n'est pas à la déconstruction de l'Europe, mais au contraire, à l'intégration toujours plus poussée, seule solution pour sortir de la crise qui l'accable. Cette évolution doit d'abord passer par l'intégration des citoyens.

Manon Eberhardt et Margaux Pastor, photo : Olalla Pastor Del Valle