50 nuances de Grey : porno grisant pour mamans

Article publié le 15 octobre 2012
Article publié le 15 octobre 2012
Il est dans toutes les librairies. Y compris dans les mains de Nicole Minetti (politicienne italienne souvent dénudée, ndlr). Pour celles et ceux qui n’ont pas cédé à la tentation, mais qui ne veulent rien rater du phénomène « porno pour mamans », nous vous avons concocté une recette rudimentaire pour un succès éditorial assuré. A quatre mains, pour rester en accord.

Comment passer de parfaite inconnue à « écrivaine » multimillionnaire en 6 étapes :

1. Prendre une jeune fille naïve (encore mieux si elle est écervelée) 2. L’associer à un jeune milliardaire (beau et mauvais) 3. Ajouter une pincée de mystère dans la vie du beau-gosse 4. Attendre quelques minutes pour que les deux s’envoient en l’air (3-5 pages au maximum) 5. Lier le tout dans 500 pages de rapports sexuels pour voyeur mal assumé 6. Servir avec une couverture de papier glacé et un titre au romantisme obscur

Et voilà, vous avez entre les mains Cinquante nuances de Grey, le roman le plus lu dans les stations balnéaires italiennes, et pas seulement. Traduit dans 30 langues, il fait mieux qu’Harry Potter, avec plus de 40 millions de copies de la trilogie vendues dans le monde. Et pour ceux qui l’ont raté en librairie, le film - estampillé Universal - arrivera bientôt sur les écrans.

Nous assistons seulement à de longues scènes monotones de sexe, avec fessées et coups de fouet, ça et là...

Au cas où vous auriez déjà lu le livre, il est préférable de ne pas vous (nous) faire perdre plus de temps à la lecture (ou l’écriture) d’une pseudo-analyse du texte… Cependant celui qui l’a lu, ne peut résister à la tentation de commenter. Si ce n’est pour éclaircir le fait que se faire lécher les pieds pendant des heures et se laisser dominer par quelqu’un qui vit d’argent sale ne rentre pas automatiquement dans la catégorie roman érotique mais plutôt dans celle du porno à deux balles.

Il faut dire que James E.L. (l’auteure, donc) avait toutes les cartes en main pour écrire quelque chose d’intéressant. Elle aurait pu se forcer à étudier plus en profondeur au moins 15 des 50 fameuses nuances de M. Grey, chercher à donner une explication aux perversions qui hantent le jeune homme. Elle aurait pu éviter de nous laisser seul avec le pressentiment que le développement des phases freudiennes du milliardaire de Seattle a été entravé par un drame terrible.

Si Anastasia, le personnage principal emporté par une tempête libidineuse, avait été frappé d’un éclair de lucidité, elle aurait pu aussi s’aventurer à éclaircir le passé mystérieux de Grey. Pourquoi ne pas créer une atmosphère détendue, descriptive ? Pourquoi ne pas s’arrêter sur leurs courses désespérées à l’aube où les deux jeunes gens se perdent à la recherche du moment magique ? Rien de tout cela. Nous assistons seulement à de longues scènes monotones de sexe, avec fessées et coups de fouet, ça et là, dans le but de nous maintenir à chaud.

Des confessions, du sexe et Justin Bieber

L’analyse est bien trop longue. Cherchons à abréger car il semblerait que nous parlions finalement d’un livre et non de ce qu’il en est en réalité : soit un pot-pourri composé d'un peu de Desperate Housewives, de Kamasutra et de Sex and the City… Mais est-il possible qu’il s’agisse des confessions intimes d’une anglaise vieillissante ? Sommes-nous sur qu’Erika Mitchell, plume à succès mieux connue sous le nom d’Erika Leonard James, ne cache pas une vie privée faite de sexe et de perversions ? Non non, rien à signaler là non plus. Son mari, Nial Leonard, scénariste télé, s’emploie à le démentir en admettant : « je suis heureux de ne pas ressembler à Grey, il est d’un ennui ! ». Le mérite de la correction de la (géniale) première version du roman est à lui accorder. Lui-même, enivré et galvanisé par le succès de sa femme, s’est lancé dans une entreprise personnelle : la rédaction de son roman, Crusher.

Soyons tranquilles. Il n’y aura pas de dominant ni de dominé mais juste un garçon qui découvre le cadavre de son père et devient le suspect numéro un dans son homicide.

Nous ferions mieux de craindre l’adaptation de Cinquante nuances de Grey au cinéma et de sa suite (oui, vous avez bien compris sa suite) qui, à la lecture des titres, nous confirme le génie créateur de son auteur : Cinquante nuances plus sombres et Cinquante nuances plus claires. Parmi les acteurs pressentis, le nom de Justin Bieber circule. Pour le moment, une chose est sûre : Universal a versé cinq millions d’euros pour s’assurer des droits du livre.

Une critique de 3800 caractères peut-elle suffire ? Nous ne voulons pas nécessairement ressembler à cette intelligentsia qui tient en aversion un livre, qui ne veut pas en parler mais qui en fin de compte l’achète, soulignant son intention purement socio(lo)/anthro(polo)/péda(go)-gique puis le lit pour finalement en discuter ou, pire encore, écrire dessus.

Non, nous lisons pour vous ! Pour empêcher la pulsion, aussi infime soit-elle, de l’achat des prochaines nuances, aussi sombres ou claires qu’elles puissent être. Et évidemment, pour ne pas avoir à faire une fois de plus, la critique de livre de ce type.

Photo de couverture: (cc) josemanuelerre/flickr ; texte : © concession de la page officielle Facebook