4ème Université d’été du Conseil de l’Europe - Les défis environnementaux au cœur des débats

Article publié le 17 juillet 2009
Article publié le 17 juillet 2009
Par Pauline André Strasbourg, le 6 juillet 2009 Lundi 6 juillet, les 16 écoles d’études politiques du Conseil de l’Europe se sont réunies pour discuter des défis liés à la protection de l’environnement. Olivier Dulic, le ministre de l’Environnement de la Serbie et Mutsuyoshi Nishimura, conseiller au changement climatique pour le Premier ministre japonais, présidaient la conférence.

Le Conseil de l’Europe (COE) organisait la semaine dernière sa 4e Université d’été de la démocratie. Un événement qui s’adresse aux 16 écoles d’études politiques du COE implantées en Europe de l’Est, du Sud-Est et du Caucase. L’objectif de ces écoles est de former les nouvelles générations de responsables politiques, économiques, sociaux et culturels dans les pays en transition. Ils étaient ainsi plus de 600 jeunes à se réunir pour discuter des « défis mondiaux de la démocratie », le thème général de la rencontre. Parmi les enjeux majeurs, celui de l’environnement.

Lundi, 14h30, ils sont une cinquantaine à participer à la conférence sur les défis écologiques. Celle-ci est dirigée par Olivier Dulic, le ministre serbe à l’Environnement et Mutsuyoshi Nishimura, le conseiller au changement climatique du premier ministre japonais. Dans son exposé, le ministre serbe rappelle les principaux enjeux liés à l’environnement : baisse des ressources en eau potable, augmentation « dramatique » des prix des aliments, changement climatique, crise économique. Oliver Dulic insiste sur le besoin urgent de changer nos mentalités pour mettre en place une « économie verte ». « Nous devons investir dans les énergies renouvelables, créatrices d’emplois. Au Bangladesh, par exemple, grâce au système des micro-crédits (1), on a pu installer des panneaux solaires dans beaucoup de foyers.»

En Serbie, le gouvernement vient de lancer une campagne « nettoyons la Serbie ». Il s’agit de faire face au problème des déchets municipaux (2), dont 40%, selon le ministre, sont déposés dans des champs. Soit 1 200 000 tonnes de déchets, toxiques pour certains. Le gouvernement serbe prévoit ainsi de fermer ces décharges sauvages, d’améliorer la gestion des déchets, de régler le problème des déchets toxiques et de sensibiliser les citoyens par l’éducation. Pour cela, « une action coordonnée du gouvernement et de la société civile est indispensable ». Le gouvernement serbe prévoit d’employer environ 6000 personnes pour remplir ces objectifs. « C’est la plus grande crise connue depuis des générations, mais nous y sommes préparés », conclut-il.

L'écologie, nouveau symbole de puissance

Pendant que la Serbie se concentre sur ses déchets municipaux, le Japon ambitionne de devenir « le numéro un mondial de l’énergie solaire ». L’environnement et ses enjeux vont-ils donner lieu à un concours entre Etats ? L’écologie, nouveau symbole de puissance ? Quoi qu’il en soit, le gouvernement japonais prévoit d’augmenter sa capacité de production en énergie solaire de 40% d’ici 2030. L’Etat investit également dans la géothermie et les éco-voitures. « Mais nous devons absolument investir beaucoup plus dans la recherche et le développement. Partout, les gouvernements ont réduit leurs investissements dans ce domaine, alors que c’est tout le contraire que nous devons faire ». Le conseiller japonais au changement climatique, Mutsuyoshi Nishimura est convaincu qu’un changement de cap à l’échelle internationale est incontournable : « Le monde doit concrétiser la révolution de l’énergie propre, c’est un défi phénoménal. Les efforts à la petite semaine ne sont pas une solution, nous devons abandonner cette religion que nous avons depuis longtemps : Buisness as usual. La sortie de crise passe par un changement radical d’économie vers une économie verte ».

Pragmatiques, les participants des 16 écoles d’études politiques s’interrogent alors sur les moyens et la faisabilité de cette révolution verte. « Que faire des lobbies énergétiques très forts ? », interpelle le directeur exécutif du Centre régional pour l’environnement en Hongrie. « Que penser de l’énergie nucléaire et de ses dangers ?» poursuit un membre de l’école d’études politiques de Bulgarie. Sur la question des lobbies, Olivier Leduc répond qu’avec le changement de position du gouvernement américain sur le changement climatique, depuis l’élection de Barack Obama, cela ne devrait pas être un frein. Mutsuyoshi Nishimura propose quant à lui d’établir un prix unique mondial du carbone afin de « couper l’herbe sous le pied des lobbyistes ». Sur la question du nucléaire, les deux intervenants sont partagés ; le premier n’y est pas favorable et rappelle que depuis Tchernobyl, le gouvernement serbe a interdit la construction de centrales nucléaires dans le pays. « Il est peu probable que cela change », indique le ministre. Ce n’est pas l’avis du conseiller du Premier ministre japonais qui ne s’étend pas davantage sur le sujet : « Le nucléaire est inévitable ».

Concernant l’environnement, la question de l’énergie nucléaire fait débat. Alors nucléaire ou pas ? Le débat reste ouvert, jusqu’au sommet de Copenhague en décembre prochain, où les dirigeants politiques devraient signer un accord international pour renforcer le protocole de Kyoto. Onze ONG ont récemment lancé un appel au président français pour que des actions politiques fortes soient engagées, notamment un investissement plus massif dans les énergies renouvelables. « On ne négocie pas avec le climat, on agit ». L’ultimatum est lancé.

Note (1) Le micro-crédit s’est à l’origine surtout développé dans les pays en développement pour permettre aux plus démunis de financer des micro-projets. Muhammad Yunus – Prix Nobel de la Paix en 2006 - en a été l’initiateur, au Bangladesh, en 1976. Plus récemment, il s’est étendu aux pays industrialisés dans un objectif de lutte contre la précarité. En créant en 1989 l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE), Maria Nowak a été la première à développer le micro-crédit en France. (2) Déchets municipaux : déchets ménagers et déchets assimilés provenant des commerces, des industries et des administrations

Hyperliens : Appel de Copenhague : http://www.copenhague-2009.com/

Micro crédit : http://www.lafinancepourtous.com/spip.php?page=article&id_article=1181