Il fallait bien qu’en ces temps d’austérité, il émane quelque chose de gai. C’est chose faite depuis que l’économiste japonais, Takuro Morinaga, a proposé de majorer l’impôt des beaux-gosses et de diminuer celui des moches. Pour le dire vite, Morinaga se plaint de la toute-puissance des célibataires aux physiques avantageux du Japon qui, en plus d’être riches, se tapent toutes les nanas du pays. Le phénomène est devenu tellement important qu’a émergé un terme : les « ikemen » - contraction de « iketaru » (« cool », « attirant » en japonais) et de « men ». Soit les beaux-gosses, les hommes modernes vers qui se ruent les jeunes filles en fleurs.

Bande-annonce du film français, “Les Beaux Gosses”. | Une certaine idée de la France…

On ne va pas épiloguer sur les théories de l’économiste – vous l’aurez compris, le buzz a fait 3 jours sur Twitter mais ça ne va pas non plus révolutionner le plan qu’a concocté Mario Draghi pour la zone euro. Une question demeure. Quel est l’équivalent du « beau gosse » (de l’ « ikemen », donc) chez nos voisin européens ? On commence avec les Allemands dont les métaphores stylistiques sont très loin de faire appel aux canons de beauté traditionnels. Saisissez-vous de l’ambiguïté : on dirait « geile Sau » (littéralement, « une cochonne attrayante ») ou « heißer Feger » (« un ballet chaud ») ou encore « Sahneschnitte » (« une tranche la crème »). Bon…

Et ce n’est pas fini. En Pologne aussi on se fout des images bien-pensantes relatives au beau. On préfère la bouffe. Quand une fille peut minauder en disant « ciacha » (des « cookies »), d’autres y vont franchement en appelant leur prince « banany » (« banane »). Effectivement… on peut s’interroger sur les intentions féminines polonaises mais l’expression a une histoire. La banane a toujours été un produit inaccessible en Pologne et obligeait donc les mecs à tremper dans d’obscurs trafics pour en obtenir. Chemin faisant, la banane a symbolisé le malin, le débrouillard, le mec qui s’en sort quoi. Bref, vous avez là, grosso modo, l’équivalent d’un « t’es à croquer » en polonais.

Quoi qu’il en soit, si les Espagnols et les Italiens sont un peu avares question imagination à l’attention de leurs beaux gosses (« tios buenos » et « figo »), preuve en est que notre économiste japonais n’est pas trop à côté de la plaque. Parce que si l’on se met à taxer le porc et les bananes, ça fera un sacré paquet de pognon non ?

Zeichnung: © Henning Studte