Pendant que les grandes majors se plaignent de plus en plus de la crise du disque, les nouvelles formes de distribution de musique via Internet se délectent de leur succès au cours d’un grand festival à Berlin. La fin d’une ère ?
Festival Netaudio: une claque à l’industrie du disque traditionnelle
(SimSullen/ Flickr)
Le « netlabel » décrypté quatre jours durant à Berlin. La capitale allemande a été le théâtre du festival Netaudio en octobre 2009. Jour et nuit, les Internautes sont venus y discuter et découvrir cette nouvelle forme de distribution de la musique : « Le Netlabel fait référence aux maisons de disques qui autorisent le téléchargement légal et (presque toujours) gratuit des œuvres, afin que les auteurs en recueillent les profits postérieurement par d’autres canaux comme les concerts. » C’est ainsi que s’exprime Antina Michels depuis le Club Maria sur les berges de la Spree à Berlin. Antina, une des organisatrices du festival, sait de quoi elle parle : ses études universitaires d’ethnologie se sont soldées par un mémoire sur le phénomène « Netlabel ».
« L’industrie traditionnelle du disque traverse une forte crise à cause de l’obsolescence de ses structures »
Comme Creative Commons qui propose gratuitement des contrats flexibles de droit d’auteur pour diffuser des créations, le format Netlabel dispose d’une multitude de microstructures. C’est une alternative à l’industrie de disque traditionnelle car elle se positionne contre le principe capitaliste d’engendrer des bénéfices. Voilà la description qu’en fait Antina dans un ouvrage sur ce thème. D’ailleurs, drôle de hasard, ce premier festival d’envergure autour du Netlabel en Allemagne (avec un budget de 50 000 euros) se déroule la même année où le Popkomm est annulé (le Popkomm étant la plus grosse manifestation berlinoise organisée par l’industrie du disque). A la place de cette grande fête médiatique, s’est tenu le All together now, une tentative d’intégration des nouvelles formes de distribution qui respecteraient les structures traditionnelles de l’industrie musicale.
Crises et alternatives
« L’industrie traditionnelle du disque traverse une forte crise à cause de l’obsolescence de ses structures. Dans ce contexte le Netlabel s’impose alors comme une alternative évidente. Mais désigner aujourd’hui Internet comme l’unique responsable de cette crise me parait profondément injuste », expose Antina. Et elle sait de quoi elle parle : durant ses années de recherches sur le sujet, elle a découvert de nombreux musiciens dont les œuvres n’auraient jamais été ni éditées, ni distribuées par les majors du disque. Et, de nos jours, sans l’aura du distributeur, le travail d’un musicien reste dans l’ombre. « Je ne peux pas affirmer que l’annulation du Popkomm est un bonne chose pour le monde du Netlabel, mais c’est déjà un signal que les choses évoluent. »
Le phénomène a fait l’effet d’une claque auprès des grandes maisons de disques, toujours plus anxieuses. La question qui reste cependant, est de savoir si l’influence grandissante du Netlabel amenuisera son esprit subversif qui le rend si attractif. Mais pour Antina, grâce à sa nature anarchiste et son principe d’autogestion qui caractérise son réseau, l’industrie du disque pourra difficilement s’approprier le phénomène. Pour l’instant, le festival se tourne vers le futur. Une entente germano-britannique s’est déjà créée, ainsi les capitales des deux pays devraient accueillir en alternance le festival annuel : Netaudio 2010 à Londres, Netaudio 2011 à Berlin et ainsi de suite. Néanmoins, rien n’empêche d’imaginer que d’autres grandes villes rejoignent l’initiative… on retrouve le Netlabel dans le monde entier.
Max Marlow parle du marketing idéal au Netaudio Festival 2009 à Berlin. | (Video: Broncheater/ Youtube)
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