Dans un pub de Reykjavik, trois jeunes Islandais discutent de l’éventuelle adhésion de leur île à l’Union européenne. Avec moins 10 % de croissance, ils ne font pas preuve d’« euro-enthousiasme » mais de pragmatisme.
L’Islande dans l’UE : « Oui, mais à nos conditions »
(Elmer Fishpaw / Flickr)
FOCUS
Traduction : Jessica Devergnies-Wastraete
22/06/09
Tags : Union européenne, Malte, Islande, pays candidats.
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« On veut d’abord voir l’accord, ensuite on jugera. » Il est 22 h et l’on peut encore apercevoir le coucher du soleil depuis le premier étage d’un pub au centre de Reykjavik. Stefan, Vifill et Stefan Rafu sont un groupe d’amis âgés de 18 à 19 ans. Stefan Rafu est membre d’un syndicat faisant partie du Forum européen de la Jeunesse, une ONG qui regroupe ici les avis de la jeunesse européenne toute entière.
L’UE vaut-elle un saumon ?
Ces garçons font preuve d’un pragmatisme désarçonnant pour leur âge. Stefan, lycéen potelé et à l’acné persistante, explique : « J’ai d’abord besoin de voir quels seront les bénéfices concrets pour l’Islande, et pour l’UE naturellement. Mais je suis plutôt contre. Nous les Islandais, nous craignons de perdre le contrôle de notre pêche. Rendez-vous compte qu’en 2007, le secteur représentait 28 % des exportations du pays. »
« L’Islande est plus européenne que nord-américaine, car elle est libérale par rapport à l’alcool, au sexe et à la laïcité »
Stefan Rafu, secrétaire général d’un syndicat de lycéens et futur étudiant en sciences politiques, est pour l’adhésion. Mais lorsqu’il entend parler de l’UE, ses yeux bleus glace ne s’illuminent pas : « Moi non plus, je ne peux pas me prononcer de façon définitive avant de voir l’accord de mes propres yeux. Mais a priori, je suis plutôt favorable car Bruxelles a déjà favorisé les petits pays. » Le problème, c’est plutôt qui, au Parlement européen, favorise les petits : ici, on ne considère pas du tout les héritiers d’Altiero Spinelli et ses soutiens fédéralistes. La politique et le projet européen ne comptent pas. « Je pense à Malte, qui est aussi une île dépendante de la pêche, et qui a obtenu un bon compromis avec l’UE dans ce secteur. Mais je pense aussi au fait que Bruxelles donne plus de subventions agricoles aux pays nordiques. » Tout compte fait, le jeune garçon ressemble plus à un économiste qu’à un étudiant de sciences politiques en herbe.
Une adhésion à l’ombre de la crise
Mais pourquoi cet intérêt – et c’est le cas de le dire – pour l’UE ? Est-ce à cause de la crise et de la récession d’un pays qui affiche une croissance estimée à moins 10 % cette année ? « Moi je suis sceptique, répète Stefan, en réalité, on devrait d’abord résoudre cette crise seuls pour arriver plus forts à la table des négociations avec l’UE, si vraiment on doit y aller. Nous pouvons le faire. Nous n’importons pas tellement de produits de l’étranger finalement. »
Stefan Rofu, pro-EU, fait la grimace. Avec lui, une opinion publique qui, en février 2009, a ramené au pouvoir après vingt ans l’Alliance sociale démocrate de Johanna Sigurdardottir. Et cette Alliance a justement remporté les élections sur la base d’une plateforme axée sur l‘entrée dans l’UE et sur l’euro comme remède anticrise. Mais tout cet « européanisme », d’où vient-il ? Y avaient-ils des pro-adhésions auparavant ? « Il y avait peu de partisans. » Ah voilà. « Tu comprends, explique Vifill, étudiant en informatique à la chevelure blonde, beaucoup d’entreprises disent aujourd’hui ‘si l’Islande n’entre pas dans l’UE, c’est nous qui iront’. » Et il est vrai que l’instabilité monétaire de la couronne devient insupportable pour le pays.
Mais ces jeunes, se sentent-ils Européens ? « Bien sûr, explique Stefan l’eurosceptique, par exemple, nous avons tant de choses en commun avec les autres pays nordiques. Quand tu penses que nous apprenons le danois à l’école à partir de 10 ans. » Stefan le pro-UE nous dit ensuite : « L’Islande est plus européenne que nord-américaine, car elle est libérale par rapport à l’alcool, au sexe et à la laïcité. » Johanna Sigurdardottir, le nouveau premier ministre, est le premier chef du gouvernement ouvertement homosexuel de l’ère moderne. Même s’il ne faut pas (non plus) oublier que le luthérianisme est l’Eglise de l’Etat. Mais Stefan Rafu, se sent-il plus Européen ou plus Islandais ? La question, loin d’être bête, est posée aux participants de la soirée, tous membres du Forum européen de la Jeunesse. Et Stefan Rafu de répondre : « Plus islandais, ça c’est clair. Mais quelle question ? »
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