2009 aurait pu être l’année de l’Europe de l’autre côté du Rhin. Tous les ingrédients étaient réunis : une chance totalement inédite. Mais le contexte politique n’a pas permis de placer la campagne sous un angle européen… Les Européennes vues d’Allemagne.
En Allemagne, le débat sur l’Europe est-il impossible ?
Montage : Martin Schulz (nrw psd/flickr) - Deutsche Farben (John Wardell/flickr) - Merkel und Hans Gert Pöttering (Zeimke/flickr)
OPINION
Traduction : Service traduction de ARTE
02/06/09
Tags : Franz-Walter Steinmeier, José Manuel Barroso, Pouvoir, Traité de Lisbonne, EUdebate2009, Angela Merkel, Allemagne, crise économique, Elections européennes 2009, Rideau de fer.
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En entrée, le 20e anniversaire de la chute du Mur, qui avait scindé l’Europe en deux ; en plat de résistance, la crise financière internationale, dans laquelle l’Union européenne joue un rôle clé ; en dessert, la participation d’un parti ouvertement anti-européen aux élections, une première dans le paysage politique allemand et de quoi animer les échanges… Tout se prêtait donc en Allemagne au lancement d’un débat sur l’Europe. Las ! Le début de la campagne des Européennes montre que le débat se limite, comme d’habitude, à des considérations nationales.
« Les gros salaires voteraient à droite », « Les agitateurs voteraient à gauche », « Les requins de la finance voteraient au centre »… Tels sont les slogans, sans aucun rapport avec l’Europe, que l’on peut lire sur les affiches du parti social-démocrate SPD, lequel a ainsi choisi le ton de la provocation. Qui alors pourrait bien voter pour l’Europe ?
« Les gros salaires voteraient à droite, les agitateurs voteraient à gauche, les requins de la finance voteraient au centre »
L’absence d’un vrai débat sur l’Union s’expliquerait par les arguments suivants : ces élections européennes sont le tour de chauffe des législatives prévues à l’automne ; elles servent à détourner l’attention du pacte de non-agression passé entre Angela Merkel et Franz-Walter Steinmeier, son ministre SPD des affaires étrangères et futur adversaire aux législatives de l’automne ; ou, tout simplement, l’Europe n’intéresse pas les électeurs…
Si ces arguments ne sont pas complètement infondés, ils n’expliquent pas l’essentiel. Regardons le problème de plus près : le thème de l’Europe est-il suffisamment porteur pour lancer le débat ? A-t-il un effet polarisant en Allemagne ? Un coup d’œil sur les programmes des différents partis montre qu’il n’en est rien ! Derrière leurs différences programmatiques et techniques se cache un consensus mou, selon lequel l’Europe serait nécessaire et, sous sa forme actuelle, répondrait grosso modo aux attentes. Exception faite de « die Linke », la gauche qui rejette le traité de Lisbonne, tous les partis allemands sont d’accord sur la réforme des institutions européennes, la plus importante de ces dix dernières années.
Autre signe de ce consensus, l’attitude de la grande coalition au pouvoir en Allemagne lors de plusieurs sommets européens et internationaux. Le gouvernement s’y est montré solidaire, sans doute plus encore qu’un gouvernement « normal ». Si effectivement l’Europe ne représente plus un sujet de tensions dans la politique allemande, pourquoi cela devrait-il changer ?
La coalition allemande n’a rien d’extraordinaire. La direction de l’Union est elle-même une grande cohabitation et cela ne devrait pas changer. Les deux plus grandes formations politiques d’Europe (le groupe du Parti populaire européen et des Démocrates européens, PPE-DE, et le groupe socialiste au Parlement européen, PSE) ont de toute façon déjà décidé d’être aux affaires ensemble. Certaines des formations affiliées au PSE soutiennent ainsi la politique libérale de José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. Martin Schulz, le secrétaire allemand du groupe PES au Parlement européen, n’exclut pas de faire de même.
Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’un vrai débat européen soit impossible. En tout cas, l’électeur a du mal à voir en quoi son bulletin de vote pourrait changer quelque chose. En 2004, lors du dernier scrutin européen, 57 % des électeurs allemands en étaient d’ailleurs si peu convaincus qu’ils ne se sont pas déplacés…
En-tête du blog Arte L’Europe en Débat | Image cédée par l’Europe en DébatLa publication de cet article est le fruit d’un partenariat entre Eudebate2009.eu et le blog ARTE - L’Europe en débat - édité par les élèves du Collège d’Europe à Bruges. Ce blog aborde en français et en anglais l’actualité européenne sur une base thématique. Son équipe, composée d’étudiants, assistants et professeurs du Collège, privilégie dans ses analyses la comparaison, la mise en perspective et le recul.
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