Quand la coupe est pleine, il faut la vider. Petit panorama des expressions européennes.
La gerbe ou la vie
(Illustration : Henning Studte)
ANALYSE
Traduction : Philippe-Alexandre Saulnier
04/02/09
Tags : Henning Studte, Traduction, langue.
- français
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A l’issue d’une de ces soirées trop arrosées, hissé désespérément à la crête d’une vague nauséeuse, quel est le bambochard qui n’a pas soudain éprouvé le besoin irrésistible de… lâcher du lest ? Quoi de plus naturel ! Quitte à lui faire parcourir le chemin à l’envers, quand la coupe est pleine : il faut la vider.
Linguistiquement parlant, force est de constater que dans la plupart des idiomes du vieux continent, le mode d’emploi pour sertir de jolies couleurs chatoyantes l’émail de la cuvette prête à recueillir le fruit de nos excessives offrandes, demeure pour le moins laconique. Fi des nuances ! Pour décrire cet exercice si peu amène, la plupart des langues européennes semblent effacer ici toutes divergences. L’Allemand pressé d’être libéré de ce pesant fardeau se contente de conjuguer le verbe « übergeben » en guise d’indication signalétique. Il n’a jamais été aussi proche en cela de son voisin français qui lui est sur le point de « rendre ».
Plus pudiques pour suggérer ce moment d’intimité malséante, nos amis polonais préfèrent avouer qu’ils s’adonnent aux joies de la « broderie » (« haftować »). Les hobereaux polonais ou allemands loin de Paris dans leur retraites palatines s’empressent de décliner impunément le « vomir » de bon ton sur les bords de Seine en « vomieren » et « womitować ». Et comme c’est souvent du côté du latin qu’il faut chercher l’origine d’un mot, l’anglais et l’italien ont calqué respectivement en « vomit » et « vomitare » le « Vomire » des enfants de la Louve.
Enfin, en allemand, on associe souvent au « héron » (« Reihern »), le passage étroit de la gorge dans son mouvement de déglutition et d’éructation. En Pologne, c’est le « paon » qu’on libère en l’aidant à faire la roue (« uwalniać pawia »). Pour finir, n’allez pas croire que les Français n’usent d’un langage fleuri que pour parler des belles choses. Ainsi, « avoir la gerbe » ne résulte pas tout à fait du tressage d’une guirlande de roses.
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