Jacques Barrot, le commissaire européen chargé de la justice et des affaires intérieures a annoncé fin novembre que la décision-cadre contre le racisme avait été approuvée. Mais pour les Roms d’Italie, il semblerait que cela soit déjà trop tard…
Roms : une loi européenne contre la haine raciale
Des Roms de Naples (http://www.flickr.com/photos/loungerie/)
FOCUS
Traduction : Laura Brignon
19/01/09
Dernière mise à jour : 18/01/09
Tags : Immigration, Santé, Europe, EUdebate2009, racisme, Elections européennes 2009, Italie, Discrimination, Rom.
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« Le racisme et la xénophobie n’ont pas leur place en Europe, a déclaré Jacques Barrot, et ils sont sévèrement punis, à l’aide de mesures dures et efficaces, car l’intolérance constitue une violation directe des principes de liberté, de démocratie, de respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales sur lesquels l’Union européenne s’est fondée. » La loi-cadre approuvée le 28 novembre prévoit des peines de prison allant d’un à trois ans pour les personnes qui se rendent coupables d’incitation à la haine raciale et à la xénophobie, y compris à travers la diffusion de textes écrits, de photographies ou d’autre matériel direct contre un groupe ou une personne caractérisé par sa race, sa couleur, sa religion, son origine nationale ou ethnique. Ceux qui tolèrent, nient ou minimisent grossièrement des génocides, des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre seront sanctionnés de la même manière. Est-ce trop tard pour l’Italie du fichage ?
Les Roms : urgence humanitaire et politique
« La situation italienne constitue une urgence humanitaire. Même si ce devrait être une urgence politique. Sauf que les hommes politiques instrumentalisent le problème pour provoquer le consensus : il n’y a plus de différence entre la gauche et la droite quand il s’agit des Roms », explique Roberto Malini, un des responsables du groupe Everyone qui s’occupe des droits du peuple rom.
À propos de la loi approuvée le 28 novembre par le Parlement européen, il se dit satisfait et inquiet à la fois : « Enfin, un signe fort est venu de l’Europe, et il faudra à présent en tenir compte d’une manière ou d’une autre. Les communautés roms en Italie ont été décimées, il ne reste que celles de Pesaro et de Florence, où les activistes sont plus forts. A Milan aussi, mais leurs caractéristiques sont déjà différentes. Quant à Rome, le camp Casilino 900 va sûrement être évacué. Le peu de Roms qui y sont restés vivent dans des conditions indigentes, ils ne parlent pas parce qu’ils ont peur, vu qu’ils ont été menacés par les autorités locales. En fait, deux générations qui étaient présentes (celle des années 70 et celle des années 90) ont disparu et il ne reste que les gens de la dernière génération (qui vient de Roumanie). Ils voudraient partir mais ils ne peuvent pas, pour des raisons économiques. Ils sont donc prisonniers dans notre pays. »
Un exode a poussé hors des frontières italiennes des milliers de nomades dans un laps de temps inférieur à quatre mois : « Ils vont en Espagne où la communauté rom est forte et acceptée. En France, aussi. Le gouvernement français favorise le rapatriement en leur proposant 3 200 euros, par exemple. En Allemagne, au contraire, on contrôle bien l’entrée sur le territoire. D’autres, plus simplement, retournent dans leur pays d’origine, en Hongrie ou en Roumanie. Des Etats qui devraient recevoir de l’aide pour favoriser la réinsertion de ces personnes et éviter d’autres manifestations d’intolérance. »
Violation des droits de l’homme
Avec le groupe Everyone, l’eurodéputée hongroise Viktoria Mohacsi s’est également occupée de cette loi : « J’ai voyagé dans toute l’Europe pour analyser et observer les conditions de vie dans les installations des Roms. Je n’ai jamais vu un niveau de violation des droits de l’homme similaire à celui que les institutions italiennes mettent en acte contre mon peuple », a-t-elle raconté dans une enquête (Voyage à travers l’Italie de la haine raciale). « En plus de la pauvreté, de la négation des valeurs d’égalité et de coexistence, j’ai assisté à des opérations ethniques similaires à celle du 3e Reich. Les enfants sont retirés de leur famille par les autorités à l’aide de procédés iniques afin d’empêcher les familles roms de vivre et d’élever leurs enfants sur le territoire italien. » Deux ans (nécessaires aux 27 Etats membres pour intégrer la norme européenne à leur législation) semblent être un laps de temps bien long, surtout pour l’Italie qui a rasé les trois quart des campements roms en l’espace de six mois seulement.
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