Les partis à la gauche de la gauche, en Italie, se préparent aux élections européennes entre dépoussiérage des vieux symboles communistes, manifestations et traditionnels prises de bec internes.
En Italie, le retour de la faucille et du marteau ?
Le drapeau rouge de la refondation communiste italienne (Danyanais/flickr)
FOCUS
Traduction : Jessica Devergnies-Wastraete
08/01/09
Tags : gauche, Italie, communisme, EUdebate2009, Elections européennes 2009, identité.
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« Rifondazione Comunista » (PRC), le plus grand parti communiste italien adopte une « nouvelle ligne » politique… qui s’apparente à un retour vers le passé. A la veille des élections européennes, et après plusieurs défaites électorales successives, le voilà qui oscille, dans un équilibre instable, entre la restauration des vieux symboles type « Bandiera rossa » (chant révolutionnaire du début du 20e, ndlr), faucille et marteau, et la peur d’une scission avec l’aile gauche du Parti démocratique (centre-gauche)…
Fierté communiste
Déclinaison du marteau | (Iguana Jo)Sur la Piazza où se trouve la Bouche de la vérité, le 12 octobre, au lendemain du cortège de « la fierté communiste », tout rougeoie. Des tracts rouges. Des drapeaux rouges. Ce sont des militants de la Refondation, de la gauche démocratique, des socialistes, de la CGIL (le plus grand syndicat italien, ndlr). Rome est pavée d’idéologie. Comme l’espérait le secrétaire du PRC, Paolo Ferrero, qui avait parlé du « retour aux symboles du communisme et de la rue » afin de récupérer une partie de l’électorat perdu.
C’était lors du congrès au cours duquel il avait battu son adversaire « réformiste », Nicola Vendola. Le gouverneur de la région des Pouilles et ex-parlementaire, leader d’un important courant à l’intérieur du parti justement appelé « vendoliano », soutient lui le dialogue avec le Parti démocratique. Il est par conséquent plus modéré. Deux voix seulement ont séparé les deux hommes en ce jour où les dirigeants du « plus grand » parti communiste italien ont voté non pas pour la « refondation » mais bien pour la « restauration » de la gauche.
Point commun : anti-Berlusconi
Ces morceaux de tissus à moitié déchirés et ces tracts agités çà et là par le vent symbolisent aussi la lutte interne qui divise la gauche italienne. Ce sont des courants de courants, des pensées de pensées, des positions au sein des positions des partis qui, ensemble, n’ont pas atteint 3 % des suffrages lors des dernières élections. Il y a bien une chose qui les unit, même mal, c’est la haine de Berlusconi. Ils se rencontrent, presque toujours, dans des manifestations contre les politiques gouvernementales, comme celle du 11 octobre sur la réforme scolaire annoncée par le ministre Gelmini, le budget et la campagne contre les fonctionnaires de l’Administration du ministre Brunetta.
« Le parti est en proie à la désaffection des militants »
L’un à côté de l’autre sur le terrain, toujours prêts à se diviser en coulisses, pour ensuite s’unir à nouveau sous un drapeau commun et pour assurer leur survie à des postes institutionnels. Il n’est pas dit que l’alliance politique de la gauche dite « radicale » (la Gauche arc-en-ciel) des élections d’avril 2008, celle qui a demis de leurs postes au parlement les députés verts et communistes, soit à nouveau envisageable.
« Le parti reste en grande difficulté. Il est en proie à la désaffection des militants et est attaqué par le populisme radical de Di Pietro (ex-magistrat fondateur de parti Italia dei Valori) et Beppe Grillo. La Refondation communiste voit les élections européennes comme l’occasion de faire un come back. Mais au contraire, elles pourraient tout aussi bien provoquer une nouvelle crise, si le projet du gouvernement qui veut fixer un minimum de 5 % des suffrages pour l’élection des eurodéputés, se confirme », a déclaré l’éditorialiste du quotidien La Stampa, Federico Geremicca.
Un grand contre-courant
« La crise de la gauche italienne est en totale cohérence avec ce qui se passe actuellement dans l’Europe entière où (depuis les travaillistes anglais aux socio-démocrates scandinaves, jusqu’au socialistes français et espagnols), les forces réformistes sont en panne de consensus et de projets. Ce n’est pas par hasard que beaucoup voyaient les élections américaines et la victoire d’Obama comme l’occasion d’inverser la tendance et d’ouvrir un nouveau cycle politique », poursuit le journaliste.
Aujourd’hui, après un bon coup de chiffon, les emblèmes communistes sont partout dépoussiérées, dénominateurs communs de tous les partis qui se réclament de gauche ou communistes, depuis la Refondation communiste à la Gauche démocratique (ex-Démocrates de gauche devenus, ensuite, avec la Marguerite, le Parti démocratique), aux socialistes et aux RED dirigés par l’ex-ministre des affaires étrangères Massimo D’Alema, à la gauche du PD. Tous dans un grand contre-courant. Mais derrière les « poupées russes » du communisme italien, le fil rouge ne serait-il pas l’émotion communicative provoquée par les notes nostalgiques de la Bandiera rossa ou alors la piété philanthropique que suscite l’image du chauve qui s’obstine à utiliser un peigne ?
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