La recette miracle du film de Dany Boon part à l’export en Europe. Mais la version doublée de Bienvenue chez les Ch’tis fait débat et relance la question de l’identité régionale dans un village global.
L’Europe parle-t-elle le ch’ti ?
©Jean Claude Lother/ Pathé Distribution
FOCUS
Traduction : charly loufrani
19/05/08
Tags : cinéma, Europe, Traduction, Régionalisme, identité.
- français
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Remplacer le patoi du Nord de la France par l’accent saxon, nord italien ou asturien afin de conquérir le marché européen… Exporter le succès de Bienvenue chez les ch’tis, sorti en France le 27 février dernier, n’est pas une mince affaire. Les avis divergent : car peut-on doubler les acteurs parlant ch’timi en saxon ou en nord-italien, avec toutes les mimiques que le parler ch’ti impose ? La ville de Bergues, où se déroule l’action, peut-elle passer pour un village saxon ?
Pourquoi pas : Dany Boon, l’acteur comique français, n’est pas connu à l’étranger et les spectateurs européens ne l’identifieront pas à une nationalité, une voix ou un patois. L’architecture en brique du Nord de la France peut faire penser à celle d’autres pays. Et enfin, la Poste est partout une institution nationale (même si elle n’est pas toujours si jaune). Surtout : tout le monde aime rire des différences régionales et des mondes qui séparent par exemple la Bavière et la Saxe, l’Andalousie et la Catalogne, la Lombardie et la Campanie.
| Bienvenue à Bergues | ©Jean-Claude Lother/ Pathé Distribution
Ma région ou mon Europe
Mais en quoi consiste le succès de ce retour cinématographique aux valeurs traditionnelles et aux dialectes locaux à l’ère de l’intégration européenne ? C’est vrai, la globalisation va de pair avec une régionalisation. Plus il est possible grâce à Internet de voyager, d’acheter ou d’investir un peu partout, plus les hommes cherchent un peu de constance dans leur entourage, leur langue et leur identité.
L’UE a choisi sa devise : « Unis dans la diversité ». L’identité européenne grandirait-elle plus vite sans ces petites différences locales ? Ne pourrions-nous pas penser de manière plus européenne à terme ? Chaque pays apporte ses différences, celles qu’il souhaite préserver…grâce aux subventions européennes. Se sentir à la fois Européen et Breton ou Bavarois n’est pas forcément un paradoxe, mais peut être la seule possibilité pour concilier intégration régionale et européenne. Il est pourtant difficile d’oublier nos vieux préjugés bien ancrés sur nos voisins et nos concitoyens, des clichés toujours et encore ressassés. Ce film pourrait être utile à cela : éveiller plus de curiosité et de compréhension envers les particularités régionales.
Le Titanic coulera-t-il deux fois ?
Nord et Sud : deux mondes différents gonflés de préjugés se rencontrent. Un véritable choc culturel. Car dans « dans le Nord, on pleure deux fois : en arrivant et en repartant »… Kad Mera qui joue le rôle d’un directeur de bureau de poste, en fait l’expérience. Dans le film, il essaye par tous les moyens d’obtenir une mutation sur la Côte d’Azur. Mais il se retrouve en enfer, c’est-à-dire à Bergues (prononcez « baerk » ), un trou paumé du Nord-Pas-de-Calais où l’on parle l’étrange et attachant dialecte chtimi. Un cauchemar pour le fonctionnaire marseillais.
| Kad Merad et Dany Boon | ©Jean-Claude Lother/ Pathé DistributionCôté compréhension mutuelle, le dernier Astérix, un modèle de coproduction européenne, sonne un peu creux. Face à ses 100 millions (frais de marketing inclus), Bienvenue chez les Ch’tis, né sous la plume de l’humoriste Dany Boon originaire de la région, est un succès au moindre coût. Avec ses 11 millions de budget, il est devenu en peu de temps un des plus grand succès du cinéma depuis 1945 en France. Déjà près de 20 millions de spectateurs se sont déplacés, battant ainsi le record détenu par le film La grande vadrouille avec Louis de Funès (sorti en 1966 et 17 millions de spectateurs).
Encore un million d’entrées, et Bienvenue chez les Ch’tis coulera Titanic qui capitalise le plus grand nombre d’entrées en France. La presse française s’enthousiasme sur un film grand public qui rappelle les succès hexagonaux du Père noël est une ordure (1982) ou des Bronzés font du ski (1979) et y consacre une place importante dans ses pages, même des semaines après sa sortie en salle. Affaire à suivre…
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