23-F + révolutions arabes : Un conte pour parler de politique

Article publié le 25 février 2011
Article publié le 25 février 2011
En pleines révoltes populaires pour faire tomber les dictatures dans tout le monde arabe, c'est le trentième anniversaire du 23-F : une tentative putschiste téméraire et esthétiquement parfaite le 23 février 1981 en Espagne, avec ses militaires grossiers et moustachus et ses coups de feu en l'air. C'est comme si l'actualité et l'histoire se côtoyaient pour nous inviter à philosopher.
Un jeune espagnol se prend au jeu de la digression anachronique et vous invite à débattre sur la nature d'une révolution et celle d'un coup d'état.

Une fois, un professeur de communication politique nous a raconté une histoire avec une morale (quelque chose de dangereux : les histoires qui contiennent une morale peuvent être insultantes dans la mesure où l'auditoire est traité comme un enfant ou être carrément de mauvais goût et vous faire vomir) pour nous expliquer le concept de l'Etat et de ses possibles mouvements de pouvoir. C'était à peu près ceci :

« Il était une fois un village dont l'économie était basée sur l'agriculture : 80 paysans travaillaient la terre pour une famille qui en était propriétaire et qui était riche et puissante. Mais le propriétaire de l'hacienda ne pouvait dormir tranquille; il ne pouvait s'empêcher d'imaginer ces 80 esclaves entrant chez lui durant la nuit pour égorger sa famille et s'emparer de ses richesses. Alors, un jour, il lui vint une idée: il choisit les 8 plus forts de ces 80 paysans et leur donna des armes et une double ration de nourriture pour les maintenir en bonne santé et contents. En échange, ceux-ci devraient veiller à ce que les 72 travailleurs restants demeurassent les siens. Mais le propriétaire continuait à être inquiet. Et si les 8 soldats s'unissaient contre lui ? »

L'orateur se tait et promène son regard sur le public.

« Après avoir réfléchi et réfléchi, un jour, le chef convoque tout le monde pour attendre le lever du jour sur une colline. Toutes les familles du village sont là, espérant le jour nouveau et l'attendant. Entre ceux-ci et le point du jour il y a une énorme pierre qui ressemble à un visage humain. La pierre est creuse et à l'intérieur des plaques de bronze ont été placées en secret. Les premiers rayons du soleil dilatent les plaques et la pierre commence à briller et briller jusqu'à émettre un écho redoutable. Les habitants du village sont effrayés: jamais ils n'ont rien vu d'égal. Au milieu de la panique apparaît le chef du village paré de joyaux et de plumes d'oiseaux. Il danse autour du visage et se met à dire des choses étranges, à raconter des histoires entremêlées de mythes populaires. Dès à présent, il interprètera pour tous le message sacré du totem qui parle. »

Nous, les élèves, nous restons silencieux. Sommes-nous impressionnés par le conte ? Ennuyés par son évidence ? Le professeur paraissait satisfait de son résumé, de sa petite antisèche pour comprendre les grandes mobilisations. Les rebelles arabes sont-ils semblables aux 80 paysans ? Et les putschistes franquistes, de simples soldats mécontents ? Jusqu'à quel point la religion sert-elle à consolider les hiérarchies ? Allez, rester sur cafebabel.com pour un café-débat.

Photo: (cc) Amio Cajander/flickr; vídeo: Youtube.com