2015 en Europe : année de l'érosion des libertés civiles?

Article publié le 23 décembre 2015
Article publié le 23 décembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

2015 a été une année électorale cruciale aux quatre coins du monde. La saison a débuté avec la victoire de Siriza en Grèce - elle se clôturera dimanche prochain en Espagne. Ces dernières élections se déroulent dans un contexte tendu, avec l'entrée en vigueur de la "loi baillon" en juillet dernier. Il ne s'agit là que d'un exemple parmi d'autres restrictions des libertés en Europe. Article engagé.

La Ley Mordaza, ou loi baillon, adoptée par le Partido Popular (PP) au pouvoir, impose de lourdes amendes aux militants manifestants aux abords de bâtiments publics (jusqu'à 600 eurosd'amendes); toute action pouvant causer de "graves risques pour la sécurité publique" est pénalisable jusqu'à 600.000 euros. Prendre en photo des policiers, ou prendre de la hauteur pour manifester (depuis un toit, par exemple) sont également des pratiques bannies. 

La loi baillon fait partie d'un appareil législatif draconien visant à réduire les militants et l'opposition au silence, dans un pays qui connait une augmentation de la mobilisation populaire - en réponse à l'augmentation des politiques d'austérité. L'Espagne est progressivement devenu un laboratoire politiques (c'est aussi le cas pour l'experimentation d'une repression croissante). Parmi les créations du labo, la naissance du mouvement des Indignés, chef de file des nombreux mouvements "Occupy", et lui-même inspiré par les Printemps Arabes.

Lorsque j'étais à Madrid en mai dernier, j'ai pu m'entretenir avec la journaliste espagnole Esther Oritz. Elle considère que la "loi bailon n'aurait pas vu le jour sans les crises économique, sociale et politique qui traversent le pays, et pour lesquelles l'UE partage la responsabilité. Cette loi, anti-démocratique, assure que les mouvements de contestation puissent être contenus pour qu'ils n'entravent pas à la mise en oeuvre des mesures d'austérité formulées par Bruxelles.

No Somos Delito (Nous ne sommes pas un crime) est le collectif menant l'opposition contre la loi baillon. "Le PP gouverne pour une 'majorité silencieuse', qui ne proteste pas... mais les gens ont baucoup moins à perdre aujourd'hui, donc ils ont moins peur" explique Monica Hidalgo, porte-parole de l'association. "L'entrée en vigueur de cette législation a pour effet de dissuader les dissensions. Le simple fait de manifester devant le Congrès nous expose à une amende de 30.000 euros".

Des phénomènes tels que la loi baillon, crées en riposte à l'opposition et rendant virutellement impossible la moindre manifestation, dépassent les frontières nationales pour devenir un problème européen. Ley Mordaza a pavé la voie à d'autres dispositifs de limitations des libertés civiles dans les pays voisins. Pour exemple, le sinistre tournant de la démocratie moderne et de la liberté d'expression en France.

En 2014, la police a interdit une manifestation pro-palestinienne à Paris pour menace à l'ordre public; les autorités ont même brievement envisagé d'étendre l'interdiction sur l'ensemble de la capitale. En 2105, la France a également durcit ses positions vis-à-vis des actions menése par la campagnes Boycott - Désinvestissement - Sanctions (BDS), ciblant les produits israéliens issus des territoires palestiniens occupés.

La France a connu une année noire en 2015, victime de deux attaques terroristes - Charlie Hebdo en janvier, puis dans divers lieux parisiens en novembre. 

Après la dernière série d'attaques, une interdiction de manifester a frappé les militants écologistse pendant la COP21, pour des raisons de sécurité. Des militants du monde entier ont choisi la désobéissance civile en défiant l'interdiction, afin d'exprimer l'impératif de fixer des engagements sérieux pour le climat.

Avant même les attaques de Paris, les gouvernements européens avaient déjà mis en eouvre des lois anti-terroristes extrêmement ambigues, dessinant une frontière trouble entre nécéssité sécuritaire et subterfuge pour étouffer l'opposition.

La crise des réfugiés a fait sortir au grand jour les disparités de respect des droits de l'homme parmi les pays européens. Pour preuve, le traitement qu'ont subit, et que subissent toujours les demandeurs d'asile en Europe de l'Est et dans les Balkans.

Nous avons un devoir de vigilance concernant les libertés civiles et le respect des droits de l'homme en Europe. Faute de quoi, nous pourrions aveuglement nous embourber dans une crise plus pernicieuse que celle de la finance.