20 ans après Dayton, que reste-t-il de la Bosnie ?

Article publié le 23 novembre 2015
Article publié le 23 novembre 2015

Le 21 novembre 1995, avec les accords de Dayton, le dernier conflit du XXème siècle sur le sol européen prenait fin : la guerre dans les Balkans de 1992-1995. Vingt ans après, où en-est la Bosnie-Herzégovine ?

Vingt ans se sont écoulés depuis la signature des Accords de Dayton qui a mis fin à la guerre en Bosnie-Herzégovine. Vingt ans depuis l’accord – stipulé, discuté et signé entre le 1er et le 21 novembre 1995 dans la ville américaine du même nom– où les principaux acteurs du conflit ont décidé de l’avenir du pays des Balkans, qui parmi toutes les anciennes républiques yougoslaves fût témoin du conflit le plus sanglant.

Mais que s’est-il passé durant ces vingt dernières années ? La situation interne s’est-elle vraiment et définitivement régularisée, comme le souhaitaient justement les signataires, en offrant au l’état bosnien naissant un point de départ pour remédier à son conflit interne après les longs bombardements ? C'est ce dont il était question, jeudi 12 novembre, à l'Université de Turin lors du séminaires  « À vingt ans du génocide de Srebrenica et des Accords de Paix de Dayton ».

Parmi les participants qui sont intervenus figuraient quelques professeurs universitaires de l’Université de Turin et de l’Université du Piémont oriental, le journaliste de l'Osservatorio Balcani e Caucaso (Observatoire des Balkans et du Caucase, ndlr), Andrea Rossini, et le journaliste et ancien ambassadeur de la Bosnie-Herzégovine en Croatie, Zlatko Dizdarevic.

C’est l’ancien directeur du quotidien sarajévien Oslobodjenje qui a prononcé les mots les plus durs vis-à-vis de ce qui a été fait (mais surtout de ce qui ne l'a pas été) au cours de ces vingt dernières années.

Un État qui n'est « pas au service » de ses citoyens

Avec les Accords de Dayton deux entités infra-étatiques ont été créées : la République Srpska (République serbe de Bosnie, ndlr) et la Federacija BiH (Fédération de Bosnie-et-Herzégovine, ndlr) où vivent principalement les communautés croate et musulmane. Les deux entités ne communiquent pas entre elles, elles adoptent  souvent des comportements hostiles qui ne permettent pas un bon développement ni de l’une ni de l’autre. Deux pays en un, avec deux Assemblées législatives, deux capitales, deux gouvernements, deux corps de polices et même deux systèmes postaux.

Le résultat ? Une grande confusion, une centaine de ministres, une dizaine de présidents, et de cabinets en charge de l’administration publique : un Haut représentant international encore présent, dans un pays au sein duquel les citoyens vivent chez eux séparément.

En reportant ce qu’écrit Andrea Rossini, à Dayton « les négociateurs américains avaient deux objectifs : mettre fin à la guerre en Bosnie Herzégovine et poser les bases d’un État fonctionnel. Le premier objectif a réussi, mais pas le second. Ce dernier échec est à la base des murs invisibles qui divisent aujourd’hui le pays ».

Quelles perspectives pour le futur ?

Tout comme les voisins serbes, kosovards, macédoniens, la Bosnie Herzégovine observe aussi – mais encore avec des jumelles – l'adhésion à l’Union européenne. Même si les citoyens expriment un avis partagé sur l’entrée dans l’UE, il semble s'agir de la seule route envisageable pour le futur, tout du moins en théorie. En effet, l’entrée dans l’Union devrait donner lieu à un  renouvellement massif de la structure politique complexe et l’acceptation de règles qui entraîneraient la modification de l’équilibre gouvernemental actuel. Pour une classe politique où les cas de corruption ne sont pas chose nouvelle, un tel changement signifierait un bouleversement radical dans la hiérarchie des hommes au pouvoir et des stratégies (jusqu’à présent gagnantes) fondées sur l’ethnopolitique.

Selon ce scénario, la division ethnique et religieuse des trois communautés continue à servir de laisser-passer au maintien d’un statu quo auquel les hauts dirigeants de la politique doivent s’agripper afin de pouvoir survivre. Difficile – selon Dizdarevic – de penser que la formation d’un ou plusieurs États « ethniques » soit une issue envisageable pour résoudre les problèmes internes.

Dans les écoles bosniennes, l’histoire est aujourd’hui enseignée avec trois livres différents. Un pour les étudiants serbo-bosnien, un pour les croato-bosnien et un pour les Bosniaques (les Bosniaques appartenant à la communauté dite « musulmane », ndlr) Il est encore difficile de penser une intégration européenne lorsqu’au sein des établissements scolaires, on continue d'enseigner trois vérités différentes en fonction du drapeau imprimé sur la couverture des manuels.

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Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Turin. Toute appellation d'origine contrôlée.