20 000 manifestants prennent d’assaut le parlement en Moldavie

Article publié le 8 avril 2009
Article publié le 8 avril 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les communistes au pouvoir ont obtenu un peu plus de 50 % des suffrages lors des élections législatives moldaves. Depuis l'annonce des résultats, des émeutes secouent Chişinău. Récit du journaliste Ulrich Heyden.

Lundi déjà, des représentants des partis vaincus, à savoir le chef du parti libéral démocrate moldave, Vladimir Filat et le président de l’alliance « Moldava Noastra » (Notre Moldavie) Serafim Urejkan, avaient annoncé des manifestations de masse. Selon eux, les votes ont été truqués. Les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont pourtant expliqué que les élections avaient eu lieu dans une atmosphère calme et pluraliste et qu’elles s’étaient déroulées, pour l’essentiel, conformément aux normes électorales internationales. Les observateurs de l’Union européenne n’ont également pas remis en cause les résultats de ces élections. L’opposition voit la situation d’un autre œil et exige désormais un recompte des voix.

Comme le Kirghizstan en 2005

Trente personnes, parmi lesquelles des policiers et des manifestants, ont été blessées lors de ces émeutes. L’annonce selon laquelle une personne était décédée au cours des émeutes a été démentie par le directeur des urgences de Chişinău, Juri Wasiljuk. Certains groupes ont tenté « d’attiser les tensions » avec de telles annonces, a expliqué le médecin. Les émeutes dans la capitale moldave, dans laquelle vivent un peu plus de 500 000 personnes, rappellent la Révolution des tulipes qui avait eu lieu dans une autre république pauvre, le Kirghizstan, au début de l’année 2005. A l’époque, des émeutes sanglantes avaient également eu lieu pour protester contre des trucages électoraux. Le centre ville avait alors été pillé par des groupes de jeunes.

« La télévision russe a montré comment la police de Chişinău était inférieure en nombre et également tactiquement, face aux manifestants »

La télévision russe a montré comment la police à Chişinău était inférieure en nombre et également tactiquement, face aux manifestants. Ceux-ci ont pu, sans difficulté, attaqué le bâtiment parlementaire en jetant des pavés. Ils ont mis feu aux drapeaux rouges du parti communiste au pouvoir, ont jeté les meubles du parlement dans la rue et ont jeté les chaises et les tables au feu. Des témoins ont relaté auprès de la radio Echo Moskwy, critique de la politique du Kremlin, que le drapeau roumain a été hissé à l’entrée de la résidence présidentielle et le drapeau de l’Union européenne sur le toit du bâtiment. En effet, depuis la chute de l’Union soviétique, une partie de la population adhère à l’idée de réunifier la Moldavie avec la Roumanie.

Le Poutine moldave

Les communistes avaient augmenté les salaires et les retraites avant les élections. Cependant, dans l’ensemble, la situation sociale reste très tendue en Moldavie. Le revenu moyen s’élève à 124 euros par mois. Plusieurs centaines de milliers d’habitants ne peuvent subvenir aux besoins de leurs familles qu’en offrant leurs services en tant que travailleurs immigrés en Russie ou en Italie. Malgré tout, le président Voronine présente la Moldavie comme un îlot de stabilité. Grâce à des interventions massives de la banque nationale, la monnaie du pays, le leu, est restée stable malgré la crise financière. Les communistes réclament une intégration au sein de l’Union européenne mais veulent parallèlement entretenir de bonnes relations avec la Russie, qui offre des débouchés très importants pour les produits agricoles de Moldavie.

Le parlement devrait élire le 5 mai le nouveau président. Voronine, qui a déjà effectué deux mandats, ne peut pas candidater de nouveau. Il a cependant, selon ses dires, déjà choisi un successeur. Le président ne souhaite pourtant pas encore faire connaître le nom de celui-ci. Agé de 68 ans, Voronine souhaite, après son retrait, continuer à tenir les rênes du pouvoir et passera peut-être à la place de premier ministre ou de porte-parole du Parlement.

L'auteur de cet article est Ulrich Heyden, membre du réseau N-ost.