150 pros des médias se réunissent pour la diversité

Article publié le 16 novembre 2014
Article publié le 16 novembre 2014

LGBT, handicapés, étrangers, seniors, croyants,… De nombreuses communautés sont sous-représentées dans les médias européens. Le Conseil de l’Europe a organisé une série de rencontres entre professionnels des médias pour les sensibiliser à l’inclusion des minorités dans les médias.

Du 12 au 14 novembre, 150 journalistes de toute l’Europe se sont rencontrés dans les bâtiments de la télévision publique francophone belge (RTBF) autour d’un même thème : l’inclusion de la diversité dans les médias. Au programme : débats, tables rondes, networking… C’est l’occasion de faire le point sur la diversité des médias en Europe et notamment en Belgique.

Trois jours consacrés à la diversité

Lors des rencontres Mediane, des journalistes de toute l’Europe ont pu partager leur expérience dans le domaine de la diversité au sein de leurs médias. Cafébabel était présent à l’événement de Bruxelles qui clôture une série de trois rencontres européennes autour de la diversité dans les médias.

Mercredi 12 novembre, la rencontre commence au boulevard Reyers, siège de la RTBF. Jean-Paul Philippot, l’administrateur général de la RTBF, a souligné l’importance de la diversité dans les médias européens : « La diversité est une part importante de l’ADN européen ». S’ensuit un échange autour de la question de la diversité en Belgique avec des représentants du CSA, de l’Association belge des journalistes mais aussi des médias comme la chaîne publique flamande (VRT), RTBF ou le quotidien Le Soir.

Le jeudi 13 novembre, les participants ont pris part à des tables rondes. Objectif : partager les expériences de chacun autour de douze thèmes, allant des ressources, à la gestion des ressources humaines en passant par Les participants ont donné des exemples concrets sur la diversité et ils ont ainsi eu l’occasion de présenter leur organisation.

La définition de la diversité et de son inclusion a été le fil rouge des discussions. Pour Ricardo Gutierez Velazquez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes, « l’inclusion de la diversité c’est raconter la vérité ». Pour certains, les quotas ne doivent pas être une fin en soi, mais un moyen d’atteindre l’inclusion de la diversité.

Ensuite, visite sur le terrain auprès de l’organisation MediArte, dont l’objectif est de stimuler toute initiative de formation, d'emploi et d'éducation dans le secteur audiovisuel. Elle a par exemple mené une campagne sur la diversité et notamment sur l’intégration de personnes d’origine étrangère dans le secteur de l’audiovisuel.

La diversité, un concept peu appliqué

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de Belgique francophone a publié en 2011 le baromètre diversité - égalité, un instrument visant à inciter les médias à favoriser la cohésion sociale. Quelque 23 chaînes télévisées ont été analysées pendant une semaine, ce qui représente 925 programmes distincts, soit 198 heures et demie de programmes.

Selon ce baromètre, les femmes sont sous-représentées : une personne sur trois représentée à l’écran est une femme alors que la gente féminine constitue un peu plus de la moitié de la population. Quand on fait appel à un expert, il s’agit d’un homme dans 85 % des cas, à croire que les femmes ne peuvent pas donner un avis éclairé sur des thèmes complexes… La représentation des seniors posent également problème. Ils n’apparaissent à l’écran que dans moins de 3 % des cas, alors qu’ils constituent environ 15 % de la population.

Christophe Berti, rédacteur en chef du quotidien Le Soir, admet également que tout n’est pas rose du côté de son journal : « nos journalistes sont en moyenne des hommes blancs âgés de 47,5 ans ».

Pour sa part, la RTBF est en train de rédiger un plan pour la diversité. Elle a également publié une couverture spéciale pour les 50 ans de la convention d’immigration avec le Maroc et la Turquie.

La VRT, la chaîne télévisée publique flamande, s’est imposée elle-même des quotas : 33 % de femmes, 5 % de personnes d’origine ethnique différente et 1 % de personnes handicapées. Ces objectifs ont été remplis selon Jean Philip De Tender, le manager du département TV, mais il reste encore du pain sur la planche…

Des outils pour passer à l’action

Cet événement à Bruxelles a également été l’occasion de présenter la Mediane Box, un outil dont le but est de tester les capacités des professionnels de l'information à inclure la diversité dans leurs pratiques quotidiennes.

Il s’agit d’un questionnaire à choix multiples d’environ 50 questions destinés à trois profils différents : les journalistes, les formateurs en journalisme et les gestionnaires de médias. Après avoir répondu à toutes les questions, vous obtenez un score qui correspond à votre capacité à intégrer la diversité dans votre vie professionnelle.

Les résultats ne sont pas à prendre à la lettre et constituent davantage un moyen de conscientiser les professionnels d’inclure tous les citoyens dans leur vie quotidienne. Des liens utiles sont également proposés après chaque question pour obtenir davantage d’information sur le sujet.

Une journaliste de RFI présente à Bruxelles a émis des doutes sur la mise en place concrète de ce questionnaire : « les rédacteurs en chef et les journalistes ne prendront pas le temps de remplir ce questionnaire, ils ont trois à quatre papiers à rédiger par jour. » Le Conseil de l’Europe compte de son côté recruter des ambassadeurs auprès des participants à ces événements. Ceux-ci pourront à leur tour présenter la Mediane box dans leur rédaction ou ailleurs.

D’autres outils en ligne permettent de favoriser la diversité : les autorités flamandes ont établi une base de données d’experts pour les journalistes professionnels afin de ne pas avoir tout le temps les mêmes experts à l’écran ou dans les journaux.

En France, l’association VoxFemina a mis au point une plateforme sur laquelle les internautes et les professionnels des médias peuvent retrouver les coordonnées de femmes expertes.