10 choses à savoir sur les réfugiés en Italie

Article publié le 1 octobre 2015
Article publié le 1 octobre 2015

L’UE affronte un des défis les plus importants depuis sa naissance, la crise des migrants. L’aggravation des conflits en Syrie, au Nigéria, en Somalie et au Sud Soudan ne fait qu’accroître le flux de personnes à la recherche d’espoir en Europe. Qui sont-ils ? Que fuient-ils ? Et, surtout quelles sont les vraies conséquences pour l’Italie ? Essayons d’éclaircir la situation en 10 points.

Demandeur d'asile, migrant, réfugié

Même s’ils sont souvent utilisés comme synonyme ces termes ont une signification différente qui se répercute sur le comportement des États en terme de protection, d’aide et d'expulsion.

Le migrant est celui qui quitte volontairement son pays d’origine en quête de meilleures conditions de vie. Il se déplace donc pour des raisons d’ordre économiques et sociales. Le demandeur d'asile fait référence à un étranger qui fuit son pays pour différentes raisons, il est inscrit dans une procédure visant à obtenir la reconnaissance du statut de réfugié. Le réfugié est un étranger qui a obtenu une réponse favorable à sa demande d'asile. La Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés reconnaît le statut de réfugié à celui qui « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut (…) réclamer la protection de ce pays ».

Que fuient-ils ?

Ils émigrent généralement pour fuir des contextes géopolitiques très complexes. Deux cas exemplaires : l’Érythrée et la Syrie.

Dans le pays africain, le premier ministre Isaias Afewerki est au pouvoir depuis vingt ans et a constitué un régime paramilitaire : lorsqu’ils ont 17 ans, les jeunes érythréens sont obligés de faire leur service militaire (et souvent pendant toute leur vie), toute forme de protestation est réprimée par une sévère incarcération préventive. Par ailleurs, le régime spécule sur les exilés en exigeant (aussi par le biais de moyens illicites) une taxe de 2% sur les salaires des Érythréens qui vivent à l’étranger.

La situation syrienne est probablement la plus compliquée à synthétiser : des manifestations dans la rue lors du Printemps arabe en 2011, on est passé à une guerre civile avec différents fronts qui a jusqu’à présent causé la mort d’environ 200 000 personnes et 4 millions de réfugiés. Nonobstant le fait qu’on ait la confirmation du recours à la torture, aux armes chimiques et aux bombardements des civiles, les Nations unies ne sont pas parvenues à coordonner une intervention internationale.

Les règlements de Dublin

En Europe, le règlement de Dublin II établit qu’« une demande d’asile est examinée par un seul État membre ». Sauf exception, il s’agit du premier État de l’Union européenne où le demandeur d’asile est entré. On ne peut pas demander le statut de réfugié dans plusieurs pays.

Ce système est critiqué car il pénalise les pays qui sont à proximité des frontières extérieures de l’UE, croulant sous les innombrables demandes d’asile. Federica Mogherini qui occupe le poste de Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangère et la politique de sécurité a déclaré que le traité n’était plus adapté à notre époque et s’est engagée à le changer, en indiquant la répartition des réfugiés comme un premier pas.

La répartition et les quotas UE

Les réfugiés qui seront replacés à l’intérieur de l’UE sont près de 120 000. Et ceci est le résultat du Conseil européen des ministres de l’intérieur qui étaient appelés à s’exprimer par un vote explicite. Le critère de répartition est calculé en référence à la population, le PIB et les demandes déjà reçues.

La décision a été prise à la majorité, avec le vote contraire de la Hongrie, de la Roumanie, de la Slovaquie et de la République Tchèque. Mais la résolution est également contraignante pour les États qui s'y sont opposés « par principe », étant donné l’importance du nombre à répartir : 5 082 en Pologne, 2 475 en Roumanie, 1 591 en République Tchèque, 1 294 en Hongrie, et 802 en Slovaquie. Presque la moitié des 66 000 premiers réfugiés sera accueillie par l’Allemagne et la France.

Qui paye ? L’Union a déjà alloué 780 millions d’euros qui couvriront aussi les frais de transports. La compagnie aérienne All’Italia percevra par exemple 500 euros par réfugiés.

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Combien nous coûtent-ils ?

Faire une estimation au centième près s’avère compliqué. D’après le Système de protection pour les demandeurs et réfugiés (SPRAR), l’Italie a dépensé 628 millions d’euros en 2014, en partie couverts par les fonds UE.  Pour les 6 mois à venir, Bruxelles a alloué 2,4 milliards dont 560 millions sont destinés à l’Italie.

Concernant la dépense pour l’État, les 73 705 personnes accueillies par la Péninsule coûtent près de 35 euros par jour, ce qui équivaut à une dépense journalière totale de 2,6 milliards d’euros. Attention : ces chiffres couvrent surtout les dépenses des centres d’accueil. En d’autres termes, l’argent ne va pas « dans les poches des migrants » comme certains le soutiennent obstinément. Le rapport annuel de la SPRAR analyse en détail les coûts, les hébergements et d’autres informations.

Les demandeurs d'asile et les hôtels

D’après certains politiques et médias, les demandeurs d’asile résideraient dans des « hôtels de luxe », mèneraient une vie aisée et percevraient aussi une paye journalière. D’après les données du ministère de l’Intérieur et du SPRAR, 20 744 structures d’accueil sont financées pour les années 2014-2016 et certaines d’entre elles sont effectivement des hôtels. Dans la très grande majorité des cas, il s’agit de structure bien loin du standing des hôtels les plus « touristiques », au point d’être reléguées à l’accueil par les propriétaires. Il est important de rappeler comment ces bâtiments, étant donné leur nature, ne fournissent bien souvent aucune  assistance sanitaire et hygiénique efficace.

Quoi qu’il en soit, la dépense pour ces structures est financée par un fonds national pour les politiques et les services pour l’asile, déjà alloué dans ce but, sans toutefois avoir des répercussions sur d’autres domaines sociaux.

L'Italie accueille-elle un trop grand nombre de personnes ?

L'Italie accueille près de 73 000 réfugiés. Un nombre modeste comparé à ceux des autres pays européens : ce qui équivaut à un réfugié pour 1 000 habitants face aux 11 de la Suède et aux 4 de la France. Avec l’application des quotas UE, on calcule que 15 400 réfugiés seront déplacés de l’Italie vers d’autres pays.

Les enfants réfugiés

Il s’agit d’un des points les plus critiques. Le phénomène des mineurs non accompagnés est physiologique puisque beaucoup d’entre eux sont orphelins à cause de la guerre ou s’éloignent de leurs familles pendant la fugue. Les associations pour l’enfance calculent que près de la moitié des demandeurs d’asile a moins de 18 ans. Ils ont besoin d’une assistance sanitaire, psychologique et éducative, et l’UNICEF a lancé un appel pour recueillir les 14 millions de dollars nécessaires à leur accueil. Les enfants étrangers ne peuvent pas être expulsés, hormis pour des motifs d’ordre public et sécurité de l’État.

« Les migrants ne s'intègrent pas »

Le processus d’intégration est aussi long que difficile. Le parcours est rendu plus inaccessible à cause des carences structurelles de l’Italie et de la tendance à la marginalisation sociale des réfugiés. On trouve toutefois de très beaux exemples d’intégration grâce à la collaboration réciproque entre réfugiés, citoyens et Secteur Tertiaire. Une recherche menée par le Conseil italien  pour les réfugiés révèle qu’en peu de temps beaucoup d’immigrés deviennent tailleurs, hôteliers, associés de coopératives. En unissant toutes les forces sociales il est possible de garantir une existence digne à tout le monde.

« Les migrants sont une charge et un coût »

D’après les chiffres on ne dirait pas. D’après la Fondation Leone Moressa le bilan entre les cotisations des immigrés (les impôts et la sécurité sociale) et la dépense publique pour l’immigration (social, politiques d’accueil et d’intégration, lutte contre l’immigration irrégulière) rapporte 3,9 milliards d’euros. Le PIB créé chaque année par les travailleurs étrangers s’élève à 123 milliards d’euros, ce qui représente 8,8% du PIB national.

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Publié par la rédaction locale de cafébabel Napoli. Appellation d'origine contrôlée.